Il)idcm
5. Bonaparte au Directoire, de Chcrasco, 28 avril 1796 [Arch. G.).
au roi de Sardai?;ne, on le laisserait subsister tel quel, et, en compensation de la Lombardie, « on donnerait la Bavière à l'Autriche, qui céderait Trente et Brixen à Venise, et les fiefs impériaux à Gènes ' ».
Le besoin d'une direction unique et clairvoyante se faisait ainsi sentir dans les affaires politiques comme dans les affaires militaires. Cacault, qui le voyait, avait proposé pour y remédier de placer auprès du généi^al en chef une sorte de « lieutenant du ministre pour mettre en harmonie les opérations et les négociations diplomatiques ^ », et pour correspondre directement avec toutes les légations en Italie.
Cacault prêchait pour sou saint, car il est visible que, dans sa pensée, ce «lieutenant du ministre », ne pouvait être un autre que lui-môme. Mais le Directoire pouvait justement lui objecter que la mission qu'il convoitait n'était autre que le rôle dévolu à Saliceti et à Garrau. Du reste, Bonaparte devait avant peu concentrer entre ses mains, sans en solliciter la permission du Directoire, cette omnipotence d'action et cette unité de vues timidement entrevues par Cacault.
Lui seul, en effet, voyait clair, avec son imperturbable sangfroid; lui seul discernait le peu de consistance que recouvrait cette mousse agitée autour de lui par lesrévolutionnaires italiens, qu'ils fussent des apôtres sincèresde la liberté ou simplement des gens tarés, chassés de leur pays pour tout autre cause que leur opinion politique.
Si, avant de quitter Paris, il avait écouté complaisamment les radotages de Ceracchi, peut-être dans l'unique but de ne pas déplaire aux Directeurs^; si, à peine arrivé à Nice, le 1<='" avril, il avait reçu, accueilli, flatté, encouragé les délégués des proscrits itahens * ; nul mieux que lui ne savait à quoi s'en tenir sur la justesse de leur coup d'œil. Il les avait percés à jour dès la première heure, et se méfiait de ces turbulents faiseurs de projets, de ces loquaces agitateurs plus ou moins désintéressés, qui pullulaient au quartier général comme auprès du Directoire et qui prétendaient effrontément à leur voix insurger le pays. Bien qu'autorisés à
d. Décision du Directoire du 23 juil. 1796 (Areh. Aff. Etranç., vol. XII, pièce 65).
2. Caciiult au Directoire, du 10 lév. 17'J6 (Arch. G. et Arcti. Ail'. Etraug., vol. XII, pièce 471.