CHAPITRE X
21 Avril 1796. — [2 Floréal An IV)
I. Retraite de Colli sur Moiidovi. — 11. Mesures de Bonaparte. — III. Le 21 avril, Sau-Michelc étant évacué, les colonnes françaises se portent sur Vice. — IV. Positions de l'armée sarde en avant de Mondovi. — V. I.a division Sérurier s'empare du village de Vico. — VI. Le Bricliello. — VII. Attaque de la division Meynier. — VIII. Miirt du général sarde Dicliat. — IX. Retraite des Piémontais. — X. La ville de Mondovi ouvre ses portes à Bonaparte. — XI. Charge des dragons du roi du colonel Clialfardon ; mort du général Stcngcl. — XII. Colli se replie sur Fossano; conséciuences de sa défaite. — XIU. Réunion à Turin d'un conseil de gouvernement. — XIV. Fuite du comte de Lille.
Le combat de San-Micbelo était un incontestable succès pour l'armée sarde, demeurée inébranlable sur d'excellentes positions'. La division Sérurier avait finalement plié devant elle et repassé la Cursaglia dans un certain désordre^. Un tel résultat était dû, il est vrai, un peu au basard; c'est le coup de main du capitaine Schreiber, tombant au milieu de la démoralisation et de la dispersion des Français, qui en était le principal facteur. Quoiqu'il en soit, il semble que Colli aurait dtî puiser dans sa victoire et
1 . Le combat de San-Michele n'est pas sans présenter quelque analogie, toutes proportions gardées, avec la bataille de Gravelotte, le 10 août 187U. Là, comme l'année sarde en 1796, l'armée française maintint ses ligues, résistant victorieusement à tous les assauts des Prussiens. Là aussi, Bazaine, pas plus i(ue Colli, ne sut profiter de ce réel succès et se rei)lia en arrière. Du moins, l'armée de Bazaine, le 18 août, à la bataille de Saint-Privat, avait eu le temps d'occuper fortement ses nouvelles positions, tandis que celle de Colli fut surprise à .Mondovi en pleine exécution de son mouvement de retraite.
2. Bien (|ue Bonaparte dans ses dépîclies à Masséna, à Augereau, à Dommartin (Arch. G.) prenne soin de répéter que « la nuit seule a séparé les combattants »,
insuffler à ses troupes une énergie nouvelle; se cramponner jusqu'au derniersoufflc derrière le cours encaissé des rivières qui le couvi-aient, et y mettre enfin un terme à la marche conquérante de Bonaparte.
Mais ses troupes, sibraves, étaient accablées de fatigue parleurs eiïorts de la veille, et s'il avait des nouvelles favorables de Beaulieu ' , il n'y ajoutait sans doute pas, non sans raison, une foi en tière. Il venait en effet de recevoir du général baron de La Tour, commissaire du roi de Sardaigne près de l'armée autrichienne, l'avis que Beaulieu, à Acqui, devait enfin semettre le lendemain en campagne pour voler à son secours*. Cette assurance était-elle fondée ou de La Tour n'était il pas dupe, une fois de plus, de la duplicité autrichienne? On ne saurait le dire; il apparaît cependant que Colli ne partagea point la confiance de son collègue. Peut-être avait-il connaissance, par le ministre de la guerre, de la lettre qu'un émigré français, le colonel marquis de Jarjayes ', attaché à l'état-major de Beaulieu, avait écrite au général Cravanzana pour l'informer que le généralissime autrichien, loin de méditer un retour oflensif contre Bonaparte, ne songeait plus qu'à couvrir la Lombardie, et qu'une fois évacués les magasins d'Acqui sur Alexandrie, il s'acheminerait à son tour hors du Piémont pour se poster sur la rive gauche du Tessin et du Pô, en avant de Milan *
Il est permis de supposer que Colli était instruit jour par jour, parla cour de Turin, des projets de son ancien frère d'armes et qu'il se refusait dès lors à s'en rapporter à l'optimisme béat du général de La Tour. On conçoit que, dans ces conditions, sentant que l'intervention des colonnes de Beaulieu restait tout aussi problématique que par le passé, constatant en outre que la brigade Guicu gardait en sa possession les débouchés sur la rive gauche de la Cursaglia, à Torre, et s'altendant à une attaque pour la journée du 20 avril, il se soit déterminé brusquement à la retraite, ce qui eût été une singulière inconséquence, si l'arrivée prochaine de Beaulieu lui avait paru seulement probable.
Il est bien certain qu'aux 9,000 h. ^ qui restaient à Colli,
1. 1,0 c' Uiistow (p. 103) assure que les nouvelles de Beaulieu manquaient comlilclenient. ■2. (i-i Pinelli, p. Co6.
3. Kt non pas Juryajes, comme l'écrit Pinelli.- Il était fils de Reynier de Jarjayes (l''r,ini;ois-AuiiustiM\ né en 1743, adjudant général eu ITJl, ([ui lut nommé maréeiial tic l'auq), le '22 mai 17'J2, dans la même promotion (lu'Alexandie Bertliicr. Ce Jarjayes, devenu lieutenant général, le 4 février 1815, mourut a Fontenay-aux-Uoses (Seine en septembre 1822.