Clausewitz
l. Cusani, t. IV, p, 317.
examine, se renseigne, juge ce qu'il n'avait fait qu'entrevoir, et modifie quelque peu ses plans. Spontanément, il renonce à la route par Garessio, ou plutôt ce mouvement ne devient plus qu'accessoire, et il se décide à prendre Montezemolo à revers. Il a calculé, en effet, que devant lui, au point d'intersection et de rencontre de la chaîne des Alpes et des Apennins, se trouve le passage le moins élevé de toutes ces montagnes, le col de Cadibona. Les Alpes s'y abaissent progressivement depuis leurs hautes cimes du Grand-Saint-Bernard, du Mont-Cenis et du Mont-Viso jusqu'à Ponte di Nava où passe la route alpestre la plus facile et la plus basse. Les Apennins, au contraire, s'élèvent graduellement depuis ce môme point jusqu'au cœur de l'Italie toscane, laissant ainsi entre eux et les Alpes une sorte de trouée d'un moindre niveau, qui va de Vado à Altare et à Carcare, par où passe le col de Cadibona* et qui redescend surCairo. C'est la route classique des invasions ; elle porte, dans le pays, le nom significatif de « chemin du canon ».
En outre, le^ vallées des Alpes sont parallèles à la frontière, ce qui oblige pour y pénétrera l'ascension des sommets, tandis que les vallées des Apennins, plutôt perpendiculaires à la chahie, peuvent être abordées en suivant les routes ou chemins qui les traversent en glissant le long des pentes, si défectueux qu'ils soient. Ces chemins raboteux sont eux-mêmes une chance déplus qu'offre la nature à Bonaparte. Dans ces rochers à pic, dans ces défilés montueux, un balaiUon bien posté, résolu à périr, peut arrêter une armée ; on le verra bientôt à Montelegino, puis à Dego. Enfin, dernière considération qui aux premières semaines du printemps n'était pas sans valeur, les neiges qui obstruent les sentiers dans les Alpes, moins abondantes sur les flancs des Apennins, y fondent de meilleure heure, et d'ailleurs, même par la saison la plus rigoureuse, n'y sont jamais assez accumulées pour y « encombrer les passages ». Il est tombé de la neige en quantité à la fin de février - ; elle fond à peine sur l'Apennin ; elle s'agglomère menaçante dans les Alpes.
Tel apparaît, méthodique, raisonné, lumineux et complet, le plan auquel s'arrête la pensée de Bonaparte. Puisqu'il ne peut espérer le concours de l'armée des Alpes, il y suppléera par la vigueur et la rapidité de ses mouvements, « détachant et rappelant ses divisions à point nommé ' » ; par l'à-propos avec lequel il
1. •/'' Mémoire sur l'armée d'Italie, juil. 1*95 (Arcli. G.), où il discerne bien l'ittipoitance du col de Cadibou.i, mais n'aperçoit pas eucore eiiticreiiicnt sa supcrioriti'^ sur les autres points de passage.