‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 333 sur 622 · Costa de Beauregard, p · texte numérisé non relu

Costa de Beauregard, p

3. Ordres à Augereau, Masséna, Sérurier, Dommartin (Arch. G.), donnés le 20, à 1 heure du matin, amenant la brigade Dommartin à Lesegno où sont le quartier général, le régiment de cavalerie, deux pièces de canon ; prescrivant à Augereau de bien lier ses mouvements avec ceux de Sérurier et de l'aire passer le Tanaro à la brigade Beyrand pour attaquer la gauche, tandis que Dommartin tomberait sur le centre et que Sérurier réattaquerait la droite : tandis enfin que Masséna s'avancerait pour appuyer le mouvement. La ferme volonté de Bonaparte était que l'ennemi tût attaqué de nouveau le 20 (ordre à Masséna), bien que l'ordre à Augereau ne prévoie que pour « demain », une attaque de CoUi contre Sérurier: Bonaparte en écrivant « demain », le 20, à 1 heure du matin, a certainement voulu dire « aujourd'hui 20 » commettant une erreur analogue à celle contenue dans l'ordre d'Argenteau à Wukassovich ; cela est si vrai que, dans ce même ordre, il dit à Augereau de faire prendre position « avant la pointe du jour » à Dommartin entre Lapre (Prata) et Lesegno, et qu'il reconnaît ([u'il est indis|iensal)le de forcer le fort de Ceva « aujourd'hui », où Augeieau devr» envoyer 1,200 h. pour relever Dommartin. Bonaparte ne se trompait pas d'ailleurs dans ses prévisions, car il peus.'it que si l'ennemi s'obstinait à conserver ses positions, c'était seulement poui- se donner le temps d'évacuer Mondovi.

4. Récit du com"' Martinet (Arch. G.) ; c' Krobs, p. 419, note 2.

ainsi ses lieutenants et c'était chez lui l'indice d'une préoccupation grave.

Il était en effet fort mécontent; mécontent de l'échec de Sérurier on lequel il ne voulait voircependant qu'un» prélude de victoire » ; mécontent surtout des causes qui l'avaient amené. Dès la veille au soir, dans une réunion de généraux tenue àCeva', on avait résolu de réprimer, avec la dernière rigueur, le pillage, cause unique, aux yeux des chefs, du revers humiliant de San-Michele. Il avait été décidé que tous les pillards, officiers ou soldats, seraient fusillés immédiatement, devant les troupes. La mesure, si sévère qu'elle parût, s'imposait, si l'on voulait réfréner le déchaînement inouï d'indiscipline qui avait suivi la proclamation de Bonaparte et l'entrée en Piémont.

Peut-être convonait-il surtout de corriger le pillage par des moyens pratiques, de nature à pourvoir aux besoins de l'armée. « Si l'on ne veutpas que nous pillions, disaient hautement les soldats, qu'on nous nourrisse, qu'on nous paye, qu'on nous habille* 1 » Ces plaintes n'étaient pas sans fondement; elles sontloin d'excuser néanmoins l'explosion d'appétits brutaux et désordonnés chez ces soldats sevrés depuis de si longs mois, dans une contrée ingrate et ravagée, de toutes les choses nécessaires àlavie. Ils attendaient patiemment, depuis plus de trois années, un bien-être relatif qu'on ne leur pouvait donner; ils l'eussent sans doute attendu quelques semaines encore, le bonheur que cause la victoire y aidant, si l'on n'avait pris àtâche d'exciter leurs violentes convoitises, en leur en montrant, en leur en promettant la prompte, légitime et large réalisation.

Ramener l'ordre, la discipline dans l'armée après la surexcitation universelle qui y régnait, c'était tenter une entreprise presque sui-humaine. Pourvoir à tous ses besoins, l'alimenter, la payer, la vêtir, de façon à enlever tout prétexte au désordre, était également une œuvre au-dessus des forces des généraux, en raison des difficultés pratiques que l'on rencontrait. La pluie tombait depuis plusieurs jours avec persistance, ravinant les sentiers montagneux; grossissant inopinément les rivières, faisant des torrents jusqu'aux plus humbles ruisseaux; dispersant les hommes en quête d'abris. Même sur le grand chemin de Savone, les dégâts étalent tels, la route si abîmée que la marche des convois s'en trouvait ralentie et que l'approvisionnement, tant en vivres qu'en munitions, était devenu presque impossible. Tout sem-

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