Voire' Krebs, t. Il, p
PLANS ET PREMIERS COMBATS 'd87
si bion sa marque qu'ils sont un sûr garant que la mùrac tète qui avait si sagement conçu les autres, n'eut qu'à les reprendre, à les refondre, pour formuler les prescriplions décisives qui contenaient en germe la victoire'.
On a voulu inférer d'une conversation que Bonaparte eut, après un dîner chez Barras, avec le grand sculpteur et patiiote italien Ceracchi, que c'est cet artiste qui lui aurait fourni le plan à la fois politique et militaire de l'invasion du Piémont. Il est cerlain que l'illustre sculpteur, réfugié à Paris, plein d'illusions et de rêves généreux, impatient de rentrer dans sa patrie en y apportant la liberté, remit à Carnot et à Barras une sorte de plan très original de vues, très audacieux, où il exposait l'état d'esprit de ses compatriotes beaucoup plus que les mesures militaires à employer pour envahir le pays. Il est plus que probable que Bonaparte en eut connaissance par Barras; qu'il tint à en causer avec l'auteur, et que, dans ce but, Barras les réunit un soir à sa table ^. Bonaparte prit même copie, puisque Barras l'alûrme, de ce projet fait pour le séduire par certains côtés, de même qu'il s'empara « brutalement » de tous les plans, papiers et documents qu'il trouva au Ministère de la Guerre ; qu'il lut les lettres de Haller au Directoire ; écouta les avis de Faipoult et de Cacault; et qu'il subtilisa gaiement à Barras lui-même les excellentes cartes du Piémont que celui-ci possédait et où il prétend avoir indiqué les positions à occuper et les routes à suivre. Mais il ne s'en suit point que Ceracchi, pas plus que Carnot, Barras ou Haller, ait dicté ou même inspiré à Bonaparte, l'idée féconde et simple sur laquelle repose le plan de la campagne de 1790. Bonaparte a consulté, « feuilleté », Ceracchi, pourrait-on dire, comme il a consulté tous les hommes, compulsé toutes les pièces qui pouvaient accroître ses connaissances des choses de l'Italie. 3Iais il demeurait seul maître de sa pensée, et les avis éclairés qu'il recueillait de tous côtés n'étaient utilisés que pour rectifier ou corroborer les vues personnelles de Bonaparte.
\. Ce ne sont pas seulement des contempteurs de Napoléon qui se sont attachés à prêter à d'autres qu'à lui le mérite du plan victorieux de 1796. Cette pensée parait avoir été assez ijrénérale parmi les couteniporains, pour qui l'apparition subite du génie de Bonaparte fut véritablement déconcertante. 11 serait cependant plus juste de diie que c'est Bonaparte qui a soufflé, rédigé même, beaucoup des plans qu'a signés Carnot et dont l'honneur revient à celui-ci ; Bonaparte n'a fait que rentrer en possession de son propre bien, lorsqu'il utilisa ses plans, sous son nom, pour son propre compte.