J. Zellcr, p
(lant ; ils y semaient les germes de la liberté civile et de la nationalité italienne. Ce n'est que plus tard que la semence pouvait grandir et fructifier, comme si c'était là une de ces fleurs qui ne poussent que sur les ruines '. En compensation de maux passagers, ils apporlaient des biens durables *.
On avait vu naguère, il est vrai, la France, au sortir d'une aussi longue période de despotisme, entrera pleines voiles dans l'ère la plus démocratique que Ton pût rêver. Lorsqu'on 1792 elle proclama la République, bien peu la jugeaient mûre pour celte forme de gouvernement qui suppose une initiation, une éducation préalables chez le peuple, unique source du pouvoir. Mais aussi, même après les trois années d'agitations politiques qu'on venait de traverser, les mœurs publiques n'y avaient pas encore fait en ce sens des progrès bien marqués, et il était visible qu'en France les événements avaient trop précipité leur cours', en faisant d'un seul bond de cette nation naissante une République populaire.
Pourtant la France avait possédé, dans la brillante école des philosophes du xvin" siècle, des précurseurs de la Révolution qui avaient singulièrement contribué à ouvrir les intelligences, à faire pénétrer profondément jusque dans les classes populaires, leui's théories et leurs revendications. Tout Français, si humble fùt-il dans la hiérarcbie sociale, pouvait se dire un disciple de Voltaire, de Jean-Jacques Rousseau, de Diderot, ou du moins de Montesquieu.
En Italie, tout au contraire, l'école philosoplàquc n'avait rencontré que des échos fort aflaiblis. Aussi, la Révolution elle-même n'avait, sauf dans la bourgeoisie éclairée ou ambitieuse et chez quelques nobles exaltés, éveillé que des instincts de curiosité où la sympathie avait pou de part. Plus tard, lors des violences qui la souillèrent, elle n'inspira plus qu'un sentiment de l'épulsion et d'horreur. Seuls, les penseurs, les philosophes entrevoient dans les bouleversements prévus la féhcité future des nations, alors que les bourgeois ny aperçoivent que la satisfaction de leur cupidité et de leur ambition. Les triomphes de Bonaparte allaient bien agiter les populations, mais ils devaient les épouvanter au moins autant qu'ils les émerveillaient, et pendant longtemps encore, on ne devait considérer les Français que comme des cannibales '.
Chez un peuple si peu préparé, plus que chez tout autre, le misonéisme devait être en faveur et le rendre impropre à goûter