CHAPITRE VI
MONTENOTTE 12 Avril 1796 (23 Germinal An IV)*
I. Bonaparte entre en scène. — II. Les divisions La Harpe et Mcynier, dirigées par Masséna, sur Monte-Legino, la division Augereau sur Altare et Carcare. — III. Les Autrichiens tournés et délogés des villages de Moutenotte. — IV. Retraite de d'Argenteau. — V. Le quartier général français porté à Carcare. — VI. Séparation des Alliés. — VII. Beaulieu s'attarde à Voltri ; accident de voiture qui l'empêche de paraître sur le champ de bataille.
Le matin du 12 avril, la scène change brusquement. Les troupes autrichiennes, déconfites par leur insuccès de la veille, restent tapies au pied du Monte-Legino, s'abritant de leur mieux sous les broussailles de hêtres, contre l'épais brouillard qui s'est élevé vers 10 heures du soir, et contre la forte pluie qui, depuis 3 heures du matin, n'a cessé de tomber -.
Du côté des Français, en dépit de l'obscurité et du mauvais temps, la plus extrême activité n'a cessé de régner dès la soirée et s'est prolongée, sans temps d'arrôt, toute la nuit. Les renforts, précipitant leur marche sous l'impulsion de Bonaparte, qui s'agitait furieux de voir son plan en partie déjoué, courant au moins le risque d'être entravé, les renforts massés pour la plupart autour de Savone, n'ont cessé d'escalader, durant cette nuit d'avril, pluvieuse et fraîche, les pentes des Apennins '.
1. Ljtta-Biumi, qui a consacré une étude particulière à labataille de .Montenotte, la fixe au 11 avril (22 germinal) et s'inscrit en faux contre ceux qui la placent au 12 avril. Nous avouons que son argumentation ne nous a pas convaincus et que, jyirès nous être débattus dans le fouillis de dates et de renseignements contradictoires qui marquent ce début de campagne, nous persistons, d'après divers rapprochements et calculs, à croire que l'atlaire de Montenotte eut bien lieu le 12 avril 1796.
2. Com"' Martinel (Arch. G.j ; rapport d'.Argenteau, cité par le c' Krebs, t. 11, p. 384, note 4.
3. Dès la soirée du H, Cervoui était accouru vers Monte-Legino; un renfort de 700 h. et quatre pièces de canon j étaient arrivés dans la nuit.
Rentre de la Madonna à Savone, Bonaparte y passe en revue, vers 5 h. 1/2, y harangue les troupes de la brigade Cervoni, retour de Voltrl. Celte môme soirée du il avril, il a, avec Masséna, avec La Harpe, et sans doute avec Berthicr, une conférence où sont arrêtées les dernières mesures'. Les ordres partent aussitôt par les soins de Berthier*.
Tandis que la cavalerie cantonne le long de la côte pour observer Beaulicu vers Vollri*, que Marmont, entre Varazze et Arenzano, lait front avec quelques troupes, et que quelques dépôts et compagnies auxiliaires sont laissés autour de Savone, de Calice et de Vado*, suffisants contre un coup de main, mais non pour garder la ville et la côte, le reste de l'armée, rappelé en toute hâte, se concentre et s'apprête.
C'est La Harpe qui, avec la brigade Causse, 51° et l'ancienne 14» (environ 6,00D h.), part à 2 heures du matin de Savone* ; recueille en route les 4,500 soldats de la 75" de Cervoni « terrassés de fatigue" » ; reploie un bataillon de la 51" jeté trop à droite à Stella", et vole par le chemin qui longe la rive droite de l'EUero et grimpe sur Montenotte * au secours de la redoute de Monte- Legino, où déjà l'ont précédé quatre pièces de canon". Les hommes ont chacun 80 cartouches, 40 dans la giberne, 40 dans le sac, et s'avancent pleins d'entrain, heureux d'en venir enfin aux mains avec l'ennemi '". L'espoir rayonne partout. « Tout nous annonce que cette journée et celle de demain marqueront dans l'histoire". »
C'est Masséna qui emprunte la route de la Madonna, prend à Cadibona et au Baracon la 32» demi-brigade (alors 21») ; rappelle à lui la brigade Ménard (4"= légère, alors 8"), concentrée à Quigliano (4,000 h.), et cherche à gagner par Altare, Montenoli, le