Albert Sorel, t. IV, p
4. Pech, chargé de mission secrète, de Florence (Arch. Aff. Etrang., vol. XII, pièce 55).
La Toscane avait, de son côté, envoyé un ambassadeur à Paris, et elle avait choisi pour la représenter, le marquis Carletti. Les débuts de sa mission n'avaient été marqués par aucun incident. Pour se faire bien venir sans doute, Carie tti n'avait pas crain td'offrir à la campagne une fètc somptueuse au coi'ps diplomatique, aux dépu tés, fête où rivalisaient M'"''" de Staël et Tallien, cela le jour môme où l'on apprit la mort au Temple du jeune Louis XVII '. Mais, au bout de quelques mois, un nuage s'était élevé risquant de compromettre le bon accord. Le !"■ décembre 1795, le Directoire n'avait pas craint de chasser brusquement de Paris le marquis Carletti pour s'être permis de demander à faire visite à la tille de Louis XVI qu'on allait échanger contre Beurnonville etles conventionnels Quinette, Camus et Drouet, livrés à l'ennemi par Dumouriez.Une telle démarche était sans doute aussi peu adroite qu'impolitique, mais n'était-elle pas tout à fait excusable chez ce diplomate dont le souverain était si étroitement uni par les liens du sang avec la jeune prisonnière? Il eût fallu ne voir là qu'un acte de stricte politesse, de courtoisie, et le Directoire se mit dans son tort en s'abandonnant ou en feignant de s'abandonner à une colère, assurément exagérée et hors de proportion avec la maladresse commise. Il est assez vraisemblable d'admettre que ce ne fut là qu'un prétexte saisi par le Directoire afin de se débarrasser de Carletti, « suspect de relations avec quelques députés du parti tnodéré », et qu'on accusait de s'efforcer de détacher la France de la Prusse pour l'attirer vers l'Autriche*.
Malgré cette irritation disproportionnée et la violence fâcheuse du procédé, le vent était alors si bien à l'apaisement que rien ne résulta de cette grave incorrection diplomatique, et le grand-duc, intimidé, poussa l'esprit de condescendance et les concessions, jusqu'à blâmer Carletti, et à le remplacer par le marquis Neri- Corsini, « jeune homme de beaucoup d'esprit ' », qui arriva à Paris le 5 janvier 179G. Ce qui peut paraître étrange, c'est que « cette sévérité imprima une salutaire terreur ; si elle ne nous ût pas aimer, — ce à quoi nous ne pouvions réussir, de quelque manière que nous nous y prissions, — elle nous fit au moins craindre* », et c'est sans doute au souvenir de cette brutalité si particulièrement insolite, peut-être aussi à la bonne volonté de Manfredini, que Miot dut de pouvoir empêcher, quelques semaines