Mémoires de Masséna, t. II, p
l'armée 19
La discipline, on le conçoit, se ressentait fortement de cet état do choses. Pou de temps avant le départ du général Schérer, la division Sérurier toute entière s'était insurgée à Ormea '. La TO"" demi-brigade avait lancé une dénonciation contre le général La Harpe ([ui avait puni d'arrêts le chef de ce corps. Il semble d'ailleurs que cette demi-brigade faisait preuve d'un singulier esprit ; on l'avait accusée d'avoir, le 21 janvier, à l'anniversaire de la mort du roi, voilé de crôpe ses drapeaux. Schérer la défendit, rejetant le fait sur une simple « inadvertance * » et concluant à son maintien sous les ordres de La Harpe ; mais l'indice était assurément fâcheux. H n'était pas unique etBonaparte, dès son arrivée, eut à constater l'état d'insubordination perpétuel et le mécontentement de l'armée. « On avait formé une compagnie du Dauphin et l'on chantait des chansons chouannes et contre-révolutionnaires. J'ai fait traduire au conseil militaire deux officiers prévenus d'avoir crié : Vive le Roi * ! » Bonaparte voyait môme dans cette subite ferveur royaliste le résultat d'un trame ourdie par l'ennemi et s'il en cherchait opiniâtrement le fil sans le trouver, il n'était pas éloigné de croire que l'émigré Moulin, fait prisonnier par Sérurier, malgré sa qualité de parlementaire, ne fût un des émissaires auteurs des manœuvres contre-révolutionnaires qu'il s'apprêtait à réprimer avec énergie*.
Le 22 novembre précédent, huit officiers avaient abandonné leur troupe et s'étaient réfugiés dans une chapelle au col San- Bernardo; le 23 mars, ils n'étaient pas encore punis ^. Deux officiers de la 39="', « accusés de provocations désorganisatriccs», étaient mis en jugement, le 8 avrils Le chef de brigade Landrieux, du 13'- hussards, se plaignait de l'extrême indisciphne et du mauvais esprit « qui a toujours régné dans ce corps », et il en demandait le licenciement'.
Lors de l'embrigadement, le !«' bataillon de Paris et le 3° bataillon de la 45% amalgamés avec la 69% travaillés en dessous par leurs officiers, se mutinèrent en criant plusieurs fois : de l'ar-
i. Ministre de la Guerre au g"' Schérer, 21 mars 1796 (Arch. G.).
2. G'' Schérer ;m Directoire, 22 mars 1706 (Arch. G.). ;i. IJonaii.irtc au Directoire, 8 avril 1796 (Arch. G.).
4. Houaparte au Directoire, 8 avril 179G (Arch. G.). Voir chap. IV.
3. Instruction du g' Gaultier (Kervégucn) au g»' MioUis, pour leur mise en jugemfîiit (Arcli. G.).