‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 171 sur 622 · Albert Sorel, t. IV, p · texte numérisé non relu

Albert Sorel, t. IV, p

2. Mémoire avec un plan de Gi'déon Muzio, homme de loi à Ceva, vingt-huit ans, réfusié piémontais, du 10 mars 1796 (Arch. Nation., série AF. III, carton 185).

3. Le chef de bataillon Hulin, commandant à Nice, fournit à Bonaparte et à Salicetides espions pris parmi les Sardes et Autricliiens prisonniers de guerre {Méinuires Landrieux, t. h', p. 37).

aussi impondéi'ables, persistait à se montrer fort incrédule au sujet des dispositions politiques du peuple piémontais. Les belles phi'ases des orateurs de clubs, les promesses sonores des proscrits, pour lui c'était viande creuse que tout cela !

Il entendait bien, ainsi que le lui recommandait le Directoire, faire subsister son armée « dans et par le pays », et y lever de fortes contributions. Quant à compter sur un soulèvement problématique de quelques libéraux de la région, bien qu'il fût troi) avisé pour le dédaigner, il n'en avait cure et combinait ses plans comme s'il n'avait dû rencontrer aucun concours efficace dans la population.

Il comptait bien faire litière également des interdictions dictées au Directoire par ses sentiments de méfiance envers les généraux. On lui recommandait de n'accorder aucune suspension d'armes et de transmettre toutes propositions de paix au Directoire, seul juge de leur acceptation, et on l'invitait, quoiqu'il pût advenir, ù ne pas ralentir ses opérations. C'était fort bien, au début du moins, mais une fois la victoire en poupe, on pouvait transgresser sans risques ces prescriptions, en invoquant l'urgence de la situaton, pour arriver à signer soi-même un armistice, en laissant d'ailleurs au Directoire l'bonneur apparent d'approuver des conditions de paix dont on aurait soi-même au préalable arrêté les termes.

Sur ce point donc, la décision de Bonaparte était subordonnée aux événements et il ne se soumettrait aux injonctions direcloliales qu'autant qu'elles cadreraient avec ses propres visées et dans la mesure où il les jugerait utiles. Pour tout le reste, il demeurait pénétré de l'excellence de ses plans et était parfaitement résolu à ne point s'en écarter.

La pensée maîtresse qui se dégage des divers projets de Bonaparte, sous des différences et des contradictions plus apparentes que réelles, c'est de réunir en un unique faisceau les armées des Alpes et d'Italie et de les serrer en une seule masse qui pénétrerait, tôte baissée, entre l'armée sarde et l'armée autricbienne Une fois celles-ci séparées, leur asséner alternativement, avec cette même masse toujours compacte, des coups formidables qui les rejettent l'une et l'autre en arrière, sur des lignes excentriques.

PLANS ET PREMIERS COMBATS dOl

d'où elles ne poiirraienl plus agir avec concordance, condamnées à un isolement définitif.

Avec son instinct, sa divination psychologique, Bonaparte avait jugé du premier coup d'oeil que les deux armées, une fois séparées lune de l'autre, céderaient à l'irrésistible tendance de se porter, l'une vers Alexandrie pour y couvrir la Lombardie et la ligne du Pô, l'autre au coniraire de se retrancher autour de Ceva, tout à l'opposé, afin d'y défendre la route de Turin. En les contraignant à exécuter ce double mouvement c'était consommer la séparation des deux alliés, mettant à profit leur égoïsme réciproque, exploitantleurs rivalités. Il devenait loisible alors de marcher, à son choix, sur l'un ou sur l'autre sans qu'ils puissent désormais se porter mutuellement secours. Psychologie supérieure qui lui a permis de lire, dès 179o, dans le jeu de ses adversaires '.

Déjà en 1794, c'est la jonction des deux armées françaises dans la vallée de la Stura que Bonaparte préconise, avec une diversion sur Coni destinée à retenir de ce côté l'attention de l'ennemi, pendant que le gros de l'armée s'avancerait par Millesimo, Biestro et Pallare, sur Carcare, Cairo, La Rocchetta et Dego -.

En 179o, c'est la même concentration qu'il prône, et la môme tentative de rompre d'un choc le lien entre les deux fractions adverses. Il démontre qu'en raison des 95 lieues de montagnes à occuper, du Mont Saint-Bernard à Vado, la défensive est pour les Français plus dangereuse que l'ofTcnsive, car cette longue ligne demi-sphérique exige deux ou trois décades pour concentrer les troupes sur un point déterminé, tandis qu'il suffit de trois ou quatre jours à l'ennemi, maître du diamètre de cette circonférence, pour le parcourir d'une exti'émité à l'autre. Il en conclut qu'il faut avant tout reprendre Vado qu'on a eu le tort d'abandonner, puis porter la guerre en Piémont et s'y emparer de Ceva. Il avait pressenti qu'à ce moment les Autrichiens voudraient diriger leurs opérations dans la Riviera et que ce serait déjouer leur plan que de descendre, parle col de Tende et l'Apennin en Piémont, se portant ainsi sur leur flanc droit touten se dérobant à leurs coups. Il n'y avait que 8 lieues de Vado à Ceva, et dans une région moins montueuse que sur d'autres points. « Ce ne sont pas proprement des montagnes, mais des monticules couverts de terre végétale, d'arbres fruitiers et de vignes', » Une fois de l'autre côté des

1. Capit"* J.-C, dans la livraison d"avril 1897 du Journal des sciences militaires, p. 70.

2. Plan du 21 mai 1794, daté de Colmars (Basses Alpes), et plan du 20 juin 1794, daté do .\ii-o.

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