Stendhal: La Chartreuse de Parme, p
la liberté étroitement uni à l'amour de la France. La ville où Charles Borromée déploya ses vertus ; où Léonard do Vinci peignit son chef-d'œuvre ; véritable foyer intellectuel de l'Italie, offrait plus d'éléments que ses rivales en gloire artistique pour devenir un centre d'agitation démocratique qui propageât à travers les peuples de la péninsule les semences de liberté politique et d'indépendance nationale. Milan, assise au milieu do sa vaste et riche plaine, à égale portée des principales cités italiennes du nord', était prédestinée à exercer sur toutes la double attraction de sou génie et de sa position centrale.
Si la période d'efflorescence artistique et de magnificence littéraire, d'où était issu son Dôme admirable, fête des yeux, avec la blancheur de ses marbres, dorés aux rayons du soleil de Lombardie; son orgie de fins et élégants clochetons; son peuple de statues; ainsi que les somptueux édifices qui forment, pai- la ville, un si merveilleux entourage cà la cathédrale^, si celte période avait pris fin depuis trop longtemps, depuis le XV siècle ; si la disparition du Bramante, do Caradosso, de Formentone avait laissé dans Milan un vide toujours béant; si la Lombardic était « languissante*», l'esprit n'y était qu'assoupi et non pas mort; l'âme nationale y palpitait toujours sous la glace unie, sous l'onde paisible dont rien ne venait l'idor la surface, aux yeux du moins de ses dominateurs d'occasion.
Ceux-ci, les Autrichiens, n'avaientpas suinspirer d'attachement au peuple milanais. « Malgré leur longue dominalion. . . ils déplaisaient à cause de leur moi'gue et do la brutalité de leurs manières*. » Il semblait que de[)uis 170G, depuis le jour où l'occupalion autrichienne, conséquence du traité d'Utrechtqui avait clos la guerre de la Succession, s'était abattue sur le pays, on eût jeté comme un voile pour assombrir la ville. On en souffrait, mais on se taisait. Milan s'ennuyait de ses maîtres qu'il sentait éphémères, plutôtcampés qu'inslallés ; il s'ennuyait de son propre ennui ; « ce peuple s'ennuyait depuis cent ans = ».
Ce peuple « doux, affectueux, était aussi fort amolli, peu novateur, sans aversion d'ailleurs comme sans désir pour là liberté " ». Seul, il eût péri plutôt que de concevoir et d'exécuter quelque résolution virile qui secouât la torpeur qui l'envahissait graduel-
1. A 8 lieues du Pô; à 6 du Tessin ; =1 6 de l'Adda; ;i 28 lieues de Gènes; à 28 de Turin ; :i 29 de Parme; à 32 lieues du Gotliard; à 43 du Mont-Genis.
2. 1,0 BrolcUo, 1.1 LoLT-ia dei Mcrcanti, l'Ospudalo Maggiore, San-Ambrogio, banta- Maria dellc Gi-azie, San-Eustorgio, le Castello, etc.