Cantii, t. Xm, p
i. Ou en trouvera le texte complet dans la Camparjne du général Buonaparle en llalie, par le g"' Pommereul, p. 28 à 32. 5. CiPlcbani, p. 40.
grands services de l'armée. Elle eut lieu quelques jours plus tard, le 29 mai (10 prairial), cette fête de la Reconnaissance et de la Victoire, avec toute la pompe civique réservée jusqu'alors aux grandes cérémonies révolutionnaires. Au matin d'une resplendissante journée de mai, sans nuages, au bruit des salves d'artillerie, le Directoire, en grand costume, avec les ministres, précédés de la Garde, se rendit au Champ de Mars où, sous les plis flottants des vingt et un drapeaux conquis, devait se dérouler la fôte. Une plate-forme élevée, sur laquelle se dressait la statue de la Liberté, occupait le centre de la vaste esplanade, décorée d'arbres chargés de trophées et de drapeaux symbolisant les quatorze armées, et planant au-dessus, les dominant tous, l'arbre de l'armée d'Italie, avec ses festons et ses guirlandes, avec les drapeaux autrichiens et sardes amenés à Paris par Junot et par Murât qui claquaient au vent. A midi, au son des musiques quijouaient une symphonie de Louis Jadin, au milieu d'une énorme affluence, les Directeurs, entourés d'un majestueux cortège, sortirent de l'Ecole Militaire et vinrent se placer sur un tertre en face de l'autel de la Liberté.
Carnot, alors président, prononça dans le langage emphatique de l'époque, une longue harangue, où il célébra amphigouriquement les victoires des armées, surtout celles de l'armée d'Italie, auxquelles «la postérité refusera d'ajouter foi », en raison de leur multiplicité et de l'audace de ces « phalanges invincibles », dont les vieux invalides apportaient les trophées, en ce jour de fête « où la nature semble renaître; où la terre séparant de fleurs et de verdure, nous promet de nouvelles moissons '».
Des hymnes de Gossec etdeClierubini; un « Chant des victoires» de Marie-Joseph Chénier et de Méhul; et enfin un « Chant lyricobachique » de Lebrun-Pindare, avec musique de Catel, exécuté par les chœurs du Conservatoire, servirent d'intermèdes à la fête que termina un défilé des troupes de la garnison avec évolutions de ligne, couronnement des drapeaux et cortège des blessés, avec des palmes, des lauriers et du chêne.
La journée s'acheva au milieu des danses et des concerts, par toute la ville, jusque bien avant dans la nuit. Dans cette fête, celui que le peuple vit le plus, malgré son absence, et dont il acclama le nom, c'était Bonaparte. A son défaut, ce fut Joséphine qui récolta les témoignages de la joie populaire. Lorsqu'elle parut, légère, gracieuse et souriante, au bras de l'aide de camp de son mari, le jeune et beau Junot, tout rutilant dans son superbe costume de colonel de hussards, qui donnait l'autre bras à
1. On en lira les détails dans les journaux de l'époque, le Moniteur, et aussi dans le recueil précité du g»' Pommcreul, p. 32 à 39.
Madame Tallien, et qu'elle descendit les marches, ce fut un lonj; cri de : Vive la citoyenne Bonaparte ! Vive le général Bonaparte! parti de toutes les bouches. Joséphine, entre ses deux belles amies. Mesdames Récamier et Tallien, « on eût dit les trois mois de printemps réunis pour fêter la Victoire' ». Le peuple y vit autre chose, et apercevant la Tallien avec Joséphine aux bras de Junot : <( Tiens, dit une grosse femme de la Halle en montrant Joséphine, regarde, celle-là, c'est Notre-Dame des Victoires! »
« Oui, dit une autre, et la seconde, c'est Notre-Dame de Septembre-. »
A Marseille aussi se célébra, aux allées de Meillan, la fête des Vicloires, avec le même programme de discours, musiques et disiribulion de rameaux de laiiriei's aux blessés. Madame Bonaparte mêic y assistait avec trois de ses filles. A elles aussi, la municipalité offrit les palmes de la Victoire ^
Ainsi par une de ces fortnites rencontres de la fortune, il semblait que les événements se fussent mis d'accord pour accioître le lustre de lauréole du vainqueur de 1" Au triche en faisant célébrer, le môme jour, son nom et ses exploits, sur les bords de la Seine et dans ce ravissant pays d'Italie qui le saluait en fils retrouvé plus qu'en conquéj'ant.
Le lendemain de ce jour d'allégresse et d'ivresse, et une fois les fumées de la gloire dissipées, Bonaparte i-eprit aussitôt sa tâche interrompue. Tout n'était pas fini en efi^et, avec l'occupation de Milan. Le château tenait toujours. En vain l'étendard tricolore flottait sur le Brolelto, le Palazzo Reale, la Brera et à la Scala, la bannière jaune de l'Autriche couvrait toujours les murs du Castello. Sous les ordres du lieutenant-colonel de Lamy*, 2,000 h., dont 1,800 seulement valides, avec cent cinquante-deux pièces de canon, s'étaient renfermés, lors delà retraite de Colli, dans le château, bien pourvus de munitions et de vivres, avec des troupeaux de bœufs, avec 3,000 quintaux de poudre K Dès son arrivée,