Récit du com"' Martinel (Arch. G
6. Les frères Schreiber, bien que Suisses d'origine, étaient tous deux nés à Gènes, où leur père était colonel-propriétaire du régiment des Gardes Suisses au service de la République. L'aîné, Paul, mourut en 1816, commandant do l'île San-Pictro, près de la Sardaigne ; le cadet, Hipiiolyle, devenu général sarde, après dcnondjreuses actions d'éclat, se retira à Asti, où il vivait encoi-e en 18:>4 (g«i Pinclli, p. G53 et 634, note 1). Paul reçut peu ajirès la croix de Saint-Maurice (g»' Pineili, t. Il, p. 10).
CEVA ET SAN-MICriELE 3ri7
la pièce, quand le grenadier sarde, La Grazia, prisonnier, à cette vue s'échappe, saisit à terre un sabre et, d'un coup, tranche la main de l'artilleur. Les deux fractions de la compagnie Schreiber se rejoignent alors et tuent à la baïonnette tous les Français ivres qui s'olTrent à leurs coups '.
Les greuadiers suisses attellent des chevaux à la pièce de canon qu'ils ont reconquise etla pointent contre San-Michele, puis ils se lancent contre les renforts français qui accourent au bruit de la fusillade. Mais la compagnie Schreiber ne combat plus seule ; Dichat et ses compagnons de captivité ont recouvré leur liberté, grâce à l'irruption des grenadiers du Christ*. Ils se rallient; grenadiers de Dichat et grenadiers suisses sèment à leur tour parmi les soldats de Sérurier la terreur panique qui, une heure auparavant, a amené le désastre des Sardes.
CoUi, de son côté, arrive vers â heures au camp de la Bicocca*, et sans rien savoir pourtant de l'audacieuse tentative de Schreiber, il ranime ses troupes désorganisées et les entraîne résolument en avant. Le régiment des Gardes réoccupe la batterie des Rocchini. Deux bataillons de grenadiers sous le colonel chevalier de Varax* ; le !"■■ bataillon du régiment de Savoie, avec le lieutenant-colonel Déloche ^ postés vers Briaglia, ont arrêté de ce côté la marche audacieuse de la brigade Fiorclla et se reportent sur la chapelle San-Giorgio, d'où ils marchent sur San- Michele, au secours des grenadiers de Dichat, de Chiusau et de Schreiber. Ils y trouvent les Français en pleine déroute. Se mêlant au flot des fuyards, ils s'elToi'cent de gagner avant eux le pont où déjà l'on s'étouffe, l'on s'écrase. Beaucoup de Français tombent à l'eau et s'y noient misérablement. Le sous-lieutenant Duchanay'' qui, à la tète d'un détachement, a chargé le long de la grande rue de San-Michele, a vite atteint et traversé imprudemment le pont, à la poursuite des Français, se trouve seul sur l'autre rive de la Gursaglia, s'acharnant à reprendre deux canons.
1. Tlùcit du corn"'- Martincl (Arch. G.); g»iPiiielli, p. 6j3 et 654; c' Riistow. p. 99 I,;i Grazia, déjà médaillé en 1793, reçut une gratilication de 30 francs (g«i Pinelli t. II. p. 17).
2. D'après le récit du corn»' Martinel (Arch. G.), Dichat aurait dû sa liberté à la làclie cupidité d'un vieux sergent français qui aurait accepté 100 francs en argent, ou (luclqups louis, pour le laisser partir. Les deux récits peuvent se concilier, mais il |)arait prohalile que Dichat n'eut pas besoin d'acheter sa liberté, puisque l'atta(pie inopinée de Schreiber aurait sufli à le délivrer. Ni Riistow, ni Pinelli ne parlent de ce marchandage.
3. Colli était à midi et demie à Niella et a dû arriver vers 2 heures à la Bicocca (c' Krebs, p. 417, note 3).
4. Celui formé des compagnies des Gardes, des régiments de Savoie et de Mauiienne (g"i Pinelli, p. 634; c' Riistow, p. 100); Thaon de Rcvel, p. 341, citant le c' Costa, dît que Varax •< s'est extrêmement distingué ".
.I. liC g"i Pinelli l'appelle « le major de Loches ». 6, Il était du régiment de Savoie.
Il est enveloppé par les réserves accourues de Lesegno, sur le point d'être cerné et n'a d'autre ressource que de se jeter dans la rivière avec de l'eau jusqu'au menton. Les hommes la traversent ainsi, presque à la nage, en se tenant par la main, afin de mieux lutter contre le courant qui les entraîne ». L'énergique savoisien Varax continue à rejeter les Français de San-Micliele sur le castello, pénètre dans San-Michele où il propage le désordre déjà à son comble et en expulse les derniers défenseurs. La fuite des Français est si désordonnée que les chefs eux-mêmes sont lâchement abandonnés par leurs soldats. Leur voix n'est plus écoutée. Un fort détachement est cerné dans le castello et obligé de se rendre. Là se trouve le brave Alliés, chef de la 22» légère ^, qui, blessé d'un coup de feu au visage, est fait prisonnier avec plusieurs autres officiers.
Le général Guieu qui s'est dirigé, à la poursuite du colonel Bellegarde, sur le Santuario délia Madonna, a également échoué dans ses tentatives, soit qu'il n'eût pas été suffisamment énergique, soit que les Gardes de Sardaigne eussent déployé une valeur indomptable. Il est contraint à son tour de se retirer lorsqu'il voit à sa droite, vers San-Michele, le reste de la division Sérurier descendre, échevelée, les pentes vers la Cursaglia pour en gagner les ponts.
Le succès de Colli est donc entier, incontestable; ses soldats avaient montré une bravoure héroïque. On avait vu le porteenseigne Bellegarde, parent du colonel, tué par une balle pendant l'attaque, et le sergent-major Michaud, dit Francœur, un de ces savoyards qu'on trouvait, spectacle étrange, à la fois dans l'une et l'autre armée, brandir le drapeau et au cri de : A moi, Savoie ! entraîner ses camarades en avant ^.
La fuite des Français est générale ; ceux qui ont pu passer les ponts sans tomber à l'eau s'abritent comme ils peuvent sur la rive droite de la Cursaglia. Sérurier en prescrivant la retraite*, ne fait que sanctionner le fait accompli. Cependant la brigade Guieu reste maîtresse des deuxponts de Torre et duCasotto, gardant un