‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 276 sur 622 · II · texte numérisé non relu

II

La nuit survint, ohsctire et fraîche. La pluie qui vint à tomber vers le malin endormit la vigilance des senlinellcs plus promptes à chercher un abri contre les torrents de pluie qu'à faire exactement leur faction.

Au milieu de l'obscurité, sous la pluie battante, une colonne autrichienne, arrivée la veille au soir à Giusvalla, avait marché sans s'arrêter et elle débouchait en vue de Dego aux premières kieui's du jour. C'était le délachement du colonel Wukassovich, fort des deux régiments de Nadasty et d'AUvinczy, qui, renforcé du délachement du lieutenant-colonel Lezeny (bataillon de Lezeny et bataillon de Preiss), se conformant aux ordres reçus de Beaulieu et d'Argenteau, croyait arrivera point nommé au rendezvous qui lui était assigné'.

1 . On a exijliquc de diffcToiitcs f.irons raii-ivie inopinée delà colonn(- Wukassovich. Si l'on en croit l'hislorien Graliani qui l'ut attaché, comme colonel anglais, au i|uaitier frénéral autricliien avec Wurinser, lieaulieu aurait enjoint à Wukassovich, dés le 12 avril, jour de Montenotte, de rcjoindie d'Arfienteau; n mais par une inadvertance inconci^vahle, il se trompa de date et indicpia un jour ]>lus tard que celui qu'il voulait etl'ectivcment désigner»- (C Graham: llisluire des campcif/nes d'Alleinai/ne et tl'Jlitlie pendant les années 1796, 1797, etc.; t. I"', [i. 205.} — Le lait n'est pas impossible; mais si Beaulieu avait envoyé ses ordres le 12, en en fixant l'exécution au lendemain 13, Wukassovich n'aurait pas attendu la nuit du 14 au 15 avril pour se mettre en marclie et il serait arrivé sur les positions assignées à temps pour ne pas trouver, à la place d'un combat indécis dont sa venue eût assuié le succès, une délaite irrémédiable. Ce qui est ceitain, c'est (pi'il revint de Voltri à Sassello sur un ordre de Beaulieu donné le 11, et ce (|ui est plus que probable, c'est qu'il se dirigea sur Dego. non par ordre de Beaulieu, mais |)ar celui d Argentcau. Beaulieu n'aurait doue j)as commis l'cireurde date dont l'accusi' Graliam; Argenteau serait le seul coupable.

Voici, en ell'et. ce ([ne raconte Iji. ()37) Pinelli ([ui évite de se prononcer avec nelteti'. L'ordre d'Argenteau à Wukassovich, daté du 14, et écrit sans doute dans la nuit du 13 au 14, prescrivait à Wukassovich de le rejoindre à Dego, « domaltina, demain matin », ce ipil, dans la pensée d'Argenteau, voulait dire le 14 au malin. Wukassovich recevant cet ordre le 14, traduisit littéralement domatlina, par a demain matin » 15. Pinelli fait rcmar(|uer avec raison que si l'ordre avait été clair, Wukassovich était homme trop actif, trop diligent, pournepas en presser, au lieu d'en retarder l'exécution. Pinelli mentionne que d'autres auteurs, le g»' Koch notamment (p. 231), assurent ([uc seul l'état des routes dégradées par les pluies l'aurait empêché d'arriver plus tôt. Avec Thiers.on peut admettre également qu'égaré, il vint donner à l'étourdif contrôles lignes françaises. — Suivant le ci-fUisto\v (p. 69), Argenteau aurait envoyé le 13, tard dans la soirée, un messager à Sassello avec un billet sans date invilant Wukassovich à marcher « demain matin de bonne heure » sur Dego. Ce billet, parti (le Pareto ajirés minuit, donc le malin du 14, arriva avant midi ,i Sassello; Wukassovich crut donc que « demain » signifiait le 15, et resta tranquille le 14 jusqu'à midi. — Carlo Botta (|). 377) dit qu'Argenteau, tète légère, l'avait tout à l'ait tournée et qu'il assigna un jour plus tard. — Le c' Kicbs (p. 400) se borne ;i dire, s'appnyant sur la [lièce 297 des Arciiives de Breil, i|ue l'ordre était « mal conçu et mal daté ». — Le capit"" J.-G. (p. !)6) dit simplement: « jiar suite d'une erreur i>. — X.-li. Sainline (p. 35'J) ]iai'le de « la plus inconce\able distrai;tion », chez Argenteau, « soit ipie l'état de trouble où il se trouvait l'empéeliàt de rasseoir pleinement ses esprits, soit qu'un hasard malcneontreux présidât à toutes ses entreprises ». — Marmoiit dit « eiieur de date dans l'ordre » (p. 15/). — Quant au p. Piuina, il dit (i». 45) que Wukazovvich {sic)

