Ibidem
Bonaparte y comptait. Pour le cas, peu probable, où l'offre de sa démission n'aurait pas imposé silence à Carnot, il tient du reste en réserve le dernier, l'irrésistible argument. Il sera maître de Pavie, maître de Milan, souverain de toute la Lombardie, quand le Directoire aura accepté sa retraite, si par impossible il s'en avise, et alors bien fin et bien fort celui qui le dépossédera! Si le Directoire a commis la faute insigne de remplacer Bonaparte, il lui faudra le réintégrer en se confondant en bumbles excuses et l'abdication dès lors n'en sera que plus complète, plus liumiliante. Il sera, il est déjà l'homme indispensable et personne ne jurera alors que par Bonaparte.
C'est à cette conquête facile et tentante de Milan et de Pavie que va s'employer Bonaparte, tandis que les courriers brûleront le pavé des routes pour porter à Paris la sommation à peine déguisée, dont il prévoit si grands effets.
Il ne saurait d'ailleurs rien tenter d'autre en ce moment. Il ne peut se.basarder à poursuivre Beaulieu à Mantoue et sur le Mincio. Certes, Mantoue n'était point en état de défense, ni approvisionnée. Un coup de main heureux pouvait l'enlever, et y rafler les derniers bataillons de Beaulieu surpris en pleine retraite, démoralisés, épuisés. Mais n'est-ce pas se laisser, imprudemment, entraîner bien loin? La pait en effet n'est pas signée avec le Piémont; il redoute toujours, bien à tort, des embûches sournoises de la part du vieux; roi. C'est trops'éloignerdelui, c'estse dessaisir des moyens de le frapper vite et fort s'il s'avisait de renouer l'alliance avec l'Autriche et de fondre sur nos derrières. En s'installant à Milan, au contraire, au cœur de la riche Lombardie, non seulement on se ménage des ovations flatteuses; on conquiert un repos, un bien-être, une opulence, qu'une armée famélique et dénudée convoite après un mois de victoires ininterrompues, et l'on peut y attendre patiemment la solution du conflit avec le Directoire ; mais encore, mais surtout, on ne s'écarte pas du Piémont; on est tout à portée pour en réprimer les velléités de rébellion et l'on ne s'en éloignera qu'une fois la paix faite, quand il n'y aura plus ce risque, et il est gros, à courir en pure perte. L'entrée à Milan n'était donc pas simple gloriole ; c'était en outre « une victoire sur l'opinion des peuples d'Italie, et dans l'espèce de guerre que l'on faisait à celte époque, l'opinion des peuples était tout ' ». C'était le gage indéniable, visible et palpable de la victoire.
C'est donc la marche sur Milan que Bonaparte prescrivit, le