V. Fiorini, p
s'amusaient comme des enfants, écoutant une comédie dans une langue qu'ils n'entendaient pas, riant, é])louis, grisés, par tant de lumières, tant de fleurs, tant de parfums et tant de caresses '. Bonaparte, rentré dans son logis, s'il était plus maître de lui, plus concentré que ses soldats, n'en laissait pas moins percer une joie profonde : « Eh bien, Marmont, dit-il à son aide de camp, au moment de se coucher, que croyez-vous qu'on dise de nous à Paris; est-on content? » Et comme Marmont s'extasiait sur la grandeur et la rapidité de ses triomphes qui avaient dû porter à son comble l'admiration, l'enthousiasme des Français ! « Ils n'ont encore rien vu, murmura Bonaparte; la fortune ne m'a pas souri aujourd'hui pour que je dédaigne ses faveurs : elle est femme, et plus elle fait pour moi, plus j'exigerai d'elle... De nos jours, personne n'a rien conçu de grand : c'est à moi d'en donner l'exemple -. »
Ce même jour du 15 mai, où Bonaparte exultant fit dans Milan cette triomphale entrée, prélude de tant d'autres, le Directoire consacrait officiellement les premières conquêtes d'Italie, en apposant sa signature au bas du traité de paix avec le Piémont. C'était la cession définitive à la France, de la Savoie, des comtés de Nice, de Tende et de Breil. La ligne frontière passait di^sormais sur les crêtes des Alpes, afui de dominer le versant piémontais ; les forteresses d'Exilés et de Suse étaient démantelées, ainsi que le fort de La Brunetta, ce bijou do fortilication, clé de l'Italie, rendue imprenable à force d'art et d'argent'. C'était une mainmise totale de la France sur le Piémont, l'alliance autrichienne rompue, et le désaveu de tous les mauvais procédés employés depuis quatre ans envers la France*. Une guerre à outrance, même malheureuse, n'aurait pas coûté plus cher au vieux roi ^.
Aussi est-ce légitimement que la France entière s'enorgueillissait de pareils succès, et que le Dii-ectoire et les Conseils, à cette même date, prescrivaient la célébration d'une Fête des Victoires, destinée à frapper les imaginations autant qu'à reconnaître les