Voir plus haut, p. 463, notel
puisqu'il ne concevait aucune inquiétude, ne devinait rien, et que rien ne pouvait lui dessiller les yeux, Bonaparte entama ce grand mouvement de conversion à droite qui devait porter son armée sur les derrières de Beaulieu, à son nez et à sa barbe, déborder ses propres positions autour de Valenza, et permettre à l'armée française de franchir le grand fleuve du Pô hors des atteintes autj'ichiennes.
Ce né tait pas qu'il fût tenté involontairement, comme on l'a cru, par l'appât des opulents magasins de l'armée impériale, désireux de se les approprier pour son propre entretien ' ; un tel gain n'était vraiment qu'accessoire. En fondant sur les derrières de Beaulieu, Bonaparte entendait déconcerter une fois de plus son méthodique adversaire; faire tomber sans combat les barrières qu'opposaient à ses pas les nombreux cours d'eau, affluents de la rive gauche du Pô, et obliger les Autrichiens à accomplir sous son feu une marche de flanc, de l'Ouest à l'Est, qu'il avait chance de couper par le milieu, puisqu'il s'élèverait, lui, du Sud au Nord, et de morceler ainsi les forces adverses en plusieurs tronçons qu'il se réservait ensuite de poursuivre et de battre séparément.
Afin de mieux atteindre ce triple but, à quel endroit du fleuve était-il préférable de le traverser? Il ne fallait pas que ce fût trop près de l'agglomération autrichienne, afin de ne pas être surpris par elle en flagrant délit de marche ou de passage. Il ne fallait pas que ce fût trop loin, car pour risquer une opération aussi audacieuse, aussi périlleuse, à portée d'un adversaire, le secret le plus absolu, la célérité la plus extrême, étaient également nécessaires et comment y compter en prolongeant la durée et la longueur de la marche de flanc à exécuter en face de l'ennemi ?
Après de longues méditations sur la carte, Bonaparte se décida pour Plaisance. Avec son coup d'oeil d'une si rare justesse, il estima que c'était assez s'exposer que de prêter le flanc à Beaulieu en longeant le fleuve pendant 20 lieues * et qu'allonger de 7 lieues encore, en passant le Pô à Crémone, le dangereux trajet qu'il ne pouvait éviter, c'était compromettre le sort de la partie décisive qui se jouait. C'était même le compromettre gratuitement, car la grande ville de Plaisance, par son importance, lui offrait plus de ressources, etparsa situation surla rive droitedu Pô, un meilleur point d'appui que Crémone située surla rive gauche; Crémone où