‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 158 sur 622 · Cusani, t. IV, p. 320 elSîl · texte numérisé non relu

Cusani, t. IV, p. 320 elSîl

L'ITALIE ICO

les idées nouvelles, les gouvernements régénérés '. Peu à peu copondant, l'éducation politique s'était l'aile, mais seulement au sommet de l'échelle. Un parti s'était formé qui aspirait à emprunter à la France les principes, les lois de la Révolution pour les adapter à l'Italie. Mais ce parti, élite des esprits sans doute, était loin d'être le plus nombreux et il se heurtait dans la majorité du peuple, tout acquise au clergé, à d'insurmontables et invétérées préventions qu'il n'avait pas eu le loisir de dissiper. 11 n'y avait peut-être pas de « pays mieux disposé au spectacle de la Révolution et à limitation de ce spectacle que l'Italie.., mais ce n'était qu'uu public de théâtre - ».

Les Italiens manquaient avant tout des deux vertus essentielles pour être libres, la sagesse civile et la valeur militaire ^. Ce peuple, banni des, austères et vivifiantes agitations de la place publique, à qui il était défendu de lire, d'écrire, de penser, s'était rejeté tout entier tête et cœur dans la seule passion qui lui fût permise, dans l'amour ; et il s'y était dévirilisé. « La poésie ne célébrait que d'insipides amours, des soupirs efféminés*.» L'amour était devenu la grande, l'unique occupation en Italie, un peu dans toutes les classes. On vivait pour aimer. La femme italienne n'y régnait pas sur les cerveaux comme en France ; elle n'y était pas « le principe qui gouverne, la volonté qui dirige, la voix qui ordonne »; elle n'avait pas, comme la femme française, de ce;; clartés de tout, dont Molière proclamait la nécessité ; « sa vie se partageait entre le jeu, le théâtre et le sigisbée ». Aussi ces belles Italiennes qui subjuguaient tous les cœurs n'eurent-elles qu'une action médiocre sur les esprits et les idées de leur époque. Belles, adorablement belles et jolies, elles ne se plaisent qu'à l'entendre dire, et leur captivant sourire n'éveille que de galants sonnets et de fades madrigaux. Dans tous les palais où l'on recevait à Rome, chez les Borgliese,les Altieri, les Barberini, les Braschi, les Patrizi, « on jouait beaucoup, on s'y occupait d'amour ouvertement, à la mode du temps, sans retenue et sanshypoci'isic»; il n'y avait exception que pour deux salons, celui de Maria Pizelli et de donna Margherita Boccapadulla, où les gens de lettres, les artistes, « à qui la galanterie ne suffisait pas », se donnaient rendez-vous ; mais ces salons n'étant point princiers, et même un peu mêlés, n'exerçaient aucune influence.

1. Ccsare Lumbroso sipniile le misoiu'isnie, la peur, la haine du nouveau, des innovations, coniine un des pi'incipaux facteurs de la résistance aux. révolutions ut l'origine de leurs saniilantes répressions.

Page 1