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table. S'il consentait à l'appliquer, il en sortait amoindri, vaincu! S'il s'y refusait, il disparaissait de la scène et avec lui le danger de la dictature militaire que certes le Directoire entrevoyait déjà'.
Mais diriger par Gavi, non seulement sur Livourne, mais sur Rome, mais sur Naples, une expédition plus politique que militaire, en vue de l'anéantissement delà puissance pontificale et afin d'assouvir les fureurs révolutionnaires ; mais, pour arriver à ce but, scinder en deux une armée déjà trop faible, puis, avec aussi peu de forces, s'étendre démesurément jusqu'aux confins extrêmes de l'Italie, tout cela pour le vain plaisir « d'ordonner au pape des prières publiques pour la prospérité et les succès de. la République » et pour exiger de la cour de Naples qu'elle « nous livre sur-le-cbamp tous ses vaisseaux », c'était une cbimère digne de la fielleuse rancune du théophilantbrope La Révellière, liante sans cesse par sa haine jalouse contre la papauté, mais que n'aurait jamais dû admettre le méthodique cerveau de Carnot.
Couper l'armée en deux surtout, cette glorieuse armée qui n'avait triomphé jusqu'ici qu'en maintenant sans cesse compacte sa faible niasse ; qui n'avait vaincu que grâce à l'unité absolue du commandement, à l'unité et à la fermeté de direction, seules capables d'assurer la célérité et la vigueur, c'était au point de vue militaire une proposition si extravagante, une hérésie si inexcusable, qu'il est surprenant que Carnot s'y soit associé. « Comment expliquer, en effet, les étonnantes contradictions de ce Directeur qui, tantôt, développait ses plans par les principes les plus lucides, et qui, le lendemain, violait ces mêmes principes d'une manière aussi manifeste ? Comment croire que les opérations bizarres prescrites... soient émanées de la même tête qui conçut l'instruction donnée à Moreau ? On jugeait imprudent à Bonaparte de pénétrer en Tyrol et on n'hésitait pas à l'envoyer dans le fond de la presqu'île avec la moitié de l'armée. Et en admettant même qu'il y fût vainqueur, c'est-à-dire bien engagé jusqu'aux portes de Naples, espérait-on que Kellermann ferait, à lui seul, ce qui semblait si téméraire de la part de son collègue avec toutes ses forces réunies? On poussa la folie jusqu'à prétendre que si l'armée du Sud essuyait quelques revers, si le vainqueur de Montenotte et de Lodi cédait à la supériorité des légions napolitaines et des troupes du pape, ce serait à Kellermann à le soutenir, à
l . Il avait été mis fin éveil, même avant les premières victoires de Bonaparte, par une lettre de Dupont de Nemours à Reiibell en date du G mars (16 ventôse) qui l'avertissait du danger de confier l'armée d'Italie à des Corses qui ont « tous leur fortune à faire» [Révolution française, n° du 14 octobre 1898).
renforcer son armée; comme si celui-ci, en butte sur l'Adige aux efforts de toute la monarchie autrichienne, eût pu, avec une poignée d'hommes, disperser les armées impériales, et détacher sur les bords du Tibre, des forces à peine suffisantes pour investir Mantoue ' ».
Il est difficile d'imaginer quel effet eût produit une semblable réprimande au début de la campagne, avant les foudroyants succès remportés en Piémont et en Lombardie. Bonaparte déjà « avait des idées fixes sur le degré d'obéissance qu'il devait à son gouvernement sous le rapport des opérations militaires ; il ne se croyait obligé à exécuter ses ordres qu'autant qu'il les jugeait raisonnables et que le succès lui paraissait probable. Il aurait cru commettre un crime s'il se fût chargé de l'exécution d'un plan vicieux et dans ce cas il se regardait comme contraint à ofi'rir sa démission '^.'>
Combien moins disposé encore devait-il être à courber la tète docilement sous les injonctions directoriales au lendemain de Lodi, alors que les cent voix de la renommée- allaient apprendre son triomphe à la France éblouie, alors que « toute la Lombai'die était à la République *»; alors que toutes les intentions du Directoire étaient remplies, que toutes les espérances étaient « réalisées » et même dépassées ■»! Il aurait fallu à Bonaparte une souplesse d'échiné qu'il n'eut jamais, pour endosser un tel blâme, subir patiemment un tel affront.
Aussi, avec quelle hauteur pleine de dédain, avec quelle vérité d'accent, improuve-t-il les prétentions du Directoire ! On lui rend facile la tâche de les combattre, de les rétorquer, en versant dans de telles aberrations. » J'ai fait la campagne sans consulter personne, répond-il sèchement; je n'eusse rien fait de bon s'il eût fallu me concilier avec la manière de voir d'un autre ! J'ai remporté quelques avantages sur des forces très supérieures, et dans un dénuement absolu de tout, parce que, persuadé que voti-e confiance se reposait sur moi, ma marche a été aussi prompte que ma pensée. »
« Si vous m'imposez des entraves de toutes espèces ; s'il faut que