‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 359 sur 622 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

CHERASGO 2S Avril 1196. — [9 Floréal An I\)

Le lendemain de Mondovi ; mesures contre le pillage ; exécutions. — II. Marche du

23 avril. — III. Conseil extraordinaire a Turin. — IV. Ouvertures en vue d'un armistice: lettre de CoUi; mission de Thaon de Revel à Gènes; leur rejet par Bonaparte. — V. Départ de Joseph et de Junot pour Paris. — VI, Marche du

24 avril; essai d'offensive de Beaulieu. — VII. Occupation de Cherasco; prise de Fossano; retraite de CoUi, 23 avril. — VIII. Augereau occupe Alba, 26 avril; proclamation de la République par Bouafous et Ranza. — IX. Emotion à Turin. —

X. CoUi renouvelle la demande d'armistice; nouveau refus de Bonaparte. —

XI. Jonction des divisions Macquard et Garriicr par le col de Tende. — XII. Les pourparlers de Cherasco: le général de La Tour, le colonel Costa. — XIK. Signature de l'armistice, 28 avril. — XIV. Fureur des Autrichiens. — XV. Occupation de Coni, Ceva et Tortone. — XVI. Précautions de Bonaparte envers le Directoire; ses inquiétudes. — XVII. Déloyauté de Beauheu; ses tentatives sur Alexandrie, Tortone et Valenza. — XVIII. Avortement du mouvement démocratique en Piémont. — ■ XIX. Marches des 29 et 30 avril; occupation d'Acqui. — XX. Proclamation de Bonaparte.

Au lendemain d'une aussi chaude affaire que celle de Mondovi, l'armée victorieuse elle-même aspire au repos. Il lui faut se ravitailler en vivres, en munitions; remettre de l'ordre dans les corps désunis par le combat; pourvoir à la meilleure répartition des troupes campées au hasard sur les points oii la lutte les a portées. Ce besoin était d'autant plus impérieux dans l'armée de Bonaparte, que sans cesse en route depuis dix jours, elle n'était point suivie de tous ses convois; que le parc d'artillerie notamment était en arrière; qu'il lui fallait veiller toujours à préserver ses commu- ' nications ' et qu'enfin elle avait à évacuer une certaine quantité

1. La ligne de communication est gardée par des compagnies auxiliaires échelonnées à Vado, Spotorno, Noli, Finale, Valiguo et Lusignano, à l'effectif de 2,132 h. l et par cin(i demi-brigades d'ancienne formation non comprises dans le nouvel amal-

de prisonniers '. Au moment de descendre en plaine, la nécessité de coordonner et de consolider les divisions s'imposait. Aussi la journée du 22 avril s'écoula-t-elle presque tout entière en préparatifs, quelle que fût la hâte de Bonaparte d'achever la dispersion de larmée sarde. La victoire n'avait fait qu'exciter la fièvre d'en finir qui dévorait Bonaparte et cependant il dut se borner ce jour-là à rectifier ses positions et à exécuter les mouvements préliminaires de la marche en avant qu'il méditait pour la journée suivante.

Les divisions Sérurier et Masséna restent tout le jour sur la rive droite de l'EUero, bordant la rivière et en gardant les ponts et les gués, sans pousser sur la rive gauche d'autre pointe que les reconnaissances à la recherche de nouvelles sur la direction prise par l'ennemi, reconnaissances qui elles-mêmes ne dépassent pas le cours du Pcsio et ne découvrent rien -. Sérurier, renforcé du 22« chasseurs, appuie sa gauche à Borghetto % sa droite aux collines au-dessus de Carassonc.Domniarlin, avec la 2o% s'intercale cntreluietMassénaqui,renforcédansl'après-midiparle7°hussards et le 13" dragons, et dans la soirée par six obusiers de campagne, se tient à Niella, occupant le terrain jusqu'au confluent du Tanaro et de l'EUero *. Augereau est toujours sur l'autre rive du Tanaro, enlre ce fleuve et le Belbo, àCasIellino, Rocca Ciglie etTorresina^ La Harpe est arrivé la veille à Mombarcaro, entre le Belbo et les Bormida, laissant encore une demi-brigade avec Victor à Cairo ^ Enfin le reste delà cavalerie, avec le général Beaumont", vient se placer autour du quartier général, toujours à Lesegno, tandis que i, 800 h. de la division Sérurier, avec le général MioUis, vont relever la brigade Rusca au blocus de Ceva.

Avant de s'engager plus avant à la poursuite de CoUi, il était d'une extrême urgence de ramener dans l'armée l'ordre et la discipUne si gravement compromis dans les journées précédentes.

game ; la 53« qui garde le quartier génôral à Lesegno ; la 14° provisoire à Savons; la 12» pi'ovisoirc à Pieve di Teco ; la 16* légère à Albenga; la 52" à Oneille, à l'effectif de 3,lo0 h. ; soit uu total de plus de 5,000 h. le long de la Rivière de Gènes s'éteudant vers Nice (c' Ki-ebs, p. 431, note 1).

1. Sérurier présida à la remise des prisonniers, dont il dressa un contrôle, fit verser les armes à Moudovi et distribuer celles-ci à ceux de ses soldats qui en avaient besoin, et, sous l'escorte d'un bataillou de Li ri'i», les envoya avant 10 h. du soir, le 22, à Ceva (Bonaparte il Sérurier, 22 avril 1796 ; Arcli. G.").

2. A la pointe du jour les reconnaissances se sont portées il .3/4 de lieue et n'ont rien aperçu (Bcaumont il Bertliier, 22 avril 1796. Arcli. G).

3. Ce nom n'existe pas sur la carte sarde; le village dont il est question devait être situé sur l'Ermena, |)eut-ôtre est-ce Vasco.

4. Bonaparte il Séruiier, Beaumont, Dujard, 22 avril 1796 (Arch. G.). La division T.lejuier est dissoute, son chef appelé au quartier général (Bertliier ii Meynier, 22 avril, Arcli. G.).

5. A .Mombarcaro, les 31» et 7o« avec La Saleéte et Piobert ; à Cairo. la 18*. Le g»' Piobert a pris, le 17, le commandement de la 7o«, en remplacement de Cervoni.

6. 1" hussards, 25° chasseurs, 5° et 20« dragons ; le 2i- chasseurs arrive le 22 à Carcare.

Le pillage continuait de plus belle, au sein môme de l'abondance où l'on vivait dans un pays plus riche, en dépit du bon accueil des habitants et malgré les réquisitions ol'ficicUes qui pourvoyaient aux besoins les plus pressants. Le vent de déprédation et de violence qui emportait les troupes soufflait avec autant de rage. On eût dit qu'une soi'te de vertige s'était emparé des soldats et ce mal qui avait fait de si rapides progrès avait failli, à deux reprises, àDego et à San-Micliele, compromettre le salut de l'armée. Il fallait en finii'. L'état-major étudia les causes et les progrès du mal, ainsi que le moyen d'y remédier.

Le tableau véridique, que l'adjudant général Franceschi traça des désordres affreux de l'armée ', n'était que Irop exact. En prolongeant davantage cette dangereuse situation, on n'aboutissait qu'à priver l'armée des ressources du pays et à exaspérer les habitants contre les Français. Franceschi n'est pas le seulalors à étaler franchement cette plaie du pillage qui rongeaill'armée. Le concert est unanime parmi les généraux. Berthier ne dissimule pas qu'en raison du manque de pain, « il s'est commis des horreurs ^ », et le pillage ne discontinuant pas, il proclame qu'« il fautabsolument punir les lâches qui cherchent à déshonorer l'armée etindisposent les peuples * ». Saliceti, moins explicite, enclin peut-être à trouver la chose toute naturelle, convient cependant qu'il s'est produit «quelques désordres » par suite du manque de vivres, mais il s'en console à la pensée que la ville de Mondovi alimentera l'armée *. Bonaparte surtout est indigné et sa colère s'exhale sans mesure. « Le soldat sans pain se porte à des excès de fureur qui font rougir d'être homme... je vais faire des exemples terribles. Je ramènerai l'ordre ou je cesserai de commander à ces brigands ^. » A la vérité, si, par le fait des troupes, « il a été commis des horreurs qui me font frémir», heureusement l'armée piémontaise en battant en retraite, «en a fait de pires encore'^ ». Mais cette constatation n'était ni une consolation, ni un remède. Pourtant, quelques jours après, Bonaparte, comme pris de remords, s'apitoyait sur les pillards. « Le pillage est moins fort. Cette première soif d'une armée manquant de tout s'étanche » ; il plaidait presque pour eux: « Les malheureux sont excusables; après avoir soupiré trois ans du sommet des Alpes, ils arrivent à la terre promise et ils en veulent goûter". »

1. Franceschi à Beithier; de Saliceto, 20 avril 179C (Arch. G.).

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