Wiikassovicli, que Ton a vu, depuis le 9 avril, tantôt à la droite de Bcaulieu, tautùt à la gauche d'Ârgenteau, servir de lien entre les deux gioupes de l'arinéc, sans cesse ballotté, atticé d'un côté, rappelé de l'autre, Wukassovich avait reçu de Beaulieu, le 11 avril, l'ordre de se retirer des environs de Voltri, par le Mont Fajale et le col de Giovo, sur Santa-Giustina et Sassello'. Il lui fallut vingt heures de marche très fatigante pour accomplir ce trajet, à travers de nombreuses montées et descentes, par des sentiers à peines frayés sous les neiges amoncelées -.

Arrivé le 13 à Sassello avec ses quatre bataillons, réunis aux Croates de Lczeny, sa colonne se trouva forte d'environ 3,500 hommes ■' et il y reçut le matin du 14, l'ordre d'Argenteau de concourir à la défense de Dego. Parti de Sassello dans l'aprèsmidi, il ti'aversa le torrent de TErro, en remonta la rive gauche sur Ponte Invrea, puis inclina vers Giusvalla, tandis qu'un de ses bataillons passait par Mioglio où il surprit un poste français et se rabattit ensuite sur la colonne principale, qui n'arriva à Giusvalla que vers 9 heures du soir". Il avait dû entendre, pendant sa marche, retentir la canonnade de Dego. Les gens du pays, en tous cas, l'avertirent de la défaite d'Argenteau; des fuyards qu'il ramena, au nombre de plus d'un millier, lui confir-

avec 3.000 II. venant de Poiizone, aui-ait reeu un orilre daté du 14, écrit le 13 après minuit, lui disant d'attaquer le lendemain, ee i|ui lit (|uc ce général ne marcha <|ue le lo. — Enlin, Ladwig von Cornaro : liapporls slratéf/itjues sui' la f/iierre île ■1796-1797, constate (|ue Wukassovich reçut, le 14 avril, à (i h. du matin, à Sassello, Tordre d'Argenteau, daté du même jour, 1 h. après minuit, qui lui prescrivait de marcher le lendemain matin sur Dego ; Argenteau avait voulu dire le matin même, mais Wukassovich lo put ([ue prendie l'ordre au pied de la lettre et ne se mit en route (|ue dans la journée. — 11 semble manifeste, d'après ces divers témoignages ou opinions, que c'est bien a un défaut de clarté de rédaction dans un ordre émané d'Argenteau que Wukassovich dut l'engagement imprévu qui faillit tourner à son profit et au grand détriment de l'armée fivinçaise. Il est jjermis de supposer (|ue l'entrée en scène de Wukassovich le 14 eût exercé sur les événements une iniluence considérable, à eu juger par le résultat (pi'il obtint avec des ell'oits isolés contre une armée eu sonune victorieuse, et sans espoir d'èlrc secouru on temps utile.

1. Parti de Voltri le H, il alla coucher à Masone; arriva le 12 et coucha à Tiglietto ou à Maitina dans la vallée de l'Orba, et rejoignit, le 13, Lezeny à Sassello (C Krebs; p. 400, note 3.)

2. Litta-liiumi (p. 22 et 27), qui constate que la colonne Wukassovich subit des fatigues immenses.

3. Il y avait ainsi six bataillons, deux de Nadasty, deux d'.VIWinczy, un de Lezeny, un de Preiss; Pinelli (p. G37) compte aussi six bataillons; Masséna (p. 33) en compte même sept, dont cinq auraient mai'ché sur Dego. Le c' Ivrebs (p. 400, note 3) pense qu'il n'y avait qu'un bataillon ilu régiment d'AlIvinczy et ne conqite que cinq bataillons; c'est aussi le cliilfi'e de lliistow (p. 83j. Cciicndant, le c' Krebs (|i.401, note 3] estime à 4,000 h. au maximum l'etfectif de Wukassovich, soit 800 h. |)ar bataillon; Pinelli ne l'évalue ([u'à 3,000 h., ce qui ue f'eraiti|iie oOOh. jiar bataillon, puisqu'il compte six bataillons et non pas cinq, comme Krebs et Piiistow ; ce dernier dit aussi 3,000 h. en comptant le bataillon de GOO h., ce (pii est l'effectif ordinaire, et en comptant six bataillons, on obtient 3, GOO h.; c'est exactement ce dont disi)Osa Wukassovich.

4. C lliistow, p. 83; g"i Pinelli, |i. (i37. — lîiistow observi; justement qu'entre Sassello et Oinsvaila il y a à peine une distance de 2 milles allemands (pii aurait pu être fi'ancliie en quatre ou clni| heures, mais le mauvais état de la route causa du retard.

mèrent la nouvelle de la prise de Dego '. Wukassovich n'y voulut pas croire, convaincu d'ailleurs que s'il en était ainsi, Argcnteau lui aurait envoyé l'ordi'e de battre en retraite. 11 résolut toutefois, pendant que ses troupes prenaient un repos nécessaire, de dépêcher dans la direction d'Acqui, vers Spigno, le long de la Bonnida, des ordonnances afin d'aviser Argenteau ou tout autre général, de sa présence à Giusvalla -. Puis convaincu, que même si Dego était occupé par les Français, il y aurait toujours aux environs de Spigno de forts détachements autrichiens prêtsàlc recueillir, ou attendant peut-être son appui; « strict observateur de ses instructions ^ », il résolut d'exécuter, le lendemain matin, l'ordre qu'il avait reçu et que rien n'était venu annuler. Argenteau, pendant ce temps, persuadé que Wukassovich était arrivé devant Dego le 14, ainsi qu'il le lui avait mandé, y avait été entraîné dans la déroute générale et avait pris une direction divergente, n'eut garde d'envoyer un contre-ordre qu'il jugeait superflu.

Aussi, dès le crépuscule du 15 avril, Wukassovich quitta Giusvalla, descendant la vallée de la Giusvalletta, traversa le ruisseau de Valla, près de Porri, et appuyant vers le Nord s'approcha prudemment des avant-postes de Dego*.

Il était environ 7 heures du matin ^ lorsque son avant-garde parut vers le bric délia Vardla*', à une lieue de Dego, et so heurta aux avant-postes français, « vino somnoqxie sepulti ».

1. P.ûstow, Pint-lli, Krebs, Koch, etc. — Le p. Piuma (p. 46) raconte l'entrevue d'un paysan de Spigno avec un officier de Wukassovicli (|u'il rencontra sur la route et le dialogue entre eux au sujet de la présence de 2U,000 Français à Dego, et même de 10,000 autres à Spigno, où ils auraient bien bu et bien mangé. Inutile de faire remarquer que le soir du 14 avril les Français n'occupaient pas Spigno.

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