‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 175 sur 622 · Capit»* J -C. : livraison ilc mai 1897, p. 2y6 à 2K · texte numérisé non relu

Capit»* J -C. : livraison ilc mai 1897, p. 2y6 à 2K

2. M»i Marmont: De l'esprit des institutions militaires, p. 13i à 136.

méditations '. C'est le maréchal de Maillebois, un grand slratégisle oublié*, qui le guide à travers ce dédale de combinaisons, où un esprit moins sagace que le sien eût risqué de se perdre faute de savoir choisir. A l'école des campagnes de la guerre de la Succession d'Autriche, sa pensée s'éclaire, se précise. Le plan qui naît dans son esprit, c'est le même plan qu'adopta Maillebois, en 1745, à la tôte de l'armée franco -espagnole (dite gallispane) et il s'applique à l'accommoder aux exigences de l'époque. Comme Maillebois, il tente de rejeter sur Turin l'armée du roi de Sardaigne afin de l'amènera composition et de le contraindre à renoncer à l'alliance autrichienne. Comme Maillebois, il se retourne ensuite contre l'armée impériale et la refoule hors du Milanais. Comme Maillebois enfin, il préfère franchir l'Apennin plutôt que les Alpes et, comme Maillebois toujours, il suit les deux chemins qui vont, l'un de Finale par la Madonna délie Neve surPallare et Carcarc, l'autre de Savone par le col de Cadihona à Altare et Carcare. C'est Maillebois encore et toujours qui lui inspire l'idée de i-accourcir, une fois en Piémont, la ligne d'étapes en prenant par Briançon ou la Savoie, consolidant ainsi sa ligne d'opérations en la dérobant aux coups de l'ennemi et en abrégeant le temps nécessaire à l'arrivée des renforts ^

Si donc Bonaparte a emprunté, copié son plan ; s'il a commis un plagiat ; si quelqu'un le lui a soufflé, comme le veulent ses détracteurs, ce n'est ni Carnot, ni Pontécoulant, ni aucun aulre général contemporain, c'est uniquement le maréchal de Maillebois. C'est dans le récit des campagnes dumaréchal*, dont il a extrait le suc, qu'il a appris ce qu'il ne pouvait deviner; c'est làqu'ils'est, entre autres, rendu compte de l'attraction fatale qu'exercerait sur chacun de ses adversaires leur propre pays, le 31ilanais sur les Autrichiens, le Piémont sur les Sardes. C'est là que lui apparut

1. Voir cli.ipitre II, p. 59, la liste des ouvrages dont s'entoura Bonaparte avant de partir pour l'Italie.

2. Le marquis de Maillebois (Jean-Baptiste-François Desmaretz), était fils du contrôleur général des finances qui occupa cette charge de 1708 à lllli. Mousciuctaire gris en juin 1G98, sous-1' d'infanterie dans le régiment du Roy en août 16!)!}, il devint c' du régiment de Touraine (33* d'infanterie), le 28 fév. 1703, et jirit part aux guerres de Hollande, d'Allemagne et de Piémont. Brigadier en août 1708, maréclial-de-camp, lo 8 mars 1718; l'-g"i, le 22 déc 1731, il commanda en Daupliiné et en Provence, cond)attit en Italie de 1733 à 1737 et s'y distingua.

Maréchal de France, le II février 1741, il commanda l'armée du Rliin en 1742 et celle du Daimbe; retourna, le 1<" avril 1743, en Italie, y commander l'armée sous les ordres de l'infant don Filippe, devint gouverneur général de l'Alsace, le 19 déc. 1739, et mourut à Paris le 7 fév. 1702.

3. G"i Pierron : Comment, s'est formé le r/e'nio militaire de Napoléon I" ? N° du Journal des Sciences Militaires, de iiov. 1888.

4. Histoire des campagnes de M. le maréchal de Maillebois en Italie pendant les années i74ô et i746, par M. le mar(|uis de Pezay. mestre-de-camp de Dragons, aidc-maréchal-général-des-logis, 3 vol. et un atlas, imprimes en 1773, à Paris, a. l'Imprimerie Royale.

possible, naturelle, inévitable, la faute qu'ils devaient être nécessairement amenés à commeltre sous l'obsession de cette pensée. C'est là enfin qu'il a puisé cet aperçu lumiueux et fécond qu'en agissant sur la ligne de retraite de l'adversaire, il le forçait, par cela môme, à évacuer telle position retranchée contre laquelle un assaut de front eût été téméraire et peut-être impuissant '.

Ce n'est pas servilement d'ailleurs qu'il a copié les grandes lignes de ce plan si brillamment exécuté par Maillebois dans les campagnes de 174G. 11 l'a adapté à son époque, proportionné à ses ressources. Il l'a laccru de ses propres observations, modelé sur l'esprit de ses soldats, accommodé à ses besoins et aux circonstances.

Il sait surtout qu'il faut agir rapidement; il est tout plein de cette maxime qu'il formulera plus tard, c'est que la force d'une armée s'évalue en multipliant la masse par la vitesse. Il est, dès ce jour, résolu à enfreindre les instructions du Directoire qui lui prescrivent de s'acharner avant tout sur les Autrichiens; il pense, tout au contraire, qu'il faut auparavant en finir avec le Piémont, l'amener à traiter — et il compte bien l'y réduire, — ou le vaincre. L'exemple de Maillebois, en 1745, lui a montré le danger de laisser un tel adversaire intact sur ses derrières, et il ne retombera pas dans la faute commise *par son illustre modèle*. Avec les faibles moyens dont il dispose, il lui faut pour exécuter un plan aussi délicat, le secret le plus entier sur ses projets; il faut que l'ennemi n'en puisse rien deviner et se méprenne sur son apparente immobilité ; il faut qu'il puisse l'endormir, par sa feinte inaction, dans une imperturbable sécurité d'où le réveilleront, mais trop tard, les tonnerres du canon.

Avant qu'il marche avec l'armée vers Albenga, aux premiers jours d'avril, dès son arrivée à Nice, il apprend qu'un mouvement intempestif a déjà dérangé ses combinaisons. La hâte de conclure

1. G"' Pierron, ut supra. Nous ne prétendons pas dire que Maillebois se?</, ait servi de maître à Bonaparte ; il est bien certain, lui-même l'a dit, que les campagnes d'Alexandre, d'Annibal, de César, de Gustave-Adolphe, de Tureiiuc, du prince Eufrène, de Frédéric ont été l'objet de ses méditations. On ne jicut d'autre part établir une analogie complète entre les opérations de Maillebois en Italie et celles de Bonaparte ; les armées, les lieux, les temps diflereut, mais ce sont inaiinioins les campagnes de Maillebois qui se rapproclient le plus, par leur date ou leuis rapports, de celle de 1796, et «[ui couséquemment ont dû ])lutôt guider Bonaparte. Sur ce point nous regrettons de nous trouver en contradiction avec l'éminent écrivain militaire, qui dans une Réponse au .ç*' Pierron {JournaL des Sciences Militaires, n" de mars 1889), a contesté l'opinion du savant général, sans cependant réussir à nous convaincre.

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