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n'ai vu en cela que la patrie », et revenant sur l'idée qui lui lient parliculièrenient au cœur, sur celle où il a tout pour lui: le bon droit, la logique, la clairvoyance et la justice, il ajoute : « Kcllermann commandera l'armée aussi hicn que moi, car personne n'est plus convaincu que je ne le suis que les victoires sont dues au courage et à l'audace de l'armée; mais je crois que réunir Kcllermann et moi en Italie, c'est vouloir lout perdre. Je ne puis pas servir avec un homme qui se croit le premier général de l'Europe, et d'ailleurs je crois qu'il faudrait plutôt un mauvais générai que deux bons '. »
Comme il se fait habilement modeste ! Comme il est sûr qu'on ne le croira pas! Que l'honnête et faible Kellermann, «né subalterne, caractère plus adroit et souple que fort et fier*», n'est nullement l'homme qu'il faut pour dégager l'étincelle de l'armée et répéter les coups de foudre de Montenoltc et de Lodi!
Et son armée, ses soldats, comme il sait les envelo|)pcr dans les plis de sa propre gloire, s'incarner en eux, les intéresser tous à son maintien à leur tète ! Qu'on essaie de le ravir à ces soldats qui l'idolâtrent déjà 1 Qu'on le remplace par ce Kellermann, pour lequel il laisse peicer un mépris moqueur, et l'on verra! Aussi est-il tout prêt à s'ell'acer, à céder la place à ce rival que le Directoire lui préfère! « Je ne puis vous être utile qu'investi de la même estime que vous me témoigniez à Paris. Que je fasse la guei're ici ou ailleui's, cela m'est indilféi'ent : servir la patrie, mériter de la post(;rité une feuille de notre histoire, donner au (îouverncment des preuves de mon attachement et de mon déîvoucment. Voilà toute mon ambition ! »
Comme il sait prendre à propos des allures à la Ciacinnatus! En sera-t-on dupe? Il l'espère; il compte sur Carnot, sur Barras même. Il est tenu au courant de ce qui se passe au sein du Conseil*. Il a d'ailleurs, pour agir à Paris sur les esprits, l'adroite et experte, la câline José|)hine à qui, par réciprocité, on ne saurait ]'ien refuser; il a, à défaut de tous ses frères, le plus remuant d'entre eux, Lucien; il a ses amis, ses partisans, Regnaultde Saint-Jeau d'Angély, ArnauU, par lcsf|uels il tient la presse*. Ce sont eux qui font l'opinion, qui sauront empêcher les l'ancunes directoriales de se donner carrière; qui pourront circonvenir Carnot, si jaloux qu'il soit des lauriers d'Italie; apaiser Reubell et La Révellière, empaumer ou mater Barras !