‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 156 sur 622 · Faipoult à Garnot, 11 mai 1796 (Arch. G · texte numérisé non relu

Faipoult à Garnot, 11 mai 1796 (Arch. G

L'ITALIE i&l

plus clairvoyants, Fourcado, qui exprime son avis forloment articulé : « Il est tel pays où la présence d'un Français fait fuir les enfants '.»

Saliceti môme, trop souvent l'écho des révolutionnaires italiens, par conséquent moins suspect que quiconque en la matière, était contraint d'avouer catégoriquement et sans ambages : « Le Piémont n'est pas mùr pour une révolution ; le peuple y est trop mou, entièrement et servilement prosterné devant le roi, les nobles et les prêtres-. »

Melzi, un des esprits les plus distingués de l'époque, convient qu'alors l'Italie n'était mûre que pour l'esclavage, et que la Révolution pouvait préparer, mais point accomplir le rivolgimento universel^.

En somme, ainsi que le disait crûment un observateur anonyme, « l'Italie était pourrie* ».

Il fallait ])ien se rendre à l'évidence et reconnaître qu'après tant de siècles d'oppression et de servitude, le peuple italien n'était plus apte à comprendre et à goûter le régime de la pleine liberté. C'eût été vouloir aller trop vite en besogne que d'exiger davantage de lui et l'on ne saurait reprocher aux Italiens d'alors de n'avoir pas regagné à longues enjambées tout le terrain perdu pendant tant d'années de somnolence et de compression. Plié à tous les jougs, contraint de feindre la joie, l'amour pour toutes les dominations étrangères qui avaient défilé en Italie, le peuple en était réduit à une égale servilité pour tous ses oppresseurs et il leur souriait à tous successivement, parce qu'il était nécessaire de les flatter tous. La Révolution, aux yeux de tant d'esprits timides, trop longtemps asservis, avait été « une commotion trop violente pour une nationalité convalescente..., remise à peine d'une longue prostration... Le caractère, l'esprit public renaissent; à peine, et on leur demande déjà d'héroïques vertus... La péninsule n'a pas encore la liberté et on lui montre l'indépendance ^.)> Il fallait s'attacher d'abord à conquérir les âmes, à faire l'opinion publique, à «donner la tournure à l'esprit » avant d'implantcrdes innovations aveuglantes.

Les républicains français pouvaient, comme un torrent dévastateur, tout bouleverser dans leur coui-se. Dans leur passage impétueux, ils déposaient sur les ruines du pays un limon fécon-

1. LeUre de Fourcade, consul de Fiance à la Canée, en Crète, datùe de Livourne, 26 mai 1796 (Arch. MX. Etrang., vol. XII, pièce 54).

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