‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 23 sur 622 · G-' Gaultier à Berthier, 2 mai 1790 (Arch. G · texte numérisé non relu

G-' Gaultier à Berthier, 2 mai 1790 (Arch. G

5. Il y avait plusieurs systèmes de déprédations : 1» diminuer dans les récépissés aux fournisseurs les quantités de matières livrées ; 2* le moyen principal, réduire la quantité des matières délivrées, c'est-à-diro « diminuer les rations», puis on vendait k bas prix, ari;nnt comi)tnnt, les bénéfices ainsi réalisés sans aucun risque ; on peut ainsi réduire d'un tiei's ou quart. A Nice, un magasin de 2,000 rations de fourrage a l'ait un bénéfice de 30,000 fr. par mois; on dit ici 10 fr. par ration « ce qui paraîtra bien modéré ». En général, on évalue à la moitié de ce que paie la P.e|iubliqne ce qui se consomme dans les magasins. Il y a connivence com])lète cuire tous les agents qui partagent et ne se vendent pas. Un inspecteur se plaignait de l'ingratitude d'un louriiisscur à qui il avait reconnu 5-t mulets, alors qu'il n'y on avait que 13 et il attendait encore « le salaire de sa complaisance» ; ces « sangsues publiques » ne prenaient pas même le soin de cacher leurs brigandages. Un fournisseur a livré 10,000 quintaux; son reçu est de 50,000 (Arch. Nat., série A-F. lll, carton 18;», 849-S.j3).

0. Ministre Guerre à Cliauvct, comniiss" ordonn'cn chef, 13 avril 1790 (Arch. G.). 7. « Vous ferez arrêter le citoyen .Michel et le garde-magasin. . . il est impor-

L'ARMÉE 2'o

La tâche de l'administration était si lourde, dans ce pays déjà peu fortuné et qu'avaient épuisé trois années de guerres consécutives, qu'on se sent disposé à quelque indulgence envers elle et il serait véritablement injuste de la rendre seule responsable de la navrante misère de l'armée. Comment pouvait-elle faire sans argent et Bonaparte n'en avait guère apporté? Il tirait de sa poche en tout 3 louis d'or à répartir entre ses généraux '.

Quant aux besoins du quartier général, et l'on sait s'ils étaient grands, Bonaparte n'eut pour y pourvoir que 600 francs. Qu'on en juge par cette lettre au chef d'état-major : « Vous trouverez cijoint une ordonnance de 600 livres en numéraire sur le payeur; vous garderez 10 louis pour vos dépenses particulières ; vous distribuerez 10 louis aux officiers et adjudants généraux attachés à l'état-major et vous garderez les 5 derniers louis pour dépenses extraordinaires dont vous me rendrez compte-. »A quelles dépenses « extraordinaires » pouvait-on bien faire face avec des moyens si « ordinaires » ?

Les lettres de change envoyées par la trésorerie étaient souvent protestées, dont une de 162,800 francs sUr Cadix. Au lieu (Je 500,000 francs en numéraire qu'eUe avait promis, la trésorerie ne tenait pas sa parole et n'envoyait que 300,000 francs. On n'entendait plus parler d'une somme de 600,000 francs tout d'abord annoncée *. Non seulement l'argent, les matières et les moyens de transport faisaient presque totalement défaut, mais l'administration avait encore à compter avec le peu de sécurité des routes de France et de la Ligurie. Sur ces dernières, ces Barbets, dont nous avons parlé plus haut, opéraient avec une audace, une intelligence, une activité qui déjouaient toutes les précautions *, Placés entre l'armée et ses communications, en face d'elle et sur

tant qu'aucun fripon ne puisse échapper. Depuis assez longtemps les soldats et les intOrèts delà patrie sont la proie de la cupidité. Un exemple est nécessaire en tout temps et particulièrement à l'entrée de la campagne. » (Bonaparte au commis" ord' Lambert, 7 avril 1796 (Arcli. G.).

l.« Le maréchal Herthier a conservé dans ses papiers un ordre du jour d'Albenga qui accordait une gratification de 3 louis à chaque général de division. » (Napoléon : Œuvres de Sain/e-Ilélène.) D'après le Mémorial, !•'• au 6 sept. ISlii, il aurait fait distribuer pour l'entrée en cam[iagne « 4 louis en espèces » ; il n'avait emporté de Paris dans sa voiture que 2,000 louis.

2. Cette lettre si curieuse, datée de Nice, 30 mars (10 germinal) conservée, comme celle à laquelle Bonaitarte fait allusion dans la note précédente, dans les archives de la famille du m«' Bcrtliier, a été publiée pour la première fois par l'éminent historien M. Jules Claretie, dans une de ses intéressantes chroniques du Temps, \c 11 août 1898. Il a bien voulu, avec sa bonne grâce habituelle, nous autoriser à la reproduire et nous lui réitérons ici l'expression de notre gratitude.

En copiant celte pièce à Grosbois pour M. Claretie, M. Ludovic Halévy, le spirituel académicien, lui écrivait : « Je ne m'explique pas bien 600 livres faisant 2"> louis, mais j'ai dû copier exactement. » Le fait est que 25 louis ne font que 300 fr.

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