Prince Napoléon : Napoléon et ses dciraclenr.i, p
3. Ce serait la véritable orthographe de son nom a laf|uelle il n'aurait eu qu'à revenir, s'il faut en croire Arthur Lévy, p. 7. Voir égali;niunt Tcodoro de Colle : Genedlof/ia délia famigliu Bonaparte, p. 67.
postes, à l'attaque ou à la défense de défilés, à des opérations dans les montagnes'.»
Il n'est pas le seul, dans son armée, au surplus, qui soit |)eu versé dans les formations tactiques. Si plus lard, ses lieutenants, à part Davout, Gouvion Saint-Cyr, Soult, Sucliet-, furent plutôt tacticiens que stratégistes, ceux d'Italie, sauf Augereau, et à un degré moindre, Masséna, étaient d'assez médiocres tacticiens. Quand Bonaparte en voulut de réels, il lui fallut les aller chcrcluu' aux armées du Rhin, où rivalisaient les Davout, les Gouvioa Saint-Cyr, les Soult, les Lecourbe, les Lefebvre, les Desaix, et aussi les robustes divisionnaires Duhesme, Priant, Morand, Gudin.
La tactique était moins nécessaire d'ailleurs sur ce théâtre, où il n'y eut pas de batailles rangées, de batailles de ligne, de longs développements de troupes, de formations compliquées ; où c'étaient partout engagements de tirailleurs, marches à la file indienne dans des sentiers étroits, attaques isolées et comme de détail. N'est-ce pas, après tout, une simple question do mots? Tactique et stratégie ne sont-elles pas des formes dilTéren tes d'une même chose, la conduite desarmées? Lastratégie prépare la bataille que la tactique dirige et gagne. L'une précède, l'autre suit; ou, pour mieux dire, la tactique, c'est l'adaptation des moyens au but que la stratégie poursuit.
Et puis, la tactique, il le déclare lui-même, doit changer tous les dix ans. A quoi bon, dès lors, s'encoml)rer d'un bagage tactique auquel il lui faudra renoncer plusieurs fois au cours de sa cairière ! Use fera, il se fait à lui-même sa propre tactique, adaptée à ses moyens, à ses besoins, aux circonstances. Que lui eût sei'vidc ])ossédcr siu'le bout du doigt la tactique du grand Frédéric, alors tant en honneur, et de surcharger samémoire, motà mot, du règlement sur les manœuvres de 1791 ^ ?
Cei)endant, c'est une bordée de quolibets qui accueille Bonaparte à son arrivée, et les chefs ne sont pas en reste avec les soldats. Si ces derniers plaisantent impitojablement, sa taille gi-iMe, « son accentcorse, que les orateurs de compagnies exagèrent ])our amuser leurs camarades * », ses cheveux portés à Yincro//able, en oreilles de cliiens, les officiers n'ont pas plus de
1. M"' Marmont : De Vexpril des insliliiliomt milifaires, p. 22.
■2 Mlirrlû Luiiibroso: IVcistd sloricn Ilaliana, f.iscirulo I" Ji! 1890, p. 10, nvti'-!6 sur l'ouvr;iL;c' d'Alcssio Clinpiieroiic : Auloiir de Napoléon l".
'i Noies critiques sur l'kisLolre militaire; ouvia.ije de griud mi-rile attiilnu' au coiitn'ileur di' r.irmùe F.
4. G'i Pellepoi-t, t. I-', p. 38. « Le lendemain, mo trouvant chez le clief de l)atailloii Siiclict, pour alVaire de seivice, dit-il, je fus étonné des propos qu'il tenait, sur le g'' Boii.ipurte », ete., etc.
retenue; non seulement Masséna et Augeroau, qu'un sentiment de jalousie bien naturel peut avoir irrites et portés à fronder, mais de simples officiers qucla venue de Bonaparte n'a lésés ou offusqués en rien. On n'est pas peu surpris d'entendre le chef de bataillon Suchet, de la 18" demi-brigade, dire publiquement : « Ce Corse n'a d'autre réputation que celle d'un bon chef de piAce ; comme officier général il n'est connu que des Parisiens. Cet intrigant ne s'appuie sur rien'. » Le futur maréchal de l'Empire n'était pas seul à parler ainsi. Les officiers subalternes au contraire l'appréciaient mieux, l'ayant déjà vu à l'œuvre de plus près, et Roguet, alors capitaine à la 3:2\ constate que Bonaparte, souvent en relalions, dès 1794, avec les adjudants-majors était très estimé d'eux tous *.
Il est pourtant loin en effet de supporter le parallèle avec les grands noms de Hoche, de Moreau, de Pichegru, de Jourdan, de Kléber; avec les noms populaires de Cbampionnet, deDesaix et de Marceau ; il ne peut éclipser même les réputations, plus modestes bien que déjà solides, d'Augereau, de Lefebvre ou de Masséna.
Pour l'instant, on ne le considère que comme le protégé des frères Robespierre, devenu la victime des thermidoriens ; le mari de cette Joséphine Beauharnais, l'amie de Madame Tallien, dont les relations galantes avec Ban-as et avec Hoche, dont la frivolité, qui choque même dans les salons corrompus du Directoire, sont la fable de l'opinion. On l'accuse, tout bas, d'avoir tiré parti de cette union suspecte, et ramassé son titre de général en chef de l'armée d'Italie beaucoup plus encore sous les jupes d'une femme compromise que dans le sang des muscadins révoltés coulant par son ordre dans les rues du Paris de Vendémiaire *.
Aussi fait-il peau neuve ; il signe désormais Bonaparte ; que ce soit réellement l'ancien nom de sa famille, altéré en celui do Buonaparté et qu'il n'a qu'à faire revivre daus son orthograi)he primitive *, ou qu'il éprouve le désir de franciser son nom au moment de le faire résonner en vainqueur sur la terre uatalc.
11 change d'allures ; plus de familiarité avec les camarades do jeunesse, et s'il leur reste affectionné, prêt à les obliger, il n'acceptera plus d'eux les libres manières d'autrefois^. Il ne tolère