Mémoires de Ba7'ras, t. II, p. 74 et
4. G. Koberti: // ciltudino Ranza, p. 80, note 3. Bonaparte écrivait, le 31 mars, aux patriotes piémontais : •• J'ai lu avec la plus scrupuleuse attention et le plus vit intérêt votre mémoire ; vos malheurs, votre attachement à la grande cause, vous rendent intéressants <à l'humanité et vous assurent l'estime du peuple français. Le gouvernement de la République Française saura reeonnaitre en tous les temps ceux qui par un gracieux etiort aideront à secouer le joug de la tyrannie. ■• Sa lettre se terminait en les invitant à nommer deux délégués pour conférei- le lendemain avec lui.
suivre l'armée, bien qu'on fût prôtàtirer parti de l'agitation qu'ils pouvaient susciter, ils étaient perpétuellement l'objet d'une surveillance muette. L'un d'eux surtout, Baratta, semblait plus particulièrement suspect'. Tous, d'ailleurs, excitaient les méfiances ; plus ils se démenaient bruyamment, plus ils soulevaient la suspicion, et un oi)servatcur, qui les voyait de près sans doute, ne craignait pas d'écrire au Directoire que toute « leur effervescence était trompeuse * ».
Tout eu étant disposé à s'appuyer dans une certaine mesure sur leur bruyant concours, sans s'engager en aucune sorte vis-à-vis d'eux, Bonaparte ne s'en laissait point imposer par leur fatras démagogique et leurs hâbleries, et poursuivait sansse laisser distraire sa double visée militaire et politique qu'on allait voir bientôt apparaître au jour. Aussi, comptait-il bien ne s'inspirer que des avis pondérés de Faipoult et de Fourcade, rester impitoyablement sourd aux autres conseils, aux prescriptions même les plus expresses du Directoire, n'en faire qu'à sa tète et ne se laisser diriger que suivant ses propres vues. C'est ainsi, qu'une fois vainqueur de Victor-Amédée, on le verra ne fomenter eu Piémont aucune révolution; garder vis-à-vis des libéraux delà Lombardie une réserve, môme excessive, — car Milan seul, et aussi Reggio et Bologne, sut donner un démenti aux opinions pessimistes, et se conduisit « de façon à prouver que le génie de la liberté peut ressusciter en Italie* » — ; ménager le pape; rechercher en un mot, comme le voulait Fourcade, plutôt des « traités avantageux; désarmer les habitants, imposer de fortes contributions, éteindre la puissance de l'Angleterre, et par la générosité, s'attacher à conquérir l'affection des peuples* ».
Mais, son visage pâle et creusé ne révélait rien de la pensée intime qui s'agitait dans son cerveau. Quoi qu'aient pu dire les Directeurs, môme Barras et Carnot; les diplomates, môme Faipoult et Cacault, les commissaires tels que Saliceti; les généraux, môme Masséna, son jugement droit et sur s'était déjàfixé la route où il allait s'engager imperturbablement, certain que ses calculs si longuement mûris ne pouvaient faillir. Il ne retenait de toute
1. Le g»i Fiorolla pourra être guidé par « le citoyen Baratta, patriote piémontais, qui a ordre de se reudrc dans la nuit à Morozzo... mais il aura soin de le garder à vue et de ne s'y fier qu'autant (ju'il le faut pour en avoir les renseignements qui lui sont utiles ". (Bonaparte au g"' Fiorella, du 26 aviil ITJG, Arcli. G.)
2. Mémoire anonyme au Directoire (Arcli. AU'. Etrang., vol. XU, pièce 80).
3. Faipoult au ministre des relat. extôr. (vol. XII, pwce 68, Arcli. Alf. Etrang.), Bonaparte au Directoire, du 17 mai 1796; Bonaparte à Lallcrneiit, du 17 mai 1796; Bonaparte au Directoire, 11 juin 1796; Bonaparte au Directoire, 8 août 1796; à la municipalité de Milan, 9 août 1796, etc. (Arch. G.).
4. Fourcade au Directoire, 26 mai 1796 (Arch. A£f. Etrang., vol. XII, pièce 54). ,
la logomachie née des circonstances, suintant des mémoires et projets innombrables qu'il avait reçus, des conversations oiseuses qu'il avait dû subir, il ne retenait qu'une chose, c'est qu'il fallait agir et que la parole était plus que jamais au canon.
« Osez, écrivait Faipoult, et vous faites en quelques mois l'ouvrage peut-être, de quelques siècles * ! »
Avec un homme tel que Bonaparte, c'était un conseil superflu à répéter!
1. Faipoult au Directoire, du 10 août 1796 [Arcli. Aff. Etrang., vol. XII, pièce 63).