‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 355 sur 622 · Campaqnes d'I/aïie · texte numérisé non relu

Campaqnes d'I/aïie

5. La présence de Murât sur les lieux, qu'on s'expliquerait peu autrement, rend trAs vraisemblable cette supposition. Il avait sans doute a|iporté l'ordre à Stengel et en surveillait l'exécution ; il eut ainsi l'occasion d'intervenir en personne dans la mêlée. Ainsi (pie le remarque le c' Krebs (p. 423, note 1), on est loin d'avoir tous les ordres, ' en original ou eu copie, aux Archives de la Guerre, surtout ceux donnés verbalement ou au cours de l'action.

soldats, voire même de ses meilleurs lieutenants. On ne saurait admettre un instant, d'autre part, que Bonaparte ait voulu volontairement se débarrasser de Stengel, dont le concours lui était si utile, et aux rares qualités duquel il rendit, à Sainte-Hélène, un si juste hommage. Si l'on s'en réfère aux paroles de Stengel agonisant qui semblent incriminer Bonaparte, il convient, même en leur accordant la plus rigoureuse authenticité, de considérer qu'un tel langage était bien dans ses habitudes de rude troupier et qu'il a pu le tenir dans un accès d'humeur trop compréhensible en une telle occurrence '. Quant à croire que la mauvaise vue de Stengel fut la cause unique de sa mort, ce n'est guère plus admissible. Sans cette infirmité, Stengel eût quand môme péri tôt ou tard au feu, son ardeur le jelant toujours en avant, au premier rang, en simple hussard, ardeur sans doute plus nécessaire que jamais à Mondovi, chez le chef d'une cavalerie qui, on le verra plus tard, ne brillait pas précisément par la bravoure et par l'élan *.

La nuit était venue. Colli, pendant que l'on recueillait Stengel et les débris de ses dragons, continua sa retraite sans crainte d'être inquiété à nouveau, se dirigeant, partie sur Coni, partie

1 . Il est prudent de n'accepter les affirmations de Landrieux que sous les plus expresses réserves. Sans parler du caractère de l'homme qui commande la méfiance, il ne faut pas oublier que Landrieux, qui tranche volontiers entre Uampon et Fornésy à Monte-Legino, alors que le 11 avril, il était encore à Aix en Provence, ne fut pas davantage un témoin oculaire de la charge de Mondovi, puisqu'il était le 21 avril, à Kice, en marche pour rejoindre. Son récit (p. 5.3 de ses Méinoires, publiés par Léonce Grasilier) renferme d'ailleurs des erreurs ou des invraisemblances qui le rendent à bon droit suspect. C'est ainsi qu'il place le combat où mourut Stengel à Magliani ou Millésime ; qu'il dit que Bonaparte « irrité qu'on le fit attendre avec sa lunette sur un rocher éloigné des coups, lui envoie coup sur coup, deux ordres d'attaquer,... voulant se régaler du spectacle d'une charge de cavalerie, la première qu'il eût vue » ; et que ce fut contre 3,-500 cavaliers ennemis qu'on fit charger Stengel avec 300 h. d'escorte seulement. Il ajoute que Stengel reçut vingt-deux coups de sabre et qu'il ne revint que 10 h. avec le chef d'escadron (?) Roizc. C'est au g»' Beaumont et à Roize que Stengel aurait dit, avant de mourir : « Prenez garde à la haine de ce misérable petil Corse, mes amis. Il a voulu me faire périr ; il y a réussi. » Laiidrieux ne peut s'empêcher cependant d'ajouter: «Peut-être le malheur le rendait injuste»; bien qu"il affirme que Stengel avait eu avec Bonaparte « d'assez vives querelles » au sujet de l'emploi de la cavalerie dans les montagnes, où Bonaparte ne pouvait rien connaître. — P.oize n'était que capitaine au 1" hussards et ne fut promu chef d'escadrons au 20» dragons, qu'en 1797; autre erreur de Landrieux.

2. Le 18 avril, Bonaparte destituait Sénilhac, chef de brigade du 25« chasseurs à cheval, qui était resté à Nice sans permission, bien que son régiment marchât à l'ennemi. Le 26 avril, un arrêté du Directoire prononçait le licenciement « pour indistipline et immoralité » du 13» hussards, mesure demandée par son propre chef Landrieux. Le 20 mai, le ci Glad, chef du 1«' hussards, avait ordre de remettre son commandement et de se rendre à Aix. Murât lui-même recula un jour et encourut, pour de longs mois, la disgrâce de Bonaparte.

sur La Trinita et Fossano. Mais l'indiscipline sévissait dans cette cohue de fuyards comme dans les bandes victorieuses de Bonaparte, et ce ne fut qu'à Carmagnola, que l'on put rétablir un peu d'ordre et de cohésion parmi les vainqueurs de Ceva et de San-Michele, devenus, en un si court délai, les vaincus de Mondovi.

Pendant que les deux cavaleries échangeaient ainsi les premiers et derniers coups de pointe de cette courte campagne, Bonaparte, après avoir, comme on l'a vu, canonné Mondovi, s'était avancé à la rencontre de la municipalité. Le syndic lui présenta les clefs de la ville; les prêtres réclamèrent le libre exercice de leur culte et le respect des propriétés. Bonaparte reçut fort bien la délégation et promit de respecter les biens et la religion. Puis, accompagné du commissaire du Directoire, Saliceti, qui l'avait rejoint sur ces entrefaites, il fit, à 7 heures du soir, une entrée triomphale dans Mondovi, où il reçut le gouverneur Déliera et la garnison prisonniers de guerre '. Le général Busca était nommé commandant de la place.

Le soir môme, Bonaparte reprenait la route de Lesegno, où il maintint encore son quartier général'--

Les habitants accueillirent gaîment^, fraternellement*, l'armée française, malgré leur aversion pour les républicains; ce fut toutefois bien plutôt par crainte que par sympathie réelle. «Ils déclarèrent séparer leur cause de celle de la Cour en plantant un arbre de la Liberté. » En revanche, [ils s'opposèrent à l'émigration de quelques familles, dont la présence leur parut probablement une sauvegarde. Seul, l'évêque fut autorisé à fuir; encore l'empècha-t-on d'emporter ses richesses et dût-il laisser 12,000 francs entre les griffes de la populace *.

Cette soumission, celte docilité, au moins apparentes, ne firent point que la ville fût dispensée de contributions de guerre. On ordonna d'abord aux habitants de verser de suite dans les magasins tous les effets, les armes, les munitions de l'armée sarde, sous peine d'être traités « comme receleurs et dilapidateurs » et

1 . II accorda aux officiers la permission de garder leur épée et les envoya à Nice après les avoir fait conduire à Ceva sous l'escorte d'un bataillon.

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