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Napoléon : Campagnes d'Italie, chap. II

Jiai DONAP.VUTE EN ITALIE

A Nice, avant de partir, Conaparlc s'entrelient longuement avec Schérer, son prédécesseur. Le verbeux, pédant et dogmatique Schérer qui se complaît à pérorer à perte de vue sur les formations de rinfanterie ' et parle toujours sans agir, a dû lasser le jeune général, rapide dans ses jugements, bref dans sa parole, prompt à l'action. Il lui fournit cependant des renseignements de toutes sortes et Bonaparte se loue de ses procédés*, d'une façon où se discerne pourtant une douce ironie, lorsqu'il vante la « grande facilité de parler » de Schérer et ses connaissances qui « peutêtre », le rendront utile à quelques emplois.

Ainsi muni, bien qu'incomplètement prêt, Bonaparte ne veut point retarder davantage l'ouverture des opérations. Le 31 mars, il passe en revue à Nice, sur la place de la République, la majeure partie de ses troupes. Il les harangue en quelques phrases courtes, vibrantes, « empoignantes », d'où l'on a tissé après coup la proclamai ion apocryphe si connue : « Soldats, vous êtes nus, mal nounis ; le Gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Votre patience, le courage que vous montrez au milieu de CCS rochers sont admirables ; mais ils ne vous procurent aucune "■loire; aucun éclat ne rejaillit survous. Je veux vous conduiredans les plus fertiles plaines dumonde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir; vousy trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie, manqucriez-vous de courage ou de constance ' ? »

Cette évocation, en présence des plus anciens généraux et de deux olTiciers subalternes de chaque corps *, fit un effet magique sur ceux qui l'entendirent. Elle en fit d'autant plus que Bonaparte la compléta par une distribution d'effets, et par le paiement d'un à-compte sur la solde. Dès lors, le soldat, resté sceptique, commença à croire que ses affaires allaient prendre une autre tournure

\. Mémoires de Masse'na, t. II, p. 10 et 621.

2. BoiKipartc au Directoire et Bonaparte à Carnot, de Nice, 28 mars 1796 (Arch. G.).

3. Il n'y eut pas ])roclamatioii au sens propre du mot ; celle qu'on a puliliée n'est, comme le fait reiiiar([uer le c' Kreljs, p. 3Gi, note o, que le résumé des diverses allocutions prononcées dans les visites aux ti'oupcs et les revues, et arrangées plus tard en l'orme de proclamation.

4. Voir un article sur « le g"' Dpsveniois, et le 7' bis de liussaids », dans le Carnet de la Sahrelache, de lév. IS'JS, p. 100, où est relatée en déi.iil cette revue de Nice, ijar!o'.s contestée Desvernois, alors sous-liculeuant, était un des deux délégués du 7« lius.aids, et sou téinoigiiarjc oculaire et auiùculaire peut être ci'u.

et qu'avec un tel chef il y aurait à recoller sous peu « gloire et richesses ».

Le 2 avril à huit heures du malin, il quitte Nice au son des fanfares. Il exécute sur la route de la Corniche, alors simple sentier serpentant le long de la côte et sur les rochers, tenu sous la menace du feu de l'escadre anglaise, une marche pénible de trois jours. Le 3 avril, il est à Menton ', pressant une fois de plus ses généraux de terminer le nouvel amalgame des demi-brigades*. Le 4, il est à Oneille', doù il lance un renfort pour recueillir la brigade postée à Voltri; il prescrit en outre de réunir 3S0 mulets, des charrois pour les vivres, les fourrages et l'artillerie, afin de conduire autour d'Ormea, farines, eau-de-vie et biscuits, cartouches et avoines. Il veut que « sous six jours », 2,500 quintaux de blé, 100,000 râlions de biscuit, 500,000 rations d'eau-de-vie, 1,500,000 cartouches, 4,000 boisseaux d'avoine soient transportés en ce lieu. Pour cet usage le général Casalta aura soin de réquisitionner GOO sacs dans les villages*. Il veut créer à Bardinetto un immense magasin de vivres, en établir d'autres sur les positions environnant San-Giacomo et iVltare^ A en croire ces préparatifs, il semble qu'il veuille grimper droit sur Ormea pour aborder directement Ceva par la vallée du Tanaro, — et il en eut sans doute l'intention, à moins que ce ne fût une feinte pour retenir CoUi autour de cette place; — il va au contraire frapper un peu plus loin, à la porte de l'Apennin qui s'ouvrira sous sa vigoureuse poussée. Cet amas considérable de vivres pour Ormea et Garessio ne saurait ôtre inutile, puisque l'armée l'y retrouvera une fois la jonction faite avec la division Sérurier et la concentration opérée dans les environs de Ceva. Aucun autre point de passage n'est d'ailleurs négligé et, le lendemain, c'est sur Bardinetto que Bonaparte fera diriger 200 mulets, autant sur San-Giacomo, autant sur Allare, avec ordre formel de terminer en deux jours cette importante opération ».

Il rentre d'ailleurs dans ses projets de feindre toujours une vaste opération vers le haut Tanaro. La seule présence de Sérurier sur ce point paralyse CoUi qui, toujours inquiet pour Ceva, n'osera

1. Bonaparte coucha à Menton, dans la maison à porte sculptée, qui porte actuellement le n» 3 de la rue Bréa, à peu prés au milieu de cette rue. Peut-être y rciicontrat-il alors un jeune bambin de six ans qui devait être le général de Bréa, né en 1790, au n" 2 de la même rue, et ([ui devait si tragiquement périr en 1848.

Le pape Pie VII, ainsi que le rappelle une inscription sur une plaque, logea aussi dans cette rue en 1804.

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