‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 185 sur 622 · Expression de Clausewitz · texte numérisé non relu

Expression de Clausewitz

de misère, elle venait se faire broyer dans Tétau puissant formé par les deux armées alliées. Celles-ci, fortement assises sur leurs communications, n'ayant plus à escalader les sommets de l'Apennin, n'y risquant plus de s'y rencontrer avec les Français, pouvaient aisément se rejoindre et se secourir réciproquement, sans que le terrain peu montagneux où elles opéraient pût leur opposer des difficultés insurmontables.

On pouvait toujours redouter, il est vrai, que pressés par la nécessité, les Français ne concentrassent leurs forces sur Gênes, et ne s'emparassent des trésors et de la forteresse de la Sérénissime République. Le mouvement de la brigade Pijon sur Voltri semblait donner quelque consistance à cette opinion. Mais si celte éventualité se produisait, on revenait au premier plan de CoUi, en se jetant délibérément sur l'aile droite française, plus basardée que jamais dans Gènes, et même en admettant que cette grande cité succombât sans défense, on pouvait se targuer de l'espoir d'y couper, d'y cerner et d'y détruire l'armée française, sans qu'elle eût cbance d'écbapper au désastre '.

Par contre, on risquait, en adoptant ce plan fort sage, mais peu fécond en résultats, comme toutes les défensives, d'inaugurer une nouvelle période de piétinement, semblable à celle des années passées, si les Français persistaient à se borner au statu quo. Mais pour GoUi qui connaissait Bonaparte, une telle hypotbèse paraissait absolument improbable et il comptait bien qu'à défaut de la faim, l'ardeur du jeune général exciterait l'armée ennemie à tenter de se frayer un passage vers les ricbes plaines d'au delà des monts, et à venir dès lors briser son élan contre la muraille tendue dans les vallées duTanaro et des deux Bormida par son armée et par celle de Beaulieu.

L'exposé de ces deux plans si rationnels, si sensés et si soigneusement étudiés l'un et l'autre, n'eut pas le don de séduire Beaulieu. La camaraderie d'autrefois avec GoUi parut s'être évanouie, comme si la fumée de la gloire conquise dans les Pays-Bas, de Jemmapes à Fleurus, lui eût monté à la tête', et Beaulieu persista à ne voir que son propre plan, improvisé cependant dès le lendemain de

1 Cl Riistow, p. 53.

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