G'' de Ségur, ibidem
"2. Bona|)arte à Despinoy : Ordre de... « partir à 1 li. du matin pour se rendre à Dego où il fora la visite de tous les postes. Après s'être rendu auprès du g»' Masséna, il rendra compte au général en chef si l'on a connaissance de nueUiue mouvement de l'ennemi. 11 rappellera au g»' Masséna qu'il doit pousser des patrouilles par des chemins dill'ércnts sur le village de Piaua. » — Bonaparte à Masséna : « Je suis instruit que Beaulieu en personne (toujours ! !) doit venir vous attaquer demain avant le jour. Faites placer les pièces qui i-estent en position. Arrangez vos troupes pour pouvoir faire une vigoureuse résistance ; avancez vos tirailleurs afin de pouvoir être prévenu de la marche de l'ennemi. Le g"' La Harpe ira placer son quartier général à Rochetta. Le g»' Victor ira se placer avec sa demi-brigade sur la hauteur de Mori et par longueur de Montenotte-Inférieur {sic). Aux premiers coups de fusil que tireront vos avant-postes, vous ferez tirer trois coups de canon l'un sur l'autre. Ce sera pour le g"' La Harpe le signal de battre la générale et de vous soutenir, et pour le g"' Victor de marclier et ile tourner l'ennemi. Si heureusement pour nous, Beaulieu vient, j'espère qu'il ira habiter la chambre d'O'Hara. Faites descendre tous les caissons et laissez des munitions autour des pièces. » (Caicare, 15 avril; Arch. G.)
Il est grand temps pour lui néanmoins, puisqu'il a résolu d'en finir d'abord avec l'armée sarde, de rejoindre Augereau presque immobilisé dans la journée du 15, par le contre-coup des événements et dont la jonction avec la division Sérurier ne peut être suffisante en face de l'armée de Colli. Pendant ces journées des 14 et it) avril où il a dû s'acharner avec son aile droite, à prendre, à perdre, à reprendre Dego, si les événements ont suivi leur cours à son aile gauche et à son centre, ils y ont marché avec la lenteur et la circonspection que commandent les difficultés renaissantes à l'aile droite avec Masséna, avec la crainte légitime de voir toujours accourir Beaulieu prenant à dos, entre deux feux, les troupes dirigées contre Colli ou leur coupant la retraite sur Savone, en réoccupant ces positions de Dego, de Millesimo et de Montenotte qui ont coûté tant de sang à conquérir.
A la vérité, cette crainte n'avait plus de raison d'être. Beaulieu a laissé échapper l'occasion; il n'est pas accouru à Dego arracher aux mains débiles d'Argenteau un commandement dont ce chef s'est montré indigne ; il n'a pu profiter des premiers succès de Wukassovich qu'il a ignorés et qu'il ne pouvait prévoir. Faute d'avoir étabh avec son collègue, son ami, Colli, le général en chef de l'armée sarde, l'union étroite, l'entente absolue qui devait présider à tous leurs mouvements, il s'est vu séparé de son allié, isoli5 do son lieutenant Argenteau, relégué dans cette ville d'Acqui, qui lui offre bien abri et ressources, mais où il est trop éloigné de Colli pour combiner une action commune efûcace, dont le moment est d'ailleurs passé. Aussi se borne-t-il à y opérer la concentration tardive de ses bataillons éparpillés et vaincus, et à y recueillir successivement les débris d'Argenteau et de Wukassovich. L'étendue de sa faute lui apparaît alors tout entière, mais aussi, et plus encore, la coupable mollesse de d'Argenteau. C'est à l'inertie, à l'indolence, à l'incapacité de son lieutenant qu'il attribue exclusivement la cause de la défaite. La défiance qu'il avait toujours eue pour ce général courtisan et qui lui avait fait exiger naguère son remplacement, est trop conlirmée par les faits pour qu'il hésite devant une mesure de rigueur. Argenteau, qui n'a lien fait d'utile pour s'opposer aux événements, Argenteau « qui
n'avait du général que Tliabit' «, Argentcau « qui perdit toute sa raison, si tantest qu'il en eût jamais- » et n'avait su, dans Pareto, que « courir de côté et d'autre « comme frappé de démence, va supporter, non sans justice, toute la responsabilité de la catastrophe. « Lorsque le général d'Argenteau se présenta à Beaulieu après ses désastres, Drake, ministre d'Angleterre, était présent. « Où est votre armée, Monsieur ? » dit Beaulieu à d'Argenteau. — « Mon général, je l'ignore ! » répondit d'Argenteau, — « En ce cas. Monsieur, un général qui ne peut rendre compte de son armée mérite d'être cassé et envoyé aux arrêts. Officier ! que l'on conduise Monsieur à Pavie ^. »
Il est destitué, arrêté et emprisonné à Mantoue; puis traduit à Vienne devant un Conseil de guerre où la protection de la Cour lui épargne la suprême flétrissure*. « Les Français eussent fait pendre le général qui se serait conduit comme lui ■•. » Châtiment mérité sans doute, mais qu'il n'avait pas seul encouru. Beaulieu allait bientôt prouver que si l'incurie de son lieutenant avait causé les désastres tactiques du début de la campagne, c'était à lui-même, à lui seul, qu'incombait la responsabilité des vices du plan stratégique dont son jeune adversaire avait si facilement triomphé. En vain invoquait-il, pour se couvrir, « l'ordre positif du baron de ïhugut » ; ordre si positif qu'il croyait qu'en ne l'exécutant pas, « il y va de ma tète », disait-il. L'exécution de cet ordre impératif ne le dispensait pas d'adopter le meilleur plan,