‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 2 sur 622 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

dépendamment de la documentation insuffisante qui s'y révèle, il est visible que Napoléon a voulu y prendre l'attitude dans laquelle il entend être vu par la postérité et que son histoire affecte plutôt l'allure d'un plaidoyer. A ne lire que cette apologie, on ne voit, comme le vit la France même du Directoire, dans cette mémorable campagne de 179G, qu'une suite ininterrompue de victoires sans pareilles, remportées par un homme seul, alors qu'au début Bonaparte' subit bel et bien plusieurs échecs signalés, tels que ceux de Ceva et de San-Michele qu'il sut habilement envelopper dans les victoires de la veille et du lendemain. Il s'applique également à revêtir les faits les plus simples de circonstances dramatiques qui les grandissent, comme le fait d'armes de Lodi par exemple, hors des proportions naturelles, et leur donnent l'aspect d'exploits presque surhumains. C'est un metteur en scène consommé qui sait créer et entretenir l'illusion théâtrale dont il poursuit l'effet. Aussi est-il, à première vue, fort difficile de se reconnaître dans l'enchevêtrement savamment combiné de dates, d'incidents et de localités, grâce auquel il espère esquiver l'aveu d'insuccès partiels et justifier sa prétention à l'infaillibilité.

Les ouvrages d'histoire écrits depuis Napoléon sur cette même campagne d'Italie dérivent tous de la même source et se sont inspirés du même modèle. Aucun n'a vu, n'a voulu voir les altérations de la vérité ; aucun auteur n'a fait effort pour surprendre Bonaparte en flagrant délit d'arrangement.

Ses adversaires eux-mêmes, plus pamphlétaires qu'historiens, n'ont pas su appuyer leurs critiques d'un exposé complet et véridique des faits, qui par lui seul eût fait la lumière. C'est ce que Clausewitz constatait déjà, lorsqu'il déplorait le vague, le manque de sincérité, l'insuffisance des divers écrits sur la campagne d'Italie, y compris ceux de Napoléon, disaitil, où les événements n'apparaissent que comme dans un rêve peu propice à l'éclosion de la vérité.

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