Melzi, p
7. G. de Castro, p. 5G. « Sourire de femme, sourire d'avenir. »
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thousiastc, amoureuse, incomplètement comprimée par la sévCire éducation calviniste, éclatait en ardents dilliyrambes, et de la même plume qui devait célébrer Corinne et l'Italie, maudire en Napoléon « une âme basse et cruelle », s'apprêtait à écrire : « Un tel être n'ayant point de pareil... c'est plus ou moins qu'un homme... il n'y a que lui, pour lui '. »
Ce fut entouré d'un tel faste, presque royal, et d'adulations assurément peu démocratiques, que Bonaparte s'achemina par la ville jusqu'au Dôme. Il descendit à l'Archevêché, préférant s'y installer d'abord plutôt qu'au Palazzo Reale que la municipahté avait fait aménager à son intention. Saliccti alla habiter au palais Greppi-. C'est toutefois au palais archiducal que Bonapai'le reçut les diverses autorités; le premier qui se présenta fut le marquis Trivulzio. Mais on le fit attendre ; Bonaparte, qui s'était couché aussitôt et dormait, prit ensuite un bain. Ce n'est qu'après qu'il reçut l'archevêque, les décurions, la municipalité.
Le soir, un somptueux banquet de deux cents couverts fut servi au Palazzo Reale, dans la grande salle, où les musiques jouèrent les airs, véritable primeur pour les oreilles italiennes, de la Marseillaise, de la Carmagnole et du Ça ira.
Les Milanais se pressaient autour des tables pour admirer et acclamer ces guerriei'S aux longs sabres, aux casques reluisants, à haut cimier, à la crinière ondoyante; ces chapeaux galonnés et empanachés; ces ceintures, ces dorures, ces drapeaux aux vives couleurs 3, tout ce clinquant et ce cliquetis d'une armée. Bonaparte interrogea ses voisins pour savoir s'ils étaient contents. Pei'sonne n'osa se plaindre. « Vous serez donc libres, dit-il, et vous serez plus sûrs de l'être que les Français. Milan sera votre capitale; lOglio et le Serio seront vos barrières; vous aurez cinq cents canons; l'amitié éternelle de la France. La Romagne vous écherra et d'autres provinces encore; vous embrasserez les deux mers, et vous aurez une flotte !... » « Trêve aux regrets et aux querelles, ajouta-t-il, témoignant déjà sa prédilection pour les esprits pondérés, pour les sages de l'école de Beccaria, de Verri et de Parini, écoutez les bons conseils d'où qu'ils viennent, fût-ce de Greppi, de Melzi ou de Mellerio.Il y aura toujours des riches et des pauvres...» Puis, comme s'il craignait d'avoirfaitconcevoir trop d'espérances aux modérés, « mais craignez les prêtres »,
1. Considérations sur la Révolu/ion française, c'ilé par H. Taine, p. 18. Voir aussi Cil. Dcjob, p. 52.
2. Bonaparifi quitta peu après l'Arclievùcliépour aller habiter le palais Snibclloni, sur le Corso dclla Porta Orientale; le i)alais Greppi (aujourd'hui Bainjuc Nationale) était situé Via San-Antonio; le palais Mellerio, où était descendu .Masséna, près de la Porta Piomana, Despinoy demeura au palais Sannazari.
3 Beccalini, cité par Cusani, t. IV, p. 347 et 348.
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s'cmpressa-t-il d'ajouter; « écarlez-lcs dos fonctions publiques ». « Si rAutricbe revient à la charge, promettait-il, je ne vous abandonnerai pas. Un jour peut-être vous tomberez, mais alors je ne serai plus là, et d'ailleurs Sparte et Atbènes aussi ont succombé après s'être inscrites dans les fastes du monde '. » Ces paroles, pleines d'éloquente grandeur, « si elles ne tempéraient pas la douleur de la conquête, ni n'adoucissaient pas les plaies de la guerre^», ouvraient l'âme à de grands espoirs et sonnaient le réveil des consciences italiennes. Soit ambition, soit crainte du pire, soit espoir du mieux, tous applaudirent sans réserve.
Pendant le dîner, la foule unie aux soldats, faisait bombance sur la place du Dôme. Bien qu'encombrée alors de masures, d'échoppes de fruitiers et de rôtisseurs, la place servit de salle de bal, illuminée, comme toute la ville, et les plus jolies femmes y dansèrent toute la nuit avec les soldats. Au Palazzo Reale aussi, un bal brillant suivit le dîner; le jeune état-major qui entourait Bonaparte y eut le bonheur d'éveiller les sourires des femmes les plus séduisantes de l'Italie qui se disputaient le plaisir de danser avec ces fringants officiers. Le carnaval fut complet dans les jours qui suivirent; on vit même un jeune capucin accrocher sa longue barbe et son froc à l'arbre de la Liberté, puis danser alentour avec une fille, une sarabande si désordonnée qu'il en tomba épuisé par terre, au milieu des moqueries, entre les bras de Ranza et de Caccianino 'K On prétend même qu'un grave professeur de théologie, le père Apruni, déjà sexagénaire, dansa la carmagnole à la fin d'un banquet de soixante-seize couverts*. Une jeune fille de vingt ans, fille d'un chimiste de mérite, offrit par les journaux son cœur et sa main au patriote qui lui apporterait sur un plat la tète du Pape ■''.
La belle salle de la Scala où jouait, en cette saison, la troupe comique Perelli, fut aussi le théâtre d'ébats joyeux. Le spectacle était dans la salle plus que sur la scène. Les dames de la haute société milanaise y avaient arboré crânement les robes « à la guillolinc)), avec le col échancré, la cocarde tricolore ; d'aucunes même le bonnet phrygien. Dans ce riche décor, illuminé a giorno, ce fut un coup d'oeil singulier que celui de ces toilettes éblouissantes frôlant les habits râpés, ces loges bondées, ces balcons d'où pendaient négligemment les jambes d'officiers et de soldats huches sur les bords des fauteuils et les balustrades. Ils
i. Molzi, p. 144 et 14o.