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Bonaparte ne voulut pas ôtre en reste de courtoisie envers le roi qui tenait avec tant de loyauté les promesses de Cherasco. Il était sensible, en outre, aux égards et aux flatteries dont on l'accablait. Par ordre exprès du roi, le marquis de San-Marzano, représentant du gouvernement sarde au quartier général français, « courtisa » Bonaparte. Le duc d'Aoste lui-même lui écrivit de Racconigi des lettres pleines d'admiration et de condescendance; les nobles l'assaillirent de félicitations, de prévenances, de cajoleries. On s'attaclia à prévenir ses moindres désirs'. Cette politesse de commande et ces complaisances intéressées ne furent pas perdues. Bonaparte savait que ce qui avait le plus douloureusement affecté le vieux roi dans les derniers événements, avait été le soulèvement rc'publicain dans ses États. La proclamation de la République à Alba, les mouvements populaires à Turin, les menées politiques des réfugiés piémontais qui avaient emboîté le pas aux colonnes françaises, lui avaient paru autant d'odieux sacrilèges dirigées contre sa personne et contre Dieu. Il lui apparaissait avec consternation que le fléau de l'impiété infectait le loyal et catholique Piémont. Bonaparte, qui pouvait bien pour un temps s'appuyer sur les rebelles, attiser les discordes, afln d'étayer et de faciliter ses propres entreprises, mais dont l'esprit répugnait à ces moyens révolutionnaires et qui savait à quoi s'en tenir sur la portée de cette agitation, résolut d'y mettre un terme. Le mouvement républicain suscité par Bonafous et Ranza n'avait pas fait, en dehors d'Alba, beaucoup de prosélytes*. Les lourdes contributions prélevées par les Français, les exactions individuelles qui se commettaient, malgré la plus sévère répression, en avaient vite « dégoûté » les populations qui n'aspiraient qu'à retourner à l'ancien ordre de choses 3. Ranza l'avait bien vite compris et s'empressa de quitter Alba. Bonafous fut arrêté par des paysans récalcitrants, et le roi avait poussé la condescendance jusqu'à
{. Carlo Boita, p 402 et 403 ; g-i Pinclli, t. II, p. 12; X.-B. Saintine, p. 428.
2 La ferveur républicaine avait gagné IJene, Sau-Stefauo di liolito, Canclli, Piobesi, Corueliano, Magliano, Castagnito, Gilarene, où le médecin Oiicrti et son (ils, le notaire Fontana, avaient planté des arbres de la Liberté ; mais elle n'avait pas atteint plus loin que les environs immédiats d'Alba; le mouvement avait éclioué plus loin, à Mondovi, Clierasco, etc. (G. Roberti : Jl cittadino Ranza, p. 86.)