‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 235 sur 622 · Claviscw'itz · texte numérisé non relu

Claviscw'itz

2. Le t;"i Jomini (t. VlIT, p. 83), considère mi'me ces diverses journées comme une isculc et nième afl'.iire, (|u'il appelle une « bataille de six Jours, livrée sur dix points ditfércnts, mais loujouis i)ar une même masse ijrinciiiale à des parties morcelées »... qui (I lut plutôt une série de combuts qu'une bataille rangée ».

l'action de guerre qu'on a qualifiée ainsi, fut encore moins digne du nom de bataille que celle de Montenotte. Si elle fut moins honteuse pour Provera que ne le lut Montenotte pour Argcntcau, elle ne servit pas fort efficacement les projets de Bonaparte et répondit peu à ses visées.

A la droite, Masséna et La Harpe n'arrivèi'ent que tardivement et avec trop peu de forces réunies devantles positions de Dcgo pour les attaqueravec chances de succès. Quant à l'aile gauche, Augereau y rencontra des obstacles tels qu'il fut dans l'impossibilllé do couronner, ce jour-là, les dernières cimes de l'Apennin à Montezemolo.

C'était à chacune des ailes un retard doublement préjudiciable. A l'aile droite, ce répit permettait à Beaulieu d'accourir renforcer Argenleau, ou tout au moins à celui-ci d'occuper plus fortement le poste de Dcgo. A l'aile gauche, c'était en premier lieu prolonger un jour de plus le séjour de l'armée « dans une région où les distributions ne peuvent être assurées' »; ce qui aura sur son moral et sur sa discipline les ])lus graves conséquences. C'était surtout laissera Colli le loisir d'intervenir avec toutes ses forces, de tomber soit sur la division Sérurier, soit sur notre flanc et de nous accabler dans la vallée de la Bormida. On y perdait enfin l'avantage de rétablir au plus tôt, par la vallée du Tanaro, la soudure avec Sérurier, bien faiblement maintenue parla présence de la brigade Rusca autour de Bardiiietto, et cet autre avanlagc inappréciable de faire concourir les 9,771 b. de cette division - aux opérations, accroissant ainsi considérablement Teffectif de l'armée.

La nécessité de sortir au plus vite de cette région dénudée s'imposait d'autant plus que, dès le soir du l'a avril, les soldats avaient commencé à réquisitionner pour leur propre compte, n'imitant que trop en cela les chefs supérieurs qui, tels qu' Augereau à Pallare, avait obéi à des ordres et levé une contribution do

1. Capit"» J.-C. : Journal des Sciences Militaires, avril 1897, p. 93. — C'est en vain que Bonaparte presse les commissaires des guerres de Vado, Savone et Kinal « de faire passer sans délai à Carcare tout le pain », fait et à faire, et leur dit que <c le succès de l'armée tient à la subsistance », leur demandant « au nom de la patrie », la plus grande activité (Bertliier aux commissaires des guerres, 13 avril, Arch. G.).

2. Etat de situation du 10 avril 1196 (Arch. G.). Bonaparte (lettre à La Harpe, 13 avril), dit « plus de 14,000 h. » ; mais c'est le chiffre porté sur le papier et non le chiffre réel.

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4,000 francs', et que Masséna, à Cairo, avec l'aide d'un bataillon, qui, y avait également prélevé une forte contribution -.

L'obligation de parer à la fols aux forces autrichiennes de Bcaulieu, et aux troupes austro-sardes de Colli avait contraint Bonaparte à laisser s'étendre l'armée, le 12 avril au soir, sur un front trop étendu pour son petit nombre. Elle couvrait tout le terrain compris entre i'Erro, à son extrême droite, et le ïanaro à son extrême gauche. Au milieu de ce front, formant une sorte d'enclave entre les montagnes et entre les lignes françaises, s'ouvraient les vallées de la Bormida de Millesimo et du Belbo, encore au pouvoir de Colli qu'il s'agissait d'en déloger.

Colli, à la vérité, ne s'était point mépris, on le sait, sur la nature des projets de Bonaparte, et contrairement à l'avis de Beaulieu, il avait deviné aveccei'litude que ce serait, non sur Gênes, mais sur l'Apennin et les vallées des deux Bormida et du Tanaro, que les Français porteraient leurs efforts*. Ses reconnaissances elles escarmouches que ses troupes avaient eues, les 9, 10 et 11 avril, avec les troupes de Sérurier et de Rusca l'avaient pleinement confirmé dans cette judicieuse appréciation. Aussi serait-il injuste de dire que la plus complète quiétude régnait dans le camp sarde.

Néanmoins, Colli n'avait pas cru devoir quitter, ni dégarnir la position d'expectative qu'il occupait autour de Ceva. Bien qu'averti, mais tardivement, du recul d'Argentcau, il en usa quelque peu avec Provera, comme Beaulieu en avait usé avec lui-même, et laissa son subordonné sans instructions précises. Il se borna à des reconnaissances « d'extrême surface* », contre les troupes de Sérurier dont il ignora jusqu'au bout la véritable force. La seule présence de ces troupes en face de ses lignes l'impressionna-t-elle à ce point qu'il crut aventureux, observé de près comme il l'était, d'abandonner l'abri d'une place réputée imprenable? En ce cas les démonstrations, pourtant anodines, de Sérurier, qui n'avaient d'autre but que de ramuseretdel'abuser, y parvinrent facilement et le retinrent au moment propice où son intervention eût été efficace ^. Il convient d'ajouter, à sa décharge, que l'ignorance où Beaulieu le tint des opérations fit qu'il n'apprit que le 12 au soir seulement l'attaque deVoltri elles événements de Montenotte '^. Privé d'autres nouvelles plus détaillées, laissé sans ordres et sans

1. Moitié fut distribuée en gratification aux troupes; moitié versée au payeur de l'armée; Berthier à Augereau, 12 avril (Arcli. G.).

2. G"'Pinelli, p. 623. D'après les Mémoires de Masséna (t. II, p. 261, on aurait frappé Dcgo d'une contribution de 24,000 fraucs et Cairo d'une de 36,000 francs.

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