‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 484 sur 622 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

5. Michelet qui, d'ailleurs, place inexactement au 12 mai l'atfaire de Lodi, s'appuie (p. 350; sur le rapport d'un Suisse, nommé Bovet, qui aurait été avec les Savoyards

et de flanc, les carabiniers sont prêts à plier de nouveau sous cette averse de mitraille. Ceux qui viennent en seconde ligne s'aperçoivent que sur la berge de la rive gauche, à un tiers de la longueur du pont, un large banc de sable coupe le lit du fleuve et que l'eau y est moins profonde.

Ils se laissent glisser le long des piliers de bois, atterrissent sur le sable puis, à gué, avec de l'eau jusqu'aux hanches, traversent l'Adda et surgissent en essaims de tirailleurs sur la rive autrichienne, abattant de leur feu les ennemis qui barrent la route à leurs camarades engagés sur le pont. Plus à droite, quelques tirailleurs épars dans les îles de l'Adda, dirigent un feu de flanc sur les masses autrichiennes.

Grâce à cette heureuse diversion, les carabiniers restés sur le pont, que la fumée des canons et de la fusillade enveloppe d'un nuage protecteur, s'élancent avec impétuosité et, en un clin d'œil, abordent l'autre rive, enfonçant, culbutant la ligne autrichienne, sautant dans les retranchements en terre, sur les canons, tuant les artilleurs sur leurs pièces '.

Si les cavaliers de Beaumont apparaissaient à ce moment sur le flanc droit des Autrichiens, c'en serait fait de toute résistance, car si les Autrichiens persistaient, ils seraient aussitôt canonnés, sabrés ou enveloppés. Mais rien ne laisse supposer l'inteivention prochaine de la cavalerie française. Beaumont s'est pourtant conformé aux ordres de Bonaparte ^ et s'est dirigé à la recherche d'un gué vers les îles boisées de l'Adda où se trouvent Bosco Mezzano et Geraldo '. Il a emmené avec lui quatre pièces lédans le bataillon dit Helvétique (il n'existait à l'armùe d'Italie en 1796 aucun corps de ce nom), et fut blessé, précipité, mais s'accrocha au pont et vit tout. 11 assure que l'artillerie fut « fort lente », surtout dans les mains autrichiennes, que Masséna et Cervoni marchèrent en tète " voulant (jue ce premier fait de la conquête de l'Italie filt conduit par deux Italiens », et que Lannes « s'invita et vint comme volontaire à cette fête ». Miclielet, d'après ce Bovet, ne croit pas à la présence de Berthier qui lui semble une n version maladroite, presque épigtammatique » et ne voit pas ce géographe militaire, l'homme des cartes et des plans, se mêlant dans cette bagarre, entraînant Masséna. C'est pourtant l'exacte vérité.

1. Bonaparte au Directoire, H mai ; Ordre du jour, 10 mai (Arch. G.) ; Napoléon : Campar/nes d'Italie; g"'Jomini, p. 123; c' Riistow, p. 136; c' Graham, p. 229; Mémoires Masséna, p. 63 et 64 ; Marmont, p. 174 ; Cailo Botta, p. 421 ; U Silvagni, p. 367. Clause^vitz relevé dans les récits de Lodi une foule d'obscurités et de contradictions; il ne s'explique pas le succès, sans quelque détail qu'il n'aperçoit pas et qui aurait rendu l'entreprise possible ; il va même jusqu'à supposer que l'armée auirichienne décontenancée n'a pas fait sou devoir comme il fallait. Voir note de discussion à l'appendice.

2. U avait dépêché le lieut' Desvernois, du 7» hussards, avec un paysan qui se cachait et ne voulait plus marcher, pour reconnaître un gué. Desvernois traversa seul sous une grrle de balles un quart de la largeur du fleuve et revint rendre compte à Beaumont. Celui-ci l'envoya à Lodi informer Bonajiarte, (pie Des\ernois, trouva « abrité par une grosse tour, avec cinq ou six officiers de l'état-major ». Bonaparte lui répondit d'ordonner à Beaumont de passer sans délai la rivière avec la cavalerie. (Carnet de la Subrelache, fév. 1898, p. lO.'î.)

3. Là où se trouve actuellement le champ do tir (bersaglio) de la garnison de Lodi.

gères' afin d'engager la canonnade contre la droite autrichienne dès qu'ilaura atteint la rive gauche, vers la casa Mozzanica -. Mais « le gué étant extrêmement mauvais », le passage fut long et pénible ; il en résulta un tel retard que la cavalerie ne put donner à propos *.

La lutte, une fois le pont franchi et la première ligne de Nicoletti renversée, n'avait point cessé; elle avait pris une forme et une vigueur nouvelles par rentrée en action des réserves de Scbottcndorir accourues au secours de leur première ligne et par l'intervention de la nombreuse et belle cavalerie napolitaine qui se montra par sa contenance, son courage, ses habiles mouvements, l'égale des meilleures troupes*. Sebottendorff avait en effet rappelé de Fontana sa cavalerie, pendant que ses bataillons de seconde ligne se portaient au-devant des carabiniers de Dupas et des grenadiers de Lannes,ou les attendaient dans leurs retranchements. Il en résulta une mêlée assez confuse où la petite avantgarde française, tenue de front en échec par l'artillerie et par la fusillade de l'infanterie, eut en outre à subir plusieurs attaques de flanc, poussées à fond par la cavalerie. Elle opéra même un mouvement de recul assez prononcé, puisque les cavaliers autrichiens, dans leur retour offensif, parvinrentjusqu'auprès du pont et y lardèrent les blessés gisant là depuis la première attaque ^. La colonne française, affluant et refluant tour à tour, haletante, semblait avoir finalement le dessous, après des pertes sérieuses**, quand surviennent enfln les troupes de la division Masséna commandées par Joubert. Mais elles sont exténuées de la course

1 . De ces pièces « aUolées par les chevaux des carrosses des seigneurs de Plaisaiinp 1), au lieu de nos mulets « amaigris, couverts de gale et de plaies » (g»' lloguet, p. ^^8).

2. A peu près à 1 endroit où existe maintenant le cliamp de manœuvres, ou place d'armes, de la garnison.

3. Bonaparte au Directoire, U mai (Aicli. G.) ; g"i Jomini, p. 126. Botta, p. 422, croit que la c.ivak'ric nu put passer sur U; pont prc»i|ue l'ompu, et passa lentement à guii ; elle passa à gué, mais une diMui-liene plus liaut que le pont. Le g-' Desaix, dans ses Notes (Arcli. G.), assure que la cavalerie pas-^a le gué m avec facilité », mais que le pays, très coupé, ne lui permit pas beaucoup d'agir.

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