Napoléon: Campagnes d'Italie
bien s'assurer de l'exécution des clauses de l'armistice et surtout des véritables sentiments, des intentions du monarque à l'égard de la France. Certes, les principales prescriptions de la suspension d'armes avaient été fidèlement respectées ; les places livrées, sauf Tortone sur laquelle on se dirigeait ; enfin les plénipotentiaires partaient le 30 avril pour Paris afin d'y négocier le traité définitif de paix. Même en se fiant à la bonne foi du gouvernement de Turin et en no redoutant pas dans sa soumission une feinte qui lui permit de tomber sur la queue des colonnes françaises enroule vers la Lombardie, Bonaparte pouvait toujours craindre ou de se voir désavoué par le Directoire et contraint par son ordre de marcher sur Turin, ou d'assister à un réveil du Piémont exaspéré par la dureté des conditions de paix. Dans ces conditions, il ne pouvait, en toute prudence, mémo au cas où l'état de son armée le lui eût permis, s'éloigner avec trop de rapidité du territoire piémontais. Une fois aventuré, en effet, le long du Pô, Bonaparte ne pouvait plus surveiller efficacement les menées piénion taises. Aussi, essaya-t-il de discerner la pensée intime du roi et il éciivit au général de La Tour pour lui proposer de joindre à sa propre armée 6,000 fantassins et l,oOO cavaliers, afin de l'aider « à chasser les Autrichiens », et ensuite à tenir « garnison dans les États du roi, au delà du Pô ' ».
Si le Piémont acceptait ces ouvertures destinées à « concilier les intérêts du roi avec ceux de la République », il témoignait non seulement de son bon vouloir d'une manière indu])itable, il soulageait l'armée du poids du service de garnison ; il mettait 6,000 olag(;s aux mains des Français, « si jamais nous nous ])roui]]ons ", et il pouvait concevoir quelque espérance de se voir restituer la partie de ses Étals, « qui appartiendront de droit à la Piépublique - ». Sinon, l'on était réduit à supposer quelque arrière-pensée de trahison chez les vaincus. On ne sait ce que répondit le général sarde à ces promesses, ni même s'il y répondit. Les événements allaient d'ailleurs rendre à peu près inutile ce concours que Bonaparte avait prudemment sollicité.
Cet espoir évanoui, il n'y avait plus qu'à marcher, ou pour mieux dire, à presser, à précipiter la marche qui n'avait pas été suspendue un seul jour, et qui avait déjà porté les colonnes de Bonaparte des rives du Tanaro sur celles de la Scrivia.
Fidèle cependant à sa sage méthode de ne rien livrer au hasard et de s'entourer avant d'agir de tous les éléments d'appréciation
1. Bonaparte au g»! de La Tour, 4 mai (Arch. G.); il réclamait une réponse urgente ; on ne voit pas qu'elle soit parvenue.