INTRODUCTION IX
D'une façon générale, d'ailleurs, l'histoire des guerres de la Révolution et même de celles de l'Empire est à refaii'e. Sans aller jusqu'à faire table rase des remarquables travaux antérieurs, ceux de Thiers et de Jomini par exemple, il est évident qu'à l'aide des importants et innombrables matériaux qui ont vu le jour dans ce dernier quart de siècle, il est devenu possible de discuter pied à pied et d'infirmer les assertions sans preuves ou controuvées, de restituer aux événements leur physionomie réelle, trop souvent dénaturée ou travestie *.
Ecrite jusqu'à ce jour par des panégyristes ou des accusateurs systématiques, l'histoire des campagnes napoléoniennes doit être étudiée avec une froide impassibilité. La campagne d'Italie mérite, avant toutes, qu'on l'aborde avec cette préoccupation maîtresse de la vérité dégagée de tous nuages. Ce n'est pas seulement parce que, de l'avis des meilleurs juges, c'est celle qui appelle le plus la réflexion, étant la plus féconde et la plus belle; parce qu'elle réunit toute l'exactitude dans les calculs, la correction dans les mouvements, une connaissance profonde des hommes et des choses ; parce que « c'est l'art mis en action dans ce qu'il a de plus sublime - », puisqu'avec des moyens médiocres, d'immenses résultats ont été obtenus, et que cette guerre, d'une année à peine, présente des modèles en tous genres. En dehors des leçons guerrières qu'elle renferme, de ses péripéties romanesques, des exemples d'héroïsme qu'on y rencontre à foison, cette guerre de 1796 offre ce caractère particulier, si rare en histoire, d'être une guerre libératrice. C'est d'elle que date le réveil de l'Italie; c'est le 15 mai 179G, lors de l'entrée de Bonaparte à Milan, que, pour la première fois, fleurirent les trois couleurs du drapeau
1. C'est ce que reconnaît etproclame un remarquable ouvrag-e Notes critiques sur l'histoire militaire, dû à la plume d'un ancien capitaine breveté d'état-major (1 vol. iii-18, Lille, 1891), où l'auteur anonyme, appliquant sa sévère méthode critique à IfRuvic de Thiers, fait sommairement justice, avec raison, des bulletins d'armée depouivus de véracité, et de certains ouvrages, tels que Victoires et Conquêtes qui s'en sont exclusivement inspirés.
2. M»' Marmont, De l'esprit des Institutions militaires, pages 134 à 136.