Récit du com"' Maitinel (Arch. G
3. Il était né en 1720 à Faule, petit village près de Saluées (g"' Pinelli, p. 413). — Bonaparte dans son rapport, l'appelle « comte de Leire » ; il ne parait pas connaître le c' Mussano et cite comme c' des Gardes, « le comte de Flaye », qui est sans doute Deshaycs, mal écrit ; il parle aussi du c' Statler au lieu de Stettlcr.
matinée du 21 avril, de confier au corps de ville (municipalité) que la place ne serait pas défendue et que Colli l'abandonnerait dans la journée. Cette confidence malencontreuse devait porter ses fruits.
Les habitants avaient suivi d'un oeil anxieux les péripéties de la bataille et, à la vue de la déroute finale de l'armée sarde, leur anxiété ne put que s'accroître. Certes, il y avait dans la ville et la citadelle une garnison considéi'ablc, d'un effectif môme très fort pour une si faible place. C'était vouloir les sacrifier gratuitement, les exposer à une capture certaine, — ce qui ne manqua pas d'arriver, — que de renfermer ainsi plus de forces qu'il n'était utile. Il y avait en effet, outre les artilleurs nécessaires au service des pièces, le régiment des Gardes (ou 1""' régiment du Roi) avec son colonel Mussano et le lieutenant-colonel Deshayes; le régiment suisse de Stettler, dont un bataillon avait enfreint l'ordre de Colli de se porter au Brichetto et un bataillon du régiment de Tortone'.
La municipalité, peu confiante dans la présence de celte nombreuse garnison, édifiée d'ailleurs par l'aveu de Déliera sur les intentions de Colli et le sort qui l'attendait, résolut de veiller elle-même à la sûreté de la ville. Elle convoqua les plus riches propriétaires de la cité et d'un commun accord, on décida d'im plorer sans plus tarder la clémence du vainqueur, le suppliant surtout de respecter le sanctuaire de la Madonna, si vénéré de toute la contrée. Il était près de 4 heures du soir.
Deux messagers porteurs d'une lettre à Bonaparte furent envoyés à sa rencontre, l'un à droite, l'autre à gauche. Le premier remit sa lettre au chef de bataillon Alengry, de la 12° provisoire; l'autre parvint dans la cour du sanctuaire de la Madonna et déposa son message entre les mains deCuieu. Celui-ci, transporté de joie à la lecture des propositions du corps de ville, en donna, séance tenante, connaissance à ses soldats qui accueillirent la nouvelle par les cris de : Vive la République ! Vive Bonaparte ! Guieu informa aussitôt Sérurier, qui avisé également par Alengry, s'empressa de dépêcher en parlementaire son aide de camp, le capitaine Renaud, porteur d'une lettre pour le corps municipal, en même temps que d'une sommation. Cet officier rejoignit Colli au moment où le général en chef, las d'endiguer le torrent des fuyards, rentrait en ville. Soit que Colli vît là un stratagème de la part de Sérurier, soit qu'il voulût annihiler l'acte de faiblesse
1. Le l'L'ginipnt des Gardes, 600 li. ; le régiment de StcUIcr, 4j3 li. ; le bataillon de Tortone, 309 li. ; soit un total de l,362h., Piaelli (p. G61) n'indique que 700 li. LiHat des prisonniers signé par Bcrthior, porte 1,247 II., ce qui est incontestablement le véritable chillVe. Le récit de Martinet ne compte qu'un bataillon de Stettler et quelques compagnies du régiment de Tortone, en plus du régiment des Gardes.
de la municipalité, il retint prisonnier le capitaine Renaud, refusant de le traiter en parlementaire *.
A ce moment Bonaparte, accouru sur le Brichetto conquis, mis au courant de cet incident, envoya un second parlementaire. Mais déjà Colli n'était plus à Mondovi, et c'est le gouverneur de la ville et la garnison que l'officier somma de se rendre, sous peine d'être passés au fil de l'épée.
Le général Déliera, toujous mû par la pensée de laisser à l'armée de Colli le temps de s'écouler, traîna les pourparlers en longueur, discutant minutieusement la rédaction des termes de la capitulation. Cela dura deux heures. Tout s'était tu; le combat était terminé sur tous les points. Fatigué d'un tel délai, Bonaparte, apercevant les fantassins piémontais toujours montés sur les remparts, s'impatienta enfin de ces lenteurs calculées etdonna l'ordre de reprendre le feu. Pendant près d'une heure, les canons français lancèrent quelques obus ou boulets sur la ville de Mondovi. Les clameurs des habitants ameutèrent naturellement la municipalité qui intercéda près du gouverneur, puis menaça. Sous cette pression, le vieux Déliera « homme sans fermeté et très embarrassé de sa position* », céda et se rendit presque à discrétion, avec une nombreuse garnison, dont « la moitié, dirigée par un officier intelligent, aurait suffi pour protéger la retraite et obtenir, après, une capitulation honorable* ». On a violemment critiqué cette trop prompte détermination. Mais il convient de considérer que Déliera a pu très légitimement croire qu'il avait rempli tout son devoir en prolongeant la défense jusqu'après la retraite de l'armée sarde. A la vérité, on assure que Colli lui avait donné l'ordre de se retirer à son tour et de suivre le mouvement rétrograde au delà de l'Ellero\mais il n'est pas prouvé qu'il ait reçu cet ordre ^; il n'est pas prouvé davantage que Colli l'eût laissé sans instructions. Peut-être estima-t-il qu'il valait mieux, dans l'intérêt de l'armée, sacrifier la liberté de la garnison, ce qui devait résulter de toute façon
1. D'après le récit du coin"' de Malausséna fAreh. de Breil), cité par le c' Krebs, j). 426, note 1, Colli aurait fait arrêter le cajjit"" Renaud, parce que la lettre des magistrats municipaux de Mondovi auiait servi à Sérurier, Fiorella et Dommartiu [lour faire cesser, par supercherie, le feu des défenseurs du Brichetto; les Français s'avançant en parlementaires, et entraînant ainsi la suspension du feu, finirent par entourer la hutte. Il paraît peu probable que les faits se soient passés ainsi, puisque le combat dura jusqu'à la fin très violent sur le Brichetto. Sérurier se plaignit, inquiet de ne pas voir revenir Renaud, alors qu'on lui disait le lui avoir renvoyé ; ce n'est que le 23 que Colli consentit à le rendre comme pris dans la mêlée et non comme parlementaire.
2. Récit du com"' Martinel (Arch. G.). — Il s'était cependant distingué dans cette campagne, et avait été vainqueur au Belvédère en 1793 {Mémoires de Tliaon de Revel, chap. ill).
3. Récit du com"« de Malausséna (Arch. Breil), cité par le c' Krebs, p. 428, note 2.