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son arrivée, et avant qu'il eût pu faire d'un théâtre inconnu pour lui une étude assez minutieuse pour qu'il en eût des notions suffisantes. Soit amour-propre d'auteur, soit orgueil, soit conviction, Beaulieu préféra et imposa donc son plan. L'idée en était simple ; elle consistait à diriger une attaque simultanée sur tous les postes de l'adversaire, atln de le débusquer d'abord des positions dominantes c[ue lui assurait la possession de l'Apennin, puis à le refouler vers l'Ouest, droit devant soi. L'aile gauche devait s'appuyer à la mer, en avant de Gènes, afin de jouir de la coopération de l'escadre anglaise, à laquelle Beaulieu « attachait un grand prix ' ». Quant au centre et à l'aile droite, ils avaient mission de s'emparer des principaux cols, en utilisant les vallées de l'Orba, des deux Bormida et du Tanaro; de déloger les avant-postes français et de tomber sur le flanc des colonnes que l'aile gauche chasserait de Gênes et de Voltri.
Ainsi, après avoir renoncé formellement au système du cordon, c'était de nouveau le triomphe de l'éparpillement. On remettait en question ce point qui avait paru nettement tranché à la suite de l'échange antérieur de lettres entre Colli et Beaulieu; on repoussait cette idée de concentration tant prônée naguère, et l'on retombait dans la faute de disperser « sur une longue ligne de dO milles*», l'armée peu compacte des coalisés. On aggravait même cette fâcheuse tactique en interposant le massif montagneux de l'Apennin entre les deux fractions de l'armée autrichienne, entre le centre et l'aile gauche, de telle sorte que cette barrière de l'Apennin dont on voulait interdire l'accès aux Français, allait, par un singulier retour, devenir la cause du décousu dans les opéralions du début, et du morcellement des forces autrichiennes qui devaient assurer la victoire de ces mômes Français. Décidément les Autrichiens avaient « tarage des cordons* ».
Beaulieu faisait état sans doute, pour la réussite de son plan, du peu de consistance qu'offriraient à son centre et à sa droite, les faibles elfcctifs républicains campés sur l'Apennin. Il se berçait de l'espoir — et c'est ici que l'inconséquent mouvement sur Voltri contribua, par un heureux hasard, à entretenir les illusions de Beaulieu, — que la niasse des Français se porterait vers Gênes, facilitant singulièrement par celte marche l'occupation du sommet de l'Apennin dont rien ne viendrait accroître la force défensive. C'était bien mal connaître Bonaparte, et pour lui avoir prêté des intentions trop naïvement conformes à ses propres désirs, Beaulieu
^. O Rûstow, p. 54.