Ménard à Bonaparte, 9 mai [Arch. G
Fombio, suivie bientôt de la 17« légère. Bien qu'il ne fût parvenu qu'à demi à rétablir l'ordre dans cette cohue nocturne, Bertbier ne voulut pas interrompre la lutte si inopinément et mystérieusement engagée. Le feu de mousquelerie s'éternisa ainsi pendant plusieurs heures, jusqu'au jour, chacun tirant à l'aveugle, sans trop savoir sur qui, ni pourquoi'. A la fin, Schubirz, étourdi par les détonations et les cris, jugeant à l'intensité de cette folle fusillade, qu'il était entouré de forces bien supérieures, certain au surplus que Lipthay qu'il venait renforcer avait disparu, prit le parti d'ordonner la retraite.
Ainsi ce général de cavalerie, brillant sabreur sans doute, ne soupçonna pas un instant le parti superbe qu'il pouvait tirer de son involontaire et subite irruption, de ce caprice du sort. Un éclair de divination chez lui, un simple accès de frénésie guerrière l'incitant à se ruer en avant, en vraihouzard, et l'armée française, battue, démoralisée, reculait et laissait à Beaulieu le temps d'intercepter la retraite. Loin de là, Schtibirz ne comprit pas le rôle que la fortune lui offrait l'occasion de jouer; il se replia sur Casalpusterlengo, prévenant Beaulieu, à Ospedaletlo, de son propre échec et de la disparition de Lipthay, trop heureux même de pouvoir se retirer sans être trop inquiété ^
Beaulieu non plus ne devina pas qu'une vigoureuse diversion de sa part vers le Pô aurait arrêté net le passage des Français, et que ceux-ci, une fois démasqués, ne pourraient plus récidiver leur hasardeuse entreprise, surtout entourée des mêmes conditions de secret et d'imprévu dans la marche, de rapidité dans l'exécution, indispensables pour en assurer le succès. Tout nouvel essai de passage sous Plaisance eût été d'avance condamné àl'avortement, et il eût été trop tard pour que Bonaparte reportât instantanément son point de passage à "Valenza. Peut-être même se serait-il vu coupé en deux tronçons séparés par le fleuve, dont l'un eût été, tôt ou tard, infailliblement capturé ou détruit.
Dans celte chaude escarmouche et dans le combat du 8 qui l'avait précédée, la mort de J-^a Harpe était la seule perte sensible subie par l'armée. L'entrain des troupes de l'avant-garde, le mouvement tournant qu'elles exécutèrent contre Fombio et Codogno, dans la journée du 8 mai, l'ombre protectrice de la nuit du 9 mai rendirent à peu près inoffensive la bruyante mitraillade de l'ennemi^.