iSonaparte à Clarke, 8 juin (Arcli. G
2. Barras, t. II, ]t. 112. Barras semble croire que Bonaparte avait connu une délibération secrète du Directoire ; la lettre du 7 mai était cependant assez explicite.
3. Le Directoire aug»icn chef de l'armée d'Italie, 16 mai (g"' Jomiui, t. VIII, p. 373; leitre signée de Carnot).
Carnot a tout à fait rabattu ses exigences, rentré ses griffes. « Votre plan est le seul à suivre; il ne faut pas quitter Beaulieu que vous ne l'ayez dispersé », écrit-il le 18 mai ». Est-ce bien le même bonime qui, onze jours avant, dictait de si baut un plan si sot avec tant de morgue? On le reconnaît cependant, car s'il fait dos concessions, s'il renonce à l'exécution immédiate de ses projets, il n'en démord pas complètement, sans doute pour sauver la mise. Il parle encore de diviser l'armée, mais ce n'est plus une injonction, c'est une simple indication; il songe encore à le faire se concerter avec Saliceti et Kellermann pour marcber sur Livourne; pour cbâtier les Anglais ; pour délivrer la Corse ; faire «trembler Londres», seul soutien de la coalition qui s'écroule. Il continue à attacher « à l'exécution immédiate de ce plan un intérêt bien plus grand qu'à l'expédition dangereuse duïyrol»; il veut, dans une phraséologie digne de La Révellière, faire « chanceler la tiare au prétendu chef de l'église universelle^ ». On sent du reste que c'est sans conviction quil maintient en paroles son fameux programme, sachant bien qu"on s'en rira. Le dard est émoussé !
Aussi, il n'est plus question de la scission du commandement qui était le morceau capital du projet; il n'en est plus question du moment que Bonaparte exige l'unité. « Kellermann restera à Cbambéry »; et le Directoire, après avoir « mûrement réfléchi », conhant dans « les talents et le zèle républicain » du jeune vainqueur de Lodi, se résigne à le laisser conduire seul « toute la suite des opérations militaires de la campagne actuelle en Italie'». C'est une capitulation en règle et Bonaparte ne les compte plus. Il sait désormais le cas qu'il doit faire des avertissements et des menaces de ces gouvernants qui souhaitent, qui provoquent une démission, et qui, tant ils en redoutent ensuite leiret sur l'opinion, la fuient, la conjurent dès qu'elle point. A la lecture de la lettre indignée du 14 mai, le Directoire a compris quelles suites funestes aurait pour son propre crédit le démission de Bonaparte, et après l'avoir escomptée, il s'incline et rentre sous terre. Bonaparte maintenant peut tout décider suivant son bon plaisir, puisqu'il est maître de dill'érer le projet chéri de Carnot « jusqu'au moment que vous croirez favorable * ».
L'abdication est formelle, sans réserves comme sans retour.
1. Le Directoire au g»' Bonaparte, 18 mai {g»' Joiniiii, t. VIU, p. 379}, lettre signée de Carnot.