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allait voir sa crédulité vite punie et faisait subir de gaîtéde cœui* à son armée le même désastre qu'il se proposait d'infliger aux Français. Il voulait couper leur aile droite; c'est son aile gauche à lui qui le fut ; et elle fut interceptée, par sa faute, si loin du lieu de combat, et si complètement, qu'il ne put jamais rétablir la soudure avec l'armée de Colli.
Il l'aurait pu pourtant, malgré les premières victoires d'un général qui atterrait ses adversaires par la foudroyante hardiesse de ses conceptions et la rapidité de ses manœuvres. Il lui aurait fallu la même célérité dans les marches, la même promptitude dans la décision que son jeune rival. Mais Beaulieu n'était qu'un « vegeto vecchione ' », un vigoureux et respectable vieillard, tout l'opposé de Bonaparte, et ce n'est pas lui qui eût fait démentir la boutade de Napoléon, devenue un dicton : « L'Autriche esttoujoui'S en retard d'une idée, d'une année et d'une armée. »
Beaulieu eùt-il eu un éclair de ce génie dont la nature s'était montrée si prodigue envers Bonaparte, qu'il n'eût sans doute pu obtenir de son armée, — de ces mercenaires qui ne pouvaient puiser ni dans le passé, ni dans le présent, non plus que dans l'avenir*, cet encouragement, ce stimulant que les bandes françaises trouvaient dans leur rénovation politique, — l'élan, la griserie d'enivrante espérance qui faisait palpiter les cœurs, surexcitait les cerveaux, chez les derniers soldats d'Augereau et de Masscna.
Ce fut d'ailleurs l'erreur commune à Beaulieu et à Colli de croire que pour défendre Turin et Milan, il était absolument nécessaire de se placer à cheval sur la route môme qui conduit à ces deux capitales. Cette fausse etroutinière conception rejetaBeaulieu vers Acqui, comme Colli vers Ceva, les isolant de plus en plus l'un de l'autre, élargissant entre eux l'intervalle déjà considérable qu'il importait au contraire de resserrer. Ils ne comprirent pas qu'en se réunissant avec toutes leurs forces, dans une position de liane, à Dego par exemple*, ils auraient protégé plus efficacement à la fois Turin et Milan, qu'en barrant la route même, en même temps qu'ils opposaient un obstacle invincible aux incursions de Bonaparte en Piémont. Ils ne virent pas davantage, qu'en attaquant de flanc par Montenotte, ils couvraient mieux Gênes qu'en attaquant de front par Voltri. Ils ne pouvaient d'ailleurs attendre que « des résultats médiocres de leurs efforts médiocres* » .