‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 181 sur 622 · Ordre du jour, d'Albenga, 5 avril 1796 [Arcli. G · texte numérisé non relu

Ordre du jour, d'Albenga, 5 avril 1796 [Arcli. G

plan recliligne de son jeune adversaire, Beaulieu oppose-t-il un système mûrement conçu et pratiquement ordonné? Il semble au contraire qu'il ne se préoccupe de décider qu'au jour le jour, attendant, subissant passivement, l'indication des événements au lieu de tâcher de les diriger.

Ce pédant Beaulieu, encroûté par soixante ans de routine ' , a déjà commis la faute d'accumuler sur sa gauche, en vue de défendre Gènes que personne ne menace plus, des forces dont l'utilité au centre eût été plus inconstestabie ne fût-ce que pour mieux y souder le lien fragile entre les deux groupes de son armée.

Ses autres dispositions du moins correspondent-elles mieux aux nécessités tant olTeusives que défensives qui lui incombent ?Existet-il entre les deux armées, dont l'objectif doit être le même, cette communauté de plan et d'idées qui n'a jamais existé jusqu'alors?

L'union des deux généralissimes, plus que jamais désirable, n'était pas mieux assurée, il faut en convenir, entre l'Italien CoUi et le Belge Beaulieu, malgré leurs anciennes relations d'amitié, qu'elle ne l'avait été auparavant entre ce môme Colli et Dewins ou Wallis, prédécesseurs de Beaulieu. Le désaccord régnait, semble-t-il, en permanence et résultait de l'essence même des choses, ou plutôt c'était la doctrine du chacun pour soi qui prévalait. C'était une fatalité inhérente à la situation ! Il y avait eu, à la vérité, entre les deux généraux, des conversations, des entretiens, des conférences, des échanges de vues qui n'existaient point auparavant. Mais de quelque nom que l'on désignât ces réunions, et bien qu'une antipathie caractérisée ne divisât plus les généraux, il importait peu qu'on y eût étudié on commun les divers plans à suivre, puisqu'on n'était parvenu à se mettre d'accord sur aucun. Beaulieu, dès son arrivée à Pavie, avait voulu marquer les sentiments qui l'unissaient à Colli et il n'avait pas, comme l'avait fait son devancier, négligé d'entrer en relations avec le généralissime sarde, afin de s'enicndre avec lui sur la marche des opérations. Il avait même écrit à son « cher Colli » une lettre remplie de protestations d'amitié qui semblent sincères, où il se réjouissait cordialement d'avance, si Colli obtenait des avantages par son assistance, si lui-même en obtenait par celle de Colli, et comme la jalousie ne peut avoir corrompu nos sentiments l'un envers l'autre, ajoutait-il, «que rien n'altère notre amitié ; soyons un exemple de la possibilité d'être amis dans la même carrière -».

d. Clausewitz.

2. Voir le texte de la lettre, citée par Costa de Beauregard, p. 309 et 310 ; la date n'en est pas iiidi(|uée, mais comme elle répond à uuc lettre de Colli eu date du 26 (20 mars probablement), on peut supposer qu'elle fut écrite à la fin du mois de mars.

Si la suite ne répondit pas à ces heureuses prémisses, c'est que Beaulieu peut-être ne fut pas maître d'y demeurer fidèle. Déjà lorsqu'il l'écrivit, Beaulieu sentait et disait qu'il n'était « point aimé » de ses lieutenants ; qu'il avait «beaucoup déplu»; qu'il n'avait « point de pouvoir » ; il paraissait même en prendre son parti : « Je me dispense de casser mes vieux poumons et d'écbauiïer ma bile », sans se dissimuler que si la cour ne se décidait pas bientôt à « mettre chacun à la place qui lui convient », il serait « sans but, et par conséquent très mal ' ».

Néanmoins « puisque la neige qui couvre les passages nous donne un moment de loisir, lâchons de nous voir», disait-il à Golli, soit dans quelque auberge de Milan, soit à Pavie *.

L'entrevue eut lieu à Pavie, et Golli en revint « gorgé de promesses* » tout comme de La Tour à Vienne; mais si son retour fit un moment voir « tout en beau », on se perdit bieutôt « dans un labyrinthe à petites intrigues», et l'on n'en fit «ni plus ni moins* ». On était pourtant d'accord, et après « une correspondance animée * », après l'amicale entrevue de Pavie, les deux généraux décidèrent qu'au lieu du mince cordon de troupes facile à percer, qu'on avait jusqu'alors opposé partout à l'armée française, il. fallait créer deux masses principales se liant étroitement l'une à l'autre, et combinant avec précision leurs marches sur le flanc ou le front de l'ennemi.

Il était tout indiqué que l'une de ces masses, à l'aile droite, serait formée de l'armée sarde avec Golli, et du corps auxiliaire autrichien que commandait Provera, alors que l'autre masse formerait, sousBcaulieu lui-même, le centre et l'aile gauche avecla principale armée autrichienne. Gonstatons de suite, que dans ce plan, il apparaissait a priori que le centre se trouvait quelque peu sacrifié aux ailes et ne conservait pas l'importance prépondéi'anle qu'il comportait, même dans l'ignorance où l'on était que ce serait là l'objectif direct de Bonaparte, mais surtout parce que sur lui reposait uniquement la liaison entre les deux armées.

Enouti-e de ces deuxmasses, les navires anglais tenaient la Méditerranée, prêtsà seconderles opérations à proximité des côtes. Maîtres de l'île de Gorse que leur avait Uvrée la trahison de Paoli%

1. Voir le texte de la lettre, citée pur Costa de Beauregard, p. 309 et 310.

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