‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 508 sur 622 · G»' Jomiui, t. VIII, p. 12S · texte numérisé non relu

G»' Jomiui, t. VIII, p. 12S

13 mai, après IccUire dos menaces directoriales et à la veille de l'ulinincr sa volonlé au Dii'ectoire. Le moment est on ne peut plus propice. Les décurions Melziet Giovanni Resta venaient d'arriver, délégués par la ville de Milan pour offrir les clefs de cette grande cité et solliciter du vainqueur qu'il respectât les propriétés et la religion '. On pouvait donc s'avancer à bon escient, quoique Colli, en traversant Milan, y eût laissé dans le château 2,000 hommes de garnison. Bonaparte réservait à Masséna l'honneur d'entrer le ])reniicr dans la capitale de la Lombardie, et sa division, dont l'avant-garde était déjà on roule, se rassembla à Lodi pour marcher sur Milan avec toute son artillerie *.

Quant à la savante et riche ville de Pavie, c'est Augereau qui l'occupa, dès le 13 mai, sans rencontrer la moindre résistance.

Pavie s'était montrée, de temps immémorial, tout au moins depuis le sac do l'an loOO, des plus hostiles aux Français. Elle avait témoigné une joie féroce à la nouvelle de la défaite de François P"" sous ses murs. Bien que centre intellectuel, siège d'une Université aussi antique que célèbre, dont la fondation remonte à. Charlemagne, où avait étudié Christophe Colomb, où enseignaient alors les illustres savants Volta et Spallanzani, Oriani et Spedalieri, Pavie ne semblait pas avoir renoncé à ses sentinients de haine contre la France; aussi, sauf une minorité turbulente, ne s'était-oUe point engouée, comme tant d'autres villes d'Italie, des idées libérales ou révolutionnaires.

Son immense renommée scientifique, et plus encore sa situation sur le Tessin, presque à son confluent avec le Pô, exerçaient sur Bonaparte une attraction considérable, et l'on conçoit qu'il ait voulu s'assurer de sa possession, en mémo temps que de celle de Milan.

D'ailleurs les esprits devaient s'y montrer, à ce moment, moins mal disposés que jadis envers les Français, en raison de la conduite odieuse qu'y avaient tenue les Autrichiens, le 9 mai, à la veille de l'évacuer. Le major Malcamp, celui-là même qui décida

1. FransResco Mclzi d'Eril, t. 1" p. 143. — Voir, pour plus de détails, le chapitre XIV. Il semble que ce soit le 13 mai (|u'eut lieu la rencontre de Bon^iparte et de Melzi, mais il se pourrait (pie ce fut seulemeut le 14; d'après Cusaui, p. 343, ou jiourrait même ci'uii'e que ce l'ut le 12 mai.

2 Voir ci-dessus, p. j47, note 4. Ordre à Masséna, 13 miii (Arcli. G.).

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le lendemain la défense du pont de Lodi, avait déjà incendié plusieurs des barques d'approvisionnement qui descendaient le Tessin à la suite de l'armée. Mais il s'avisa, ne pouvant emmener le reste du convoi avec lui, de le vendre à la municipalité de Pavic au prix de 337,000 livres ', ne laissant guère à la ville que l'option entre cet achat ou la destruction du fameux pont couvert sur le Tessin, une des curiosités dont la cité est fière, et qu'elle s'attachait à conserver-. Ce militaire commerçant sentait si bien la répulsion qu'un pareil procédé devait inspirer à ceux dont il se larguait d'être le défenseur, qu'un poste de d50 soldats campait en armes sur la place pendant la délibération de la municipalité et qu'un fourneau de mine fut, à tout événement, disposé sous une des arches du pont. Il se laissa pourtant fléchir par les i-éclamalions des magistrats et consentit à ne toucher, pour ses marchandises, que 40,000 francs comptant, acceptant pour le surplus des engagements écrits. Pour grappiller davantage, il vendit par surcroît 20,000 lits aux Pavesans. Puis, argent et papier en poche. Malcamp s'en alla rejoindre Beauiieu et le cours de l'Adda. A iO heures du soir, à son insu peut-être, ou par une insigne déloyauté, la mine préparée sous le pont sauta, à la grande indignation de Pavie; l'explosion ne causa heureusement que de légers dégâts à une seule arche. On conçoit que de telles façons ne ravivassent pas les sympathies des citoyens pour l'Autriche et les inclinassent involontairement à faire meilleure mine aux Français libérateurs ^ La démarche de l'archevêque, Mgr Berticri, et du marquis Gaspare Belcredi, délégués en ambassadeurs auprès de Bonaparte, en étaient l'indice certain*.

Augereau quitta Lodi le 13 mai, parcourant, en sens inverse, la route suivie quelques jours auparavant par Sehottendoriï en retraite, passant par San-Angelo Lodigiano et franchissant les deux Lambro. Il n'avait avec lui, on l'a vu, que deux pièces d'artillerie, mais point de cavalerie, sinon les piquets d'escorte^.

1. CiisaQi, t. IV, p. 334; d'après Ti-okrJ, p. 133, Malcnmp aurait exigé i;0(),000 livres, dans les six heures, bien qu'il sût pertinemment que magasins et barques allaient prochainement tomber au pouvoir dos Français et que la ville de Pavie, après les avoir payés, n'en tirerait pas le moindre pi'ofit.

"2. Ce pont construit par les Visconti, contemiioiain de la Chartreuse et du Castollo de Pavic, est un très curieux monument. 11 est long de 200 mètres et recouvert de grosses charpentes formant toiture, soutenu par de forts piliers de bois.

3. Dans la soirée même où se produisit l'explosion, un corps d'Autrichiens abattus, découragés, celui de Sebottendorff sans doute, vint camper près du pont du Tessin, défendant à qui que ce soit d'approcher. Mais dès le lendemain matin, les Autrichiens filèrent sur Lodi, abandonnant u avec une stupide barbarie », 80 malades dans le Séminaire général, sans soins, sans secours, sans même prévenir la ville. Quand on les découvrit, 32 étaient morts, les autres moribonds (Cusani, IV, p. 373 et 314).

t. Jlclzi, p. Iij6.

5. Ordre h Augereau, 13 mai (Arch. G.). « Il gardera avec lui deux pièces de 8 et enverra au parc le reste de son artillerie. . . Il n'aura point de troupes à cheval. »

Il les lança en avant et sur ses flancs pour éclairer sa marche. Le même jour, un vendredi 13, 8 de ces cavaliers qui avaient franchi la l'ivière et exploré sa rive droite, se présentèrent au pont couvert déjà réparé.

On s'attendait depuis plusieurs jours à l'arrivée des Français et le bruit de leur irruplion imminento avait plus d'une fois couru par la ville, y causant une vive agitation. Les magistrats avaient pris les mesures de sûreté les plus rigoureuses. Depuis le 30 avril, l'Université avait fermé ses portes'. Aussitôt après le départ des Autricliiens, on ordonna qu'à partir de 4 heures de l'après-midi, toutes les maisons, toutes les boutiques, sauf celles de comestibles et les pharmacies, seraient fermées. Défense était faite de sortir, sauf on cas de nécessité impérieuse, et, une fois la nuit tombée, chaque maison devait être illuminée. Aussi quand le corps de SebottendorlT parut le soir du 9 mai, il put croire à une allégresse publique tant était admirable ce spectacle d'une illumination géni'ralc de la cité-. La milice urbaine* parcourait les principales rues, gardant les magasins, exerçant une active surveillance.

Ces précautions ne purent empocher le bas peuple de piller les barques de sel à demi-échouées sur le ïessin, s'emparant aussi du tabac, des farines et du blé qui s'y trouvaient chargés *.

Cependant la tranquillité pii')lique n'avait pas été autrement troublée, quand le 13, à midi et demi, surgirent à l'entrée du pont les 8 cavaliers français. La milice urbaine leur céda la place^ et

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