‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 534 sur 622 · Albert Sorel: Bonaparte et Hoche, p · texte numérisé non relu

Albert Sorel: Bonaparte et Hoche, p

13. Quand on lit le refit du divorce impérial, qu'on n"oi.blie pas de relire les lettres que Bonaparte écrivait en 1796 à Joséphine et qu'on voie !a façon dont celle-ci y 1 épondit ! Le sort que méritait des ce moment une si froide et railleuse iaditlérenee, Joséphine ue le subit qu'eu 1809.

MILAN 'o9;j

tond que Joséphine, la « douce », « l'incomparable Joséphine » ; toute sa pensée, tout son être, tout son cœur sont vers elle.

La grande cantatrice milanaise, laGrassini, Giuseppina Grassini, ce contralto suave, avec son cou de cygne, ses yeux de feu, et l'ovale si pur de son visage, fut rebutée, elle si peu habituée à voir repousser de telles avances'. De dépit, elle se rejeta sur Berthier, un vrai glaçon, célibataire endurci, le froid et sage Berlhier, qui du coup oublia de s'en ronger les ongles et mena avec la ravissante Muse de la Scala un de ces caprices tardifs qui font perdre la raison aux plus fortes tètes et qui obligèrent Bonaparte à interdire qu'on lui parlât « d'une belle comédienne qui l'attend à Milan », tant ilnégligeait tout à cette pensée, tant « il se meurt d'impatience d'y arriver ^ ».

A vrai dire, cela ne dura pas, et la Grassini, qui peut-être se lassait, fut supplantéepar cette marquise Visconti , reine des beau tés milanaises, elle aussi dédaignée par Bonaparte, bien qu'au prestige de l'élégance, elle ajoutât celui d'une haute naissance. Ce fut chez Berthier, prédestiné ainsi à héberger et consoler les cœurs maltraités par son chef, un renouveau d'amour, amour de quadragénaire, tard éclos, d'autant plus vivace et ardent, tout adoration, tout idolâtrie chez l'homme; liaison qui dura autant que peut durer un sentiment humain. Parmi les sables brûlants do l'Egypte, la tente de Berthier recelait une sorte d'autel où trônait, dans la majesté du désert, le portrait de la divinité milanaise qui avait su toucher son cœur et éveiller chez lui les sensations exquises du premier amour ^.

Bonaparte aime, tout comme Berthier, mais il n'aime que Joséphine et ne veut distinguer aucune de tant de beautés empressées à lui plaire. Tout au plus, peut-on lui imputer quelque rapide passade sans (conséquence, un moyen de tromper la faim, comme celle qu'on lui attribue* avec cette actrice, maîtresse d'un

1. La Grassini Otait née à Varese en 1773. Voir sur elle, Frédéric Massou: Napoléon et les femmes, p. 84 à 9L M""" Vigée-Lebrun a peint le poi-trait de lu Grassini en costume oriental. Plus heureuse auprès de Napoléon qu'elle ne l'avait été piès du g»' Bonaparte, la Grassini bien qu'épaissie, eu fut aimée en 1800, ainsi <|u'une autre clianteuse de la Scala, miss Billiuirton. La Grassini clinutait encore à la Scala en 1817, dans une œuvre de Cimarosa, avec sa lille, la Grassini-Trivulzy. Elle avait chanté aux Tuileries à plusieurs reprises. Wellington « qui avait la folie de manger les restes de Napoléon » (F. Masson) voulut connaître la Grassini, en 1S15; elle avait alors 42 ans. La Grassini ne dit pas non. Quelle déchéance !

2. Bonaparte à Despiuoy ; ij juillet 1796 (Arch. G.)... « Surtout n'écrivez pas de lettres qui fassent tourner la tête à notre pauvre chef d'état-major ; car depuis ({ue vous lui avez parlé d'une belle actrice qui l'attend à Milan, il meurt d'impatience d'y arriver. »

3. G"' Gourgaud : Sainte-Hélène : journal ine'dll de iS15 à ^5/5, publié par M. le vicomte de Grouchy et Antoine Guillois, p. 132 et 307. Le sanctuaire était entouré de tapis, châles, cachemires de grand prix, trois mulets le portaient; on y brûlait des paifums, etc.

4. Beccatiui raconte que le matin du jour où Bonaparte reçut le serment des

général piémontais, pour laquelle il acheta, chez le hijoulicr Manini, un objet de 128 francs. Hormis lui, tout Milan aimait, déclamait et chantait alors. Le nombre do poésies fugitives, de chansons de circonstance, de bosinade, de satires et de dithyrami)es, de discours, d'opuscules et de pamphlets qui virent alors le jour à Milan, tant en italien qu'en patois indigène, est véritablement incalculable '.

Bien peu résistèrent à l'entraînement. Un homme pourtant le fit, un chanteur, un ténor émasculé, Luigi Marchesi. Invité chez Serbelloni à chanter devant le vainqueur de son pays, il s'y refusa. Que ce fût par vrai patriotisme, par mépris des « adulations dégoûtantes- » dont à ses yeux ses compatj'iotes flagornaient Bonaparte, ou plus simplement afin de ménager et de flatter les relations lucratives qu'il entretenait parmi l'aristocratie, l'acte d'indépendance de cet évadé de la chapelle Sixtine fit sensation. « Signor général, aurait-il dit à Bonaparte, si c'est oun bonne air qu'il vous faut, vous en trouverez oun excellent en faisant oun tour dans le jardin'. » On porta aux nues cette piètre boutade; on exalta le courage de l'eunuque qui avait oser défier l'homme de gloire. Alfleri, que les offenses l'évolutionnaires avaient si profondément, et non sans raison, irrité contre la France, Alfieri dans ce poème du Misogallo* où il se personnifie, épanchant sa bile furibonde contre les Français, qualifia le chanteur de « seul homme de l'Italie », le proclama héros, plus grand à lui seul que le collège des cardinaux tout entier. L'hyperbole était quelque peu grossière. Marchesi boudant, c'était au plus le siffiet solitaire de l'esclave

officiers de la milice urbaine, ceux-ci attendaient dans le grand salon, quand il sortit de sa chambre à coucher. Ils ai)erçurcnt Masséna entrer dans la chambre, sans même fermer entièrement la porte, et ils le virent lutincr une femme, une actrice qui s'y trouvait. C'était l'ancienne maîtresse d'un général piémontais venue à Milan par ordre de Bonaparte. Le général en chef alla ensuite, passage dei Figiiii (situé près du Domc, démoli pour l'élargissement de la [ilace) où il prit chez Manini des articles pour femmes d'une \a'eur <le 128 livres. Beccatiiii observe qu'il ne paya i)as trop cher cet agréable passe-temps et que la jolie nymphe n'eut pas trop à se féliciter de la générosité de son guerrier.

1. On eu tiouvera .une longue, bien qu'incomplète énumération, dans le volume do Giovanni de Castro : Milnno e la Repubblica Cisalpina, p. 76 et '77; il est fâcheux que cette liste renferme tant d'erreurs de date, faciles au reste à rectilicr, comme par exemple 1789 pour 1799.

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