Le comte Poro ou Porro (Cusani, t. IV, p
pour exci 1er l'en tlioiisiasme populaire. Leurs amis se réunissaient secrètement depuis quelque temps en « société populaire » soit chez Sopransi, soit dans une masure de la place Fontana, soit dans un grenier de l'Ospedale-maggiore que leur ouvraient les médecins et chirurgiens dont beaucoup figuraient parmi les adhérents ; soit encore en d'autres endroils, afin de mieux dépister la surveillance'. Toutefois rien ne transpii-ait ouvertement de leurs propos et de leurs menées.
Le gouverneur et capi laine général du duché qui occupaitMilan, au nom de lAutriclie, depuis 1771, l'archiduc Ferdinand, esprit hornéet rétrograde, « n'y était ni aimé, ni estimé- ». On lui ol)éissait. Par ses ordres, avant même la reprise des hostilités, le 31 mars, les !•"■ et 2 avril, on avait célébré au Dôme un Iridnum; et à la nouvelle des premières victoires de Bonaparte, les 19, âO et 21 avril, des prières publiques, invoquant la défaile des Français, civaient été dites solennellement à Notre-Dame des Miracles et dans les diverses églises ; puis le G mai, on avait promené processionnellcment, en grande pompe, les saintes reliques, du Dôme à San-Ambrogio et aux autres paroisses, api'ès qu'une messe solennelle eut été chaulée au D(3me, le l^'^mai, messe patriotique pendant laquelle les grandes dames du patriciat milanais avaient quèlé pour les veuves et les orphelins de l'armée autrichienne ^
Il faut croire qu'en ordonnant ces prières, l'archiduc avait peu confiance dans la bén(''dirtion divine, car, dès le 30 avril, il avait l'ait sortir de Milan les étrangers comptant moins de quatre ans de séjour; la i)lupart étaient des émigrés, voire même des ])rincesses de la famille royale de France, le piince de Carignan, les ambassadeurs des puissances en guerre avec la France.
1. D'ajHLS ral)bc Bcccatini, la police savait depuis quelque temps qu'il y avait un citil) .i Milan, mais elle doutait encoie de son existence et ignorait le lieu de ses sC'aupes.
2. Napoléon : Campar/nes d'Italie. « On raccusait d'aimer l'argent, d'influer sur l'administration jiour lavoriser les déprédations, de spéculer sur les blés et antres reproches de ce genre toujours très impopulaires. » — D'après Cusani, p. 331, et Tivaroni, p. 93, l'arcliiduc, homme de jieu de poitée et de consistance, ne se complaisait que dans des expériences électi'iques et dans des spéculations sur les grains. C'était au reste un vice de famille, son père, l'archiduc François Etienne et son frèie François, jilus tard duc de .Modéne. étaient notoiiement connus pour avoir réalisé de gros liénéliees eu accaiiaiant les blés (G. de Castro, ]>. 61).
3. ('.. de Castro, p. CO, d'aiirés le Diario de Minola. Victoires et Conquêtes, p. 236.
Cependant les succt's de l'armée française avaient causé dans Milan une véritable commotion. Quand on vit Bonaparte s'avancer avec rapidité du Piémont vers la vallée du Pô et que le grondement du canon de Fombio et de Lodi vint résonner jusque dans Milan ; quand on apprit que ce Messie d'essence humaine volait plus qu'il ne marchait vers cette terre promise de la Lomhardie qui attendait de lui qu'il rompît ses chaînes, les partisans de la Révolution, ceux de la France, ne craignirent plus d'alTirmcr publiquement leurs sympathies. LeOmai, dans l'après-midi, l'archiduc s'était enfui avec l'archiduchesse en i)ieurs', quittant, au milieu de l'indifférence publique, le Palazzo Reale où il ne devait plus revenir, non plus qu'à sa splendide villa de Monza. Il partit, accompagné du prince Albani et du marquis Litta, transis de peur, se réfugier à Bergame, d'où il gagna Mantoue, Vérone, puis le Tyrol*. Il n'y eut ni échos aux; larmes de l'archiduchesse Béatrice, ni manifestations hostiles sur le passage des fugitifs, tant leur cause était étrangère aux Milanais. Le peuple dédaigna même d'arrêter les vingt et un chariots pleins de richesses de tous genres qu'emmenait Ferdinand, dont la domination avait, au demeurant, été plutôt douce aux populations, et qui avait dolé Milan de nombreux embellissements.
Personne ne bougeait cependant chez les partisans de la France. Avant de partir, d'ailleurs, l'archiduc Ferdinand avait assuré l'ordre, — il le croyait du moins, — par un édit, daté du 7 mai, ({ui ordonnait la création d'une .^/^<n/a, en vue d'exercer le pouvoir souverain et d'administrer le pays à sa place, pendant son absence. Le président du tribunal suprême, les deux présidents d'appel et de première instance, le président du magistrat, la composaient, avec Gai'bagnato, son secrétaire. Cette junte n'eut guère à intervenir, le Conseil général des soixante Décurions ayant en réalité pris la direction des affaires pendant le court
1. Les jounes princes, ses fils, étaient déjà partis depuis plusieurs jours sous la conduite de leur gouverneur, le bailli Valente Gonzaga ( Victoires et Conquêtes, p. 2J6).
2. Il laissa à Bergame, entre les mains du comte Terzi, de nombreux et considérables objets de valeur, entre autres une magnilique cassette de voyage (jue Marie- Antoinette avait offerte à sa belle-sœur Béatrice. Cette cassette, saisieplus tard par le général Cervoni, fut donnée à Josépbine lors de son arrivée à Milan (Cusani, t. IV, p. 330, d'après Beccatini). Voir plus loin le sort des caisses d'argent qu'il déposa cliez Bernardo Milani, à Codoguo, pour être conduites à Mantoue.
b74 BONAPARTE EN ITALIE
interrègne de six jours qai sépare l'arrivée desFrançais du départ de rarchidiic. Dès le soir du 2 mai, les décurions s'étaient réunis; certains voulaient déléguer pleins pouvoirs à douze d'entre eux; Pietro Verri fit écarter la proposition, mais il ne put empêcher la nomination d'une commission de 12 membres qui, chargée de veiller au salut de la cité, se réunit matin et soir, en proie, semble-t-il, à des querelles individuelles, à de mesquines rivalités personnelles, ])lntôt qu'occupée des graves événements qui menaçaient Milan. Le 4, on faisait enlever du musée de Brera les médailles et les collections de numismatique, les instruments de l'observatoire, les cuivres de la grande carte topographique du Milanais. Dans les journées des 7 et 8 mai, on décida d'appeler à l'activité la milice urbaine qui depuis longtemps n'existait plus que de nom et de compléter le cadre de ses officiers'. Le duc Galeazzo Serbelloni qui avait, depuis 1776, sous le titre de surintendant général, le commandement supéi'ieur de la milice urbaine, était précisément l'un des partisans les plus avérés de la France, lié avec les principaux démocrates, mêlé à tous leurs projets, participant à leurs réunions, à leurs préparatifs. On ne le déposséda pourtant pas de son emploi, et les habitants delà ville et des faubourgs, de dix-huit à soixante ans, furent invités à se faire inscrire dans chaque paroisse, puis à venir au Broletto recevoir des fusils-.
Des conciliabules incessants se poursuivaient entre les patriotes milanais, presque au grand jour, depuis la fuite du gouverneur autrichien. Porro, Serbelloni, Salvador et Sopransi avec l'avocat Sommariva; le libraire Barelle; le courtier Prandina; un boiteux, Rigozzi, connu par la causticité mordante de ses épigramnies ; Mantegazza; Visconti, étaient les principaux meneurs. De nombreux prêtres ou moines, imitateurs de Lattuada à Varese, tels que Calderini, de Rossi, le capucin Prelli, l'olivétain Migliavacca, animés sans doute du vieil esprit janséniste, marchaient d'accord avec eux. Des proscrits italiens étaient déjà accourus des divers
1. La milice urbaine était divisée en six /erzi ou légions, cominnndéci cliarunc par un mcstre-de-cainp. et 6 capitaines. En 1796-, les 6 chefs de /erzi. ou colonels, sous les ordres de Serbelloni, étaient lo niarriuis Oriigoni, le comte Itezzonico, le comte Beliïiojoso, le manjuis Tibeiio Crivelli, le comte Uigli, le comte Salazar ; les majors étaient le manpiis Girolamo d'Adda, le comte Carlo Porro, le comte Ilovida, le comte Lurani, le comte Marzorati et le noble Settala (Tivaroni, p. 02, d'après Melzi et Oantù). Le drapeau était blanc à croix rouçe.
L'uniforme avait été fixé en 1782; l'habit était vert, à collet et parements blancs; veste et pantalon blancs; épaulettes d'or; chapeau rond avec pompon; épée attachée à un cordon vert et or; écbarpe vert et or (Cusani, p. 276, d'après le lipperforio (/elle ordinaziom per la miUzia urbana di Milano, dressé le 30 avril 17S0, par larchivistc municipal, Ignazio Lualdi).