‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 490 sur 622 · Mémorial de Sainte-Hélène · texte numérisé non relu

Mémorial de Sainte-Hélène

5. G»' de Montliolon : Récits de la captivité de l'Empereur Napoléon à Sainte- Hélène, t. II, p. 424.

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pas qu'il faisait en avant, de nouveaux iiorizons, toujours plus vastes, s'ouvraient à ses projets '. »

Quel rêve que celui éclos en cette tiède soirée d'un jour de printemps et de victoire, à la pâle lueur du ciel étoile d'Italie, dans cette imagination brûlante et jeune, volcanique ? Substituer en France l'ivresse de la gloire à l'ivresse de la liberté ; supplanter au pouvoir ceux qui n'avaient rien su fonder de durable ; qui, figés dans un catécbisme sectaire de politiciens parvenus, ne savent pas donner au peuple, au vrai peuple d'où ils sortent et qu'ils ne comprennent plus, l'aliment intellectuel qui lui est aussi nécessaire que le pain, l'idéal sentimental et généreux dont il a soif. A ceux qui regretteraient l'image sacrée de la République, il évoquerait la déesse de la Victoire trônant au milieu des rayons du soleil et de la foudre. A ceux qui trouveraient triste et morne la France dépeuplée de ses tribuns et de ses orateurs, veuve de Danton, de Vergniaud et de Saint-Just, veuve du génie, du patriotisme et de l'éloquence, il montrerait ouvertes les routes des capitales de l'Europe, asservies ou vaincues, Berlin et Vienne, Rome et Madrid ; et les vieux soldats de la République, devenus les légionnaires du nouveau César, pénétrant. Marseillaise en boucbe, cocarde tricolore au front, par delà le Rhin et l'Elbe, par delà le Danube et la Vistule, pour porter jusqu'aux rives du Dnieper les étendards et les principes de la Révolution.

Tout cela, tout cet avenir éblouissant, si proche et si court, il le vit, il l'entrevit dans ce crépuscule de mai qui enveloppait les campagnes lombardes, encore émues de la voix grondante du canon.

Il saisit d'un coup d'oeil d'aigle le parti qu'il peut tirer pour lui-même, contre le Directoire dont il pressent l'hostilité latente, pour l'Europe attentive, de ce fait d'armes inouï du passage de l'Adda qui soulèvera l'étonnement, l'admiration, l'enthousiasme chez tous les peuples, la terreur et la honte dans toutes les cours. Avec son entente innée de la mise en scène, il noiera ce quipourlait rendre prosaïque, simplement explicable, cet exploit qu'il veut laisser planer dans la région éthérée de l'impossible réalisé. Bien que ce qu'il appelle la bataille de Lodi fut « peu de chose», — non fa gran cosa, il en fit l'aveu = ; — il saura, même par son silence, par ses réticences, autant que par la pompe de son récit, dramatiser les péripéties de ce combat, après tout ordinaire en lui-

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