G»' Pinelli, p. C
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sur les grenadiers de Dichat. La brigade Guieu, à la file, se précipite tout entière derrière ses tirailleurs. Elle bouscule l'infanterie légère du colonel Radicati qui vient à sa rencontre et qui, prise d'une terreur panique, talonnée par les Français, s'enfuit, semant l'alarme, dans toutes les directions. La colonne Guieu prend dès lors à revers la batterie du Buon-Gesu ; traverse le hameau ruiné de Codevilla, passe à la chapelle Santa-Margherita franchit le ruisseau de Groglio et aborde par le Sud les maisons de San-Michele.
Cependant les chasseurs de Radicati, continuant leur course folle, ont entraîné en désordre le \"' bataillon de grenadiers et les servants des batteries, ainsi privées de leurs soutiens.
A l'aspect de ce tumulte, le capitaine Scotti a dépêché son adjudant-major, le capitaine de Ruphy, pour en connaître la cause. Le cheval de cet officier est tué ; c'est à grand'peine s'il échappe et peut confirmer la nouvelle que de nombreux Français ont déjà passé la rivière. A cette annonce, Scotti s'apprête à se replier avec ses grenadiers. Le capitaine Appiani ', qui commande la batterie de l'Aia del Cavallo et reçoit le feu des tirailleurs de Fiorella, abandonne canons et caissons, tout le matériel; à peine si quelques pièces sont enclouées. Le jeune lieutenant Boyl* allume à portée de la poudrière une mèche assez longue pour que les Piémontais puissent se retirer avant l'explosion. Mais soudain la poudrière saute, tuant 14 grenadiers, en blessant beaucoup d'autres, et frappant d'épouvante les troupes sardes qui se débandent et s'enfuient vers le caslello ■* et vers le Pilone délie Coste.
Mettant à profit cet afTi-cux désarroi, stimulés d'ailleurs par le succès de la brigade Guieu, les généraux Fiorella et Pelletier ont franchi le grand pont de San-Michele ; la So^ en tête. La biigade Fiorella, un instant égarée sur la gauche, vers Ca Ruffa di Mainerdo, est guidée par le général Despinoy qui la ramène au feu et lui fait prononcer une attaque enveloppante par l'Isola délia Marchesa et San-Giorgio * d'où il menace la Bicocca et la batterie des Rocchini. Fiorella fait battre la charge et, l'épée à la
1. C'était le futur génûral d'artillerie (g»' Pinelli, p. 651).
2. A dix-sept ans, il s'était distingué à Loano; il devint aussi général (g»' Piuelli, p. 587 et 652). ^ '
3. D'après le récit du com»t Martinel (Arcli. G.), ce serait le colonel d'artillerie clievnlier Débutet ou de Bulet qui aurait eu l'idée de faire sauter le magasin à poudre. Il semble plutôt que ce soit l'acte Irréfléchi d'un jeune homme de dix-huit ans, l'excès de zèle d'un oflicicr débutant, exaspéré. (Voir c' Krebs, p. 410 et 417, uote 3.)
4. Récit du com"t Martinel (Arch. G.); c' Krebs, p. 417, note 1. Despinoy, qui était attaché au quartier général, avait reçu ordre de Bonaparte de suivrele mouvement de la division Sérurier.
CEVA ET SAN-MICHELE 3b5
main, conduit la colonne sur San-Giorgio. Dichat et ses grenadiers reculent de la casa Michelotti sur San-Michele. Mais lorsqu'ils parviennent à ce village, où tiennent les grenadiers Cliiusan, le général Guieu y entre par le Sud ; Dichat est serré de près par les troupes de Fiorella et de Pelletier qui, se rabattant de San- Giorgio, y pénètrent par le Nord et par lEst. Le brave Dicbat, après un combat corps à corps, entouré de toutes parts, est fait prisonnier*. Quelques soldats sardes résistent encore sur la place de l'église, puis cèdent enfin. Les Français poursuivent un instant les Piémontais en retraite sur Briaglia et occupent San-Michele et le castello, renversant les pièces de canon prises aux Sardes, et n'en retournant qu'une seule, au castello, sur le chemin qui conduit à la Casa Quarelli. Les Piémontais s'enfuient en désordre, quelques-uns jusqu'à Mondovi où ils répandent la terreur. Golli faillit même être capturé; des tirailleurs français lancés sur le castello y furent repoussés par le feu des ordonnances du général en chef qui tirèrent des coups de fusil et par les officiers de l'état-major qui se servirent contre eux de leurs pistolets*. Il était alors 1 heure 1/2 de l'après-midi. Ace moment, les Piémontais ont évacué tous leurs camps ; les troupes françaises sont maîtresses du village et du castello de San-Michele. Si l'aile droite avec Augereau paraît enfin, les dernières positions sardes sur les hauteurs de la Bicocca et celles eu arrière tomberaient aisément entre ses mains ^.
Avant qu'on ait pu s'enquérir des causes de l'inaction d' Augereau dont on demeure sans nouvelles, surgit un de ces incidents 'de guerre qui déjouent toutes les combinaisons et décident parfois du sort des batailles. A peine maîtres des maisons de San- Michele, les Français, excités par la chaleur du combat, affamés par les précédentes privations, se croyant d'ailleurs victorieux et
1. Avec 600 h., la plupart de ses grenadiers, mais appartenant aussi à d'autres armes, y compris des soldats du train d'artillerie avec leitrs chevaux (g"' Piuelll, p. 632; c' Riistow, p. 99).