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CHAPITRE IX

16 et 10 Avril 1796. — [27 et 30 Germinal An IV.)

I. Comliats de Maramasso et de San-Giovanni di MuriaMo, 14 avril. — II. La division SiTurier descend la vallée du Tanaro, 14 avril. — III. Concentration de CoUi autour de Ceva. lii avril. — IV. La place et les retranchements de Ceva. — V. Occupation de Montezemolo, 15 avril. — \'I. Attaque des redoutes de la Pedaggiera, 16 avril; le chef de brigade Bellet est tué. — VU. Retraite de Colli sur laCursaglia, 17 avril; le major Cavoretto est tué. — VIII. Investissement de Ceva par le général Rusca, 17 et 18 avril. — IX. Masséna et La Harpe rejoignent l'armée, 17 et 18 avril. — X. Position des Piémontais à San-Michele, 18 avril. — XI. Désobéissance de Bonaparte aux ordres du Directoire. — XII. Combat de San-Michele, 19 avril ; les brigades Guieu, Fiorella et Pelletier. — XIII. Le brigadier Dicliat piis et délivré, le chef de brigade Alliés blessé et pris. — XIV. Échec de la division Augereau; intré]iidii.' de Joubert.— XV. Retraite de Sérurier. — XVI. Reddition de Ceva.

Le jour même où se disputait, pour la première fois, cotte position de Dego si clièromont achetée, le 14 avril, la brigade Rusca livrait, à Taile gauche, un combat en quelque sorte épisodique, mais dont le succès afl'ormissait néanmoins le lien entre les dilTérentes divisions de Bonaparte. Ce même jour également, tout à fait à l'extrémité gauche de la ligne française, la division Sérurier quittait enlin ses quartiers dbiver autour de Garessio et d'Ormea et descendait la vallée du Tanaro pour venir se souder vers Ceva au centre et àl'aile droite descendant de Montezemolo, afin de prolonger ainsi, en la renforçant, l'aile gauche de l'armée. Augereau, qui devait occuper, le 14, Montezemolo, fut retardé, on l'a vu, autour de Cosseria, et ne put, dans le reste de la journée du 14, que prendre ses dispositions en vue d'atteindre

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cet objectif afin d'opérer sa jonction sur le Tanaro avec Séruricr qui devait arriver en même temps que lui et qui, par suite des événements, l'y devança de deux jours.

La brigade Rusca, qui garnissait le massif montagneux entre le Tanaro et la Bormida occidentale, s'était laissé enlever, nous l'avons vu, un poste sur le bric délia Sotta, dans la nuit du 9 au lOavril'. Le 12, elle s'était avancée, sur Calizzano. Dans la nuit du 13 au 14 elle recevait des ordres et elle en partait le 14 au matin, descendant la vallée de la Bormida, se dirigeant par Caragnetta, vers le col dei Giovelti. La brigade Rusca était forte d'environ 2,000 h. *, après avoir laissé un détachement à la Sotta. Elle était flanquée à droite par les patrouilles du bataillon de la 20° resté à l'osteria du col de Melogno * ; elle devait être dirigée par le général Meynier, envoyé spécialement par Bonaparte à cet eflet*, et en vue de se concerter avec Sérurier.

Suivant la crête qui surplombe la Bormida, par des sentiers tortueux, couverts de bois, elle aborda, vers 9 heures du matin, la redoute de Maramasso, y perdit 2 hommes, fit GO prisonniers S mais elle « éprouva plus de résistance au bric Ajassa » et à la Croce délia Tia". Rusca fait porter à dos de mulets ses deux pièces de montagne sur une petite hauteur, d'où elles prennent d'écharpe la redoute du bric délia Croce, et lance une nuée de tirailleurs qui

1. Ce serait le 11 avril, d'après la lettre du g«' Rusca, du 13 août 1805 (Arcli. G.; dossier H7-1-A). L'Historique de la 27» légère dit pourtant (|ue le lieut' Joseph Bfimf et ses hommes, isolés, furent cernés a la Sotta dans la nuit du 20 au 21 germinal, 9 ou 10 avril (Arch. G.). II est vrai que cet Historique fixe au 13 avril, au lieu du 14, le combat de Maramasso et Murialdo. L'Histori(|ue de la 29» légère commet la même erreur. Uiistow et Pinelli le placent au lo avril.

2. Elle comprenait, d'après la lettre i)récitée du g»' Rusca, la future 27* légère (alors 4» légère, ci-devant légion Allobroge), forte de 771 h.; l'ancienne 6« légère, 788 h., et l'ancienne 18» légère, 790 h. qui devaient foi'mer la nouvelle 29« légère, ce qui fait un total de 2,349 h. ; mais Rusca avait laissé pour couvrir sa gauclie et se lier par là avec Sérurier, un poste à la Sotla. D'après l'Historique de la 29» légère, les 6» et 18» légères n'auraient compté que 12 à 1,300 h.

3. G' Krebs, p. 40S; vers le colla di Melogno, la tour et l'osteria de ce nom, sur les flancs du Monte-Settepani.

4. Bonaparte à Meynier; de Carcare. 13 avril 1796 : Vous partirez le plus tôt possible, par le chemin le plus court, à San-Giacomo, etc. (Arch. G.) . Meynier devait avec la brigadeDommai-tiii se 1)01 ter sur Calizzano et de là sur Muri;ildo, puis sur San-Giovanni, tandis que Rusca attaquerait San-Giovanni par Maramasso et que Joubert le tournerait par Castclnovo. Meynier, bien qu'indiqué comme parti le 13 au matin, fut sans doute retenu à Dego, le 14, avec sa division et n'arriva pas à temps, en tous cas, pour diriger ce mouvement; la brigade Dommarlin ne put pas y concourir davantage, ayant été appelée vers Dego. Joubert fut retardé autour de Rocca-Vignale. Seul, Rusca put exécuter ses ordres et s'empara à lui seul de Maïamasso et de San-Giovanni di Murialdo. Bonaparte s'attendait du reste à ce que Meynier n'arrivât pas à temps, et à ce que la brigade Dommartin fût déjà descendue de San-Giacomo sur Monte- Freddo,caril fit passer ses ordies directement à Piusca, s'en rapportant à sa « grande ponctualité et à son courage ordinaire». (Bonapaite au g"' Rusca, 13 avril; Arch. G.)

o. Lettre du g»' Rusca, précitée; Bonaparte à La Harpe; de Carcare, la avril (Arch. G ): le c' Krebs, p. 40o, dit qu'on occupa Maïamasso « sans difficulté ».

6. C Krebs, p. 403; la Croce délia Tia est un i>eu plus à l'Est que le bric Ajassa, sur la crête montagneuse qui se dirige vers San-Giovanni.

contraignent les défenseurs à céder . Puis la colonne débouche sur la grande redoute située à la Groce di San-Giovanni, d'où l'on domine Murialdo'. Gette redoute, armée de deux canons, était défendue par le général-major Vitale, avec moins d'un millier d'hommes ^. Rusca, le terrible Rusca, avec son encolure de taureau, sa mine féroce, ses cheveux crépus et noirs, une trompette à la main, sonne lui-môme la charge.

La 27« légère, — l'ancienne Légion AUobroge, formée en Savoie, en 1792, au premier moment de ferveur patriotique excitée par la réunion de ce pays à laFrance, — marche en tôte. Son chef, l'enthousiaste Dessaix, celui qu'on a surnommé le Bayard de la Savoie, Tépée à la main, entonne le Chant du Départ. La charge bat. Il entraîne sa troupe à la baïonnette, en tirailleurs, au pas de course, et pénètre presque sans coup férir dans les retranchements; il y reçoit pourtant un léger coup de baïonnette à la tête*. Le chef de bataillon Dupas, un des plus grands* et des plus rudes soldats de l'armée, se jette sur la gauche à travers des ravins, avec le 3« bataillon de la ST» légère et les deux pièces de montagne, pour couper la retraite aux défenseurs de la redoute. A cette vue, ceux-ci n'attendent point le choc; ils se retirent, sur Gastelnovo, encmmenantleurspièces.Mais les braves AUobroges se précipitent à leur poursuite; ils les chassent de plusieurs des mamelons avoisinants, et finissent par s'emparer de deux canons, ainsi que de plusieurs centaines de prisonniers^. Le sergent-major Bouvier*' succombe en luttant seul contre 3 Piémontais, dont un officier aux Gardes, qu'il blesse successivement, avant de tomber luimême atteint de plusieurs blessures mortelles. Enfin, après une poursuite de près de 2 lieues, la 27« légère s'arrêta et revint à la redoute ^ Des patrouilles poussèrent jusqu'à Acqua-Fredda afin

\ . Le vill:ise de Murialilo est situé sur les mamelons qui bordent la Bormida ; il est commandé par le l)ric délie Bovclle, où se trouvent le collette de San-Giovanni, une cliapelle du même nom, et une croix au point culminant; c'est là qu'étaient construites les redoutes piémontaiscs.

2. G Krebs, p. 40j, et note 4; il y aurait eu 8 à 900 li., dont 514 h. du régiment d'Acqui, et le reste appartenant à des corps francs; en outre, six i)iéces de canon (Lettre précitée du g"' Rusca, Arcb. G.; dossier 117-1-A.) — L'Historique de la 21° légère dit 600 h. et deux canons (Arch. G.); c' Rûstow, p. 92.

3. André Folliet, p. 68; et Histori(|uo de la 27» légère (Arch. G.). D'après cet Historique, Dessaix aurait été blessé en enlevant une première redoute au col dci Giovclti (qu'il appelle ZiovettI, le c' Costa l'appelle même des Zouets); il est plus que probable que ce fut à celle de Maramasso, que le même Historique appelle Saint-Jean de Maramas. ou plutôt encore à celle de San-Giovanni di Murialdo.

4. Sa taille était de 5 pieds 11 pouces, soit 1 mètre 95 centimètres (Arcli. G.).

.'). 300, dit le g»' Ilusea, lettre précitée (Arcb. G), plus tentes, munitions, etc., 3 à 400 prisoimiers, dit l'Historique de la 29» légère (Arcb. G.) ; 500, d'api'és les Mémoires de Masse'na, p. 38; 300, d'après le ci Krebs, p. 405.

li. Bouvier (Claude), né à Cbambéry en 1771 : voir André Folliet : Les Volontaires de la Savoie, ]>. 69 et 134; Histoiiipie de la 27« légère (Arcb. G.).

7. Rapport du chef de brigade sur les affaires où s'est trouvée la 27» légère

de communiquer avec les avûnt-postos d'Augereau à Millesimo, et avec le quartier général à Carcare '. Le général Vitale battit en retraite excentriquement, un de ses bataillons se retirant directement sur Castelnovo, mais l'autre reculant à Nucetto, où il resta sur la rive droite duTanaro ^.

Ce petit combat, vigoureusement mené par le général Rusca, soldat aussi vigilant, aussi rude, que fin lettré, bien qu'il fût réduit à ses seules forces, avait sensiblement ébranlé le moral des Sardes, « étrillés d'importance' ». Il nous avait coûté 4 officiers blessés, dont un mortellement*, et un certain nombre de soldats.

Cependant il n'atteignit pas entièrement le but que se proposait le général en chef, non par la faute du vaillant Rusca qui avait déployé beaucoup de décision, mais par suite du manque d'ensemble dans les attaques, et du retard imposé dans la marche des antres colonnes ='. Il eut surtout pour résultat utilede faire croire à Colli qu'il se trouvait en face de forces beaucoup plus considérables, et les «très grands feux» que Rusca, par une ruse de guerre de Ronapartc,fit allumer le soir sur les hauteurs de Maramasso et de San-Giovanni n'étaient pas faits pour le détromper. D'ailleurs l'occupation des redoutes de Murialdo constituait à elle seule un succès appréciable, puisque Bonaparte ne se croyait en mesure d'attaquer efficacement Mon tczemolo qu'après être assuré de leur prise de possession ou tout au moins de leur attaque générale par la brigade Rusca''.

(Arch. G. et A. Folliet). Dcssaix dut, au péril de sa vie, défeiidi-e à coups de sabre, contre ses propres soldats, les ofliciers sardes, que les Allohroges, furieux des grossières injures contre eux inscrites an charbon sur- les/ murailles, et des menaces que les fuyards leur tirent, voulaient fusiller' sans pitié.

1. Jionaparte au g»' Rusca ; de Car'caro. 13 avril (Arch. G.).

2. C' Itijstow.p. 92; le g-' Pinelli (p. CVl) dit ([u'il se retira d'abord dans la redoute du bric Kotondo (ce nom n'existe pas sur les cartes).

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