Mémoire du 17 avril 1796 (Arch. Aff. Etrang
ce même dessein de conquérir l'Italie; il n'a qu'une crainte, c'est (|u'une fois que nous la tiendi'ons, nous ne nous laissions éblouir par la victoire, qui à cette date même où il écrivait (17 avril) déployait déjà ses ailes, et il s'écrie: « Gardons-nous de fléchir par trop d'empressement de jouir '. »
Mais si Cacault se montre si catégorique, si précis sur l'urgence de la conquête de l'Italie, il est loin d'être aussi affirmatif lorsqu'il s'agit de l'abolition de la papauté, cette œuvre si chère à la jalousie religieuse de La Révellière. Le révolutionnaire italien Ceracchi, flattant les instincts vindicatifs du Directoire, conseille bien une «expédition militaire dans les États romains * ». Miot prêche, lui aussi, le renversement du pouvoir papal, car, dit-il, « c'est de Rome que sont partis tous les fléaux destructeurs de la France'». Il apporte toutefois, à cet avis, une restriction sérieuse, c'est que si la politique veut qu'on frappe la papauté, il faut se garder de la détruire. « Quant à Rome, ajoute t-il, c'est au Directoire à juger si un pontife errant en Europe, accueilli peutêtre par nos plus cruels ennemis, ne nous serait pas plus dangereux qu'attaché par nous-mêmes sur sa chaire pontificale et soumis à des conditions sévères*. »
Son opinion ne se modifie pas, même après les victoires, et le meilleur parti, à ses yeux, c'est de traiter l'Italie comme la Hollande, «l'affranchir, la défendre et la laisser se choisir un gouvernement ^ »,
Fourcade, le consul de France en Crête, dans son langage plein de courageuse franchise, déclare tout au rebours de Cacault, qu'il ne faut point penser à républicaniser l'Italie. « Les peuples, dit-il, n'y sont nullement disposés à recevoir la liberté ; ils ne sont pas dignes de ce bienfait; ils sont avilis; on peut seulement espérer deux le silence et la lâcheté ; ils sont corrompus par une religion qui favorise leurs crimes. Sans doute, il y a chez eux des mécontentements, mais causés bien plutôt parla cherté des vivres que par l'amour de la liberté. Les Italiens sont mous, insouciants ; ils ne pourraient comprendre la liberté politique avec leur paresse et leur indolence. Ils sont du reste fanatisés contre nous parles émigrés, parles nobles et par les prêtres".» On ne pouvait mieux dire; on ne pouvait surtout mieux marquer quel cas il fallait faire des insurrections locales en Piémont et en Sardaigne